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Membre du Parti Travailliste, Sadiq Khan est devenu ce vendredi 6 mai 2016, à 45 ans, le premier maire musulman d’une grand capitale occidentale.

Après une campagne politique rythmée par de nombreuses polémiques, et une victoire face à son rival conservateur Zac Goldsmith, Sadiq Khan a finalement réussi à conquérir la mairie de Londres, et succède ainsi à l’extravagant Boris Johnoson en poste depuis 2008, et plus connu pour ses dérapages verbaux, que pour ses réformes politiques. Dans un contexte inquiétant, où l’islamophobie n’a jamais été aussi forte en Europe, et où Donald Trump, qui ne cesse de multiplier des attaques envers les musulmans, voit sa popularité grandir de jour en jour aux Etats-Unis, l’élection du premier maire musulman d’une grande capitale occidentale représente un véritable espoir de “vivre ensemble”. Mais qui est cet homme, qui est devenu en quelques heures l’emblème du multiculturalisme londonien, et de la diversité sociale présente dans cette ville ?

Fils d’immigré pakistanais.

Né en 1970, à Tooting, un quartier au sud de Londres surnommé “le petit pakistan”, Sadiq Khan est élevé dans un HLM au milieu de ses six frères et de sa sœur, par un père chauffeur de bus et par une mère couturière. Ses parents, ont quitté le Pakistan peu avant sa naissance, pour s’installer au Royaume-Uni, un détail important pour l’homme de 45 ans, aujourd’hui père de deux enfants, qui évoque ses origines pakistanaises et le parcours difficile de sa famille lors de chaque interview, et même sur ses différents tracts, car le succès de sa carrière politique ne lui a pas fait oublier d’où il vient. Député depuis 2005, le nouveau maire de Londres s’est engagé très tôt en politique, devenant à seulement 15 ans, militant du Parti Travailliste Anglais, dont il est aujourd’hui une figure. Entre temps, M.Khan à gravit tous les échelons, pas à pas et avec une détermination qui le caractérise encore aujourd’hui. Inconnu en France et en Europe avant sa conquête de Londres, il fait pourtant partie du gouvernement du Premier Ministre britannique Gordon Brown, occupant le poste de ministre d’État aux Communautés entre 2008 et 2009, puis aux Transports entre 2009 et 2010.

Victime de nombreuses polémiques.

Si sa victoire finale est assez nette avec 57 % des voix, Sadiq Khan aura dû batailler tout au long de sa campagne contre certaines polémiques lancées par ses adversaires. Quelques semaines avant le dépouillement du scrutin, et alors qu’il possédait déjà une avance confortable dans les sondages, il avait du faire face à des accusations d’antisémitisme de la part du parti conservateur, en raison de son hostilité envers le comportement de l’armée Israélienne, et également à cause du dérapage anti-juif d’une députée de son propre parti, le Labour, qui avait contraint le dirigeant du parti Jeremy Corbyn, d’affirmer en public son opposition à l’antisémitisme. Autre polémique majeure, son lien supposé avec plusieurs organisations islamistes, notamment Hizb ut-Tahrir, un parti extrémiste qui prône le retour d’un califat islamique, et l’instauration de la charia. Des accusations lourdes, provenant également du parti conservateur, et dont son principal adversaire Zac Goldsmith a dénoncé à chacun de ses meetings et de ses entretiens avec la presse, lors de la campagne électorale. Le candidat conservateur, a  également  accusé Sadiq Khan, d’avoir participé en 2004 à Londres, à une conférence organisée par Al-Asqa, un groupe ouvertement négationniste. Mais malgré cela, l’opinion publique et l’élan autour de l’homme de 45 ans, n’ont jamais cessé de grandir et ses militants ont fait preuve d’un soutien indéfectible.

“Je serai le maire de tous les londoniens.”

Musulman progressiste, Sadiq Khan a promis une politique sociale très forte, et une aide importante envers les défavorisés, en construisant notamment davantage de logements abordables, dans une ville où l’immobilier est parmi les plus chers d’Europe, et en gelant les tarifs des transports pendant quatre ans. Le député-maire, qui a déclaré après sa victoire vouloir être “le maire de tous les londoniens” a affiché son soutien envers le mariage homosexuel. Il entend également tout au long de son mandat, faire campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne, une cause qui lui est chère.

S’il lui reste désormais tout à prouver à la tête d’une des plus grandes villes d’Europe, sa victoire vendredi est incontestablement le symbole de la diversité sociale et du multiculturalisme qui réussit tant au pays de la Reine.

 

Nicolas Laurent.