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« Etre handicapé c’est un luxe ». Karim, est réaliste. Le jeune homme âgé de 19 ans est atteint de myopathie. Comme tous les jeunes de son âge, il fait des études, vient d’obtenir son permis et aspire à un peu d’indépendance. Karim* cherche une voiture : une voiture à 100.000 euros ! C’est le prix à payer pour avoir un modèle, pourtant de base mais, simplement adapté à son handicap.

Le constat…

Comme Karim, 12 millions** de personnes vivent en France avec un handicap
visible ou invisible. Comme Karim ils sont des millions à se battre au quotidien dans une indifférence quasi générale. Comment font-ils ? Ils s’adaptent à tout prix alors que nous restons dans notre petit monde de « gens valides » aussi confortable pour notre corps que nos petits esprits fragiles.

…L’expérience

Si les chiffres font réfléchir, ils n’encouragent pas pour autant à changer notre mode de fonctionnement. Quelle motivation m’a finalement décidée à tester un repas complet dans l’obscurité la plus totale ? Je l’ignore. En tout cas, je viens de franchir la porte d’un restaurant spécialisé dans ce type d’expérience***. Le personnel est non-voyant ou très malvoyant (oui, même les serveurs). De toute façon, dans la salle on n’y voit rien, il va bien falloir s’adapter.
Je suis devant mon plat « en mode cécité totale » diront les plus jeunes. A
défaut de se voir, on se parle. Il n’y a plus de barrières entre tables voisines pourtant, les maladresses se succèdent. Impossible de remplir sa fourchette.
Après pas mal de « fournées vides », chacun y va de sa technique, comprenez on mange avec les doigts aussi proprement qu’un enfant de deux ans.

Serveurs non-voyants et interrogations

Les plats s’enchaînent, une question me vient soudain à l’esprit. Les serveurs non-voyants remplissent parfaitement leur mission et sont à nos petits soins. Pourraient-ils travailler dans un restaurant lambda ? Je me mets en quête d’une réponse… Elle est sans appel : « oui bien sûr, ce qu’ils font ici ils peuvent le faire parfaitement ailleurs, mais les gens ne sont pas prêts. Personnes n’accepterait d’embaucher un non-voyant à ce poste et les clients auraient peur de recevoir le contenu de leur assiette sur les genoux….
Je reste perplexe. Mon expérience dans le noir prend fin et mes genoux sont parfaitement propres. Je retourne à la lumière et peine un peu à ouvrir les yeux face à un constat si désolant. Nous pourrons légiférer à l’envi sur l’inclusion des personnes porteuses de handicap, aucune loi ne saura imposer la confiance nécessaire à ce genre d’échange si enrichissant. Bonne nouvelle pourtant : la confiance ça s’apprend et ça s’apprend vite pour peu qu’on s’en donne les moyens…
Magali Menin​
* https://www.leetchi.com/c/association-de-karim
**Source INSEE 2014
***http://paris.danslenoir.com/idea.fr.html