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Rencontre avec Louis Soris, président des jeunes républicains Paris. Lors d’une interview pour ResoNews, il nous parle de son  son engagement, et évoque la situation politique actuelle de la France.

ResoNews : À quel moment avez-vous eu envie de vous engager politiquement ?
Louis Soris : J’ai eu un éveil politique, au moment de l’ascension de Nicolas Sarkozy en 2005, lorsqu’il a commencé à prendre l’ascendant sur l’ensemble des thématiques du débat politique. Quand j’étais plus jeune à la maison on ne parlait pas de politique, et personne n’était engagé politiquement. Mes parents en revanche par leur exemple m’ont inculqué un certain nombre de valeurs qui m’ont profondément forgées : le travail, le mérite notamment. Nicolas Sarkozy a réussi à mettre des mots sur ses valeurs que je veux aujourd’hui à tout prix défendre.
Avec mon arrivée à Paris et au fil de nombreuses rencontres  mon engagement c’est accéléré.  Aujourd’hui, alors que j’embrasse la carrière d’avocat, je souhaite poursuivre cet engagement en alliant vie professionnelle et engagement politique.
“Je crois profondément en la capacité de chacun à se réaliser dans son ambition.”
RN : Une étude Ipsos révèle que 65 % des 18-24 ans ne sont pas allés voter lors du premier tour des élections régionales en décembre, comment interprétez-vous le désintérêt des jeunes envers la politique ?
LS: Tout d’abord, je pense que si les jeunes se désintéressent de la politique c’est parce qu’ils n’ont pas suffisamment la parole et qu’ils ne se sentent pas suffisamment représentés par la classe politique actuelle. Il suffit de regarder les invités des plateaux TV et d’écouter les matinales de radios pour s’en convaincre.
Ce taux d’absentéisme chez les jeunes révèle ensuite un profond malaise dans notre démocratie et nul ne peut se satisfaire d’une société dans laquelle ceux qui sont sensés incarner l’avenir se désintéressent de la chose publique. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas lâcher et que notre engagement en tant que jeune nous oblige. J’ai fait le choix de faire de la politique pour faire entendre mes idées tout en acceptant les idées de ceux qui ne partageaient pas les miennes. Dire ce que l’on est et ce à quoi l’on croit : voilà ce qui compte. Je crois profondément en la capacité de chacun à se réaliser dans son ambition.
RN: Toujours lors des élections régionales, le FN a été le 1er parti de France chez les 18-24 ans, ce succès de l’extrême droite vous inquiète-t-il ?
LS : Evidemment que cela m’inquiète, car cela montre que les partis de gouvernement sont aujourd’hui inaudibles pour la jeunesse de France. La situation économique et sociale actuelle est très délicate et nous avons à nous mobiliser auprès des jeunes pour écouter et proposer une alternative crédible aux extrêmes qui n’ont pour seule stratégie que de crier plus fort que les autres. Mettre de l’huile sur le feu est un jeu dangereux. L’élection Présidentielle de 2017 sera un rendez-vous capital.
RN : Arrivez-vous réellement à vous démarquer des codes des politiciens actuels ?
LS : Il faut le reconnaitre, quand on fait de la politique, on baigne dans un moule et il est souvent tentant et facile d’imiter nos aînés et de reprendre leurs éléments de langage. Toute la difficulté est de tenir un discours qui parle aux jeunes. A quoi cela sert de s’engager en tant que jeune en politique quand le premier réflexe que l’on a c’est de se comporter comme un vieux briscard ?
Que ce soit pour les jeunes qui ont une sensibilité de droite ou de gauche, on se rend compte aujourd’hui qu’il y a un manque cruel de leadership, une absence de modèles et de définition de ce qu’être jeune en France en 2016. Il est pourtant indispensable s’interroger sur : Qui nous sommes en tant que jeunes français et où nous voulons aller. Voilà le défi que nous avons à relever !
RN : On présente souvent le monde politique comme un univers très dur, plein de coups bas et de complots. Est-il difficile de s’y faire une place à votre âge ?
LS : Pour obtenir des responsabilités et se faire remarquer il faut beaucoup travailler et parfois se battre. J’observe cependant une chose : chez les Républicains, quand on est jeune et motivé, il n’y a aucune difficulté pour se faire une place. Il faut en vouloir, mais finalement c’est comme partout. Mais l’engagement politique a d’extraordinaire le fait que c’est une aventure formidable ou on a l’occasion de nouer de solides amitiés et relations.
“François Hollande paiera très cher son mensonge à la jeunesse de France.”
RN : On reproche souvent aux hommes politiques de délaisser leurs convictions au profit de leurs ambitions, qu’en pensez-vous ?
LS : A certains égards en effet. Pour réussir, on vous conseillera souvent de ne pas l’ouvrir autant qu’on ne le voudrait. Il faudrait que cela change.
Parfois chez les jeunes, on pense que pour « monter », comme on dit, il faut penser de la même façon que nos aînés. Je ne suis pas persuadé que c’est la meilleure façon de les aider. Je pense qu’on devrait plus facilement faire valoir nos différences, nos points de vue et exprimer nos propres idées. On oublie trop souvent qu’être jeune, c’est avant tout être libre.
RN : Les membres de Nuit Debout se sont dit “représentatifs” de la jeunesse, cela vous dérange-t-il ? 
LS : Cela me dérange beaucoup bien sûr car qui peut sérieusement avancer que les jeunes de Nuit Debout représentent quelque chose à part eux même ?
La jeunesse que je connais, elle est soit en cours, soit au travail et d’aucune manière elle ne peut se permettre d’aller flâner Place de la République. Même si je comprends une certaine forme d’amertume de la part de ces jeunes qui ont voté François Hollande en 2012, et qui se retrouvent aujourd’hui avec une politique qui est à rebours de ce qu’on leur avait fait miroiter. François Hollande paiera très cher son mensonge à la jeunesse de France car au final personne n’y trouve son compte.
RN : C’est une année importante pour votre parti, qui organise les primaires en novembre, avec le nombre important de candidat et la forte concurrence, craignez-vous un remake de la guerre Fillon/Copé de 2012 ? 
LS : Pour le moment il y a 11 candidats à la candidature, car il faut obtenir un nombre précis de parrainages, de parlementaires, de militants, et d’élus locaux. Il est évident que tous n’obtiendront pas ces parrainages. Le quinquennat de François Hollande une véritable catastrophe et les candidats savent que nous avons un boulevard incroyable pour l’élection Présidentielle de 2017. Les Français nous attendent mais à la seule condition que la Primaire soit un succès. Faisons donc en sorte que celle-ci ne dépasse pas l’esprit de compétition en devenant une guerre de tranchée. Du plus profond de moi-même je crois en l’émulation de la compétition, mais je ne crois pas aux petites phrases et aux bassesses politiciennes. Montrons aux Français que nous sommes dignes de les représenter.
RN : Parmi ces potentiels candidats à la primaire, Nathalie Kosciusko-Morizet est l’une des deux seules femmes représentées. Y a-t-il un problème de parité chez les Républicains ? 
LS : Ce problème n’est pas propre au parti des Républicains, malheureusement la disparité hommes / femmes est présente dans l’ensemble de la classe politique mais aussi dans le secteur privé en ce qui concerne les postes à responsabilité. Je pense cependant que cela est en train d’évoluer, Valérie Pécresse est à la tête de la plus grande région d’Europe et Marine Brenier, 29 ans, vient d’être élue Députée.
Je ne dis pas que c’est parfait partout, mais je pense que nous sommes sur la bonne voie et qu’on arrivera dans les prochaines années à une égalité entre les hommes et les femmes.
Concernant Nathalie Kosciusko-Morizet, c’est une femme que j’apprécie beaucoup et qui a de nombreuses qualités. Je lui souhaite d’obtenir le nombre de parrainages nécessaires pour les Primaires, car la ligne politique qu’elle défend, qu’on soit d’accord ou pas, mérite d’être défendue.
RN: Le grand favori de ces primaires est Alain Juppé, qui dispose d’une grande popularité auprès de la jeunesse du pays, cet enthousiasme est-il partagé chez les jeunes républicains ? 
LS : Alain Juppé dispose d’un mouvement jeune solide avec des profils intéressants, au même titre que tous les autres gros candidats, comme François Fillon, Bruno Lemaire, où encore Jean-François Copé. Cela dit, Nicolas Sarkozy est le Président du parti et a été élu assez largement, ce n’est pas pour rien. Le succès mouvement “NouS les jeunes”, lancé samedi, montre bien que Nicolas Sarkozy ne manque pas de soutien. Les jeunes supporters des candidats se préparent et cela se passe pour le moment dans une ambiance bon enfant. Je m’en réjouis et ferai en sorte, avec l’ensemble des responsables jeunes, que cela perdure.
RN : Nicolas Sarkozy est distancé dans les sondages, croyez-vous encore en ses chances ? 
LS : Je suis persuadé qu’il a ses chances. Nicolas Sarkozy est un redoutable homme politique. C’est un homme d’action et d’expérience. On sent dans la population française la volonté d’avoir à la tête de l’Etat un Président qui incarne l’autorité et le courage pour de faire les réformes radicales nécessaires pour redresser notre pays.  Il est temps de tourner la page de la Présidence de François Hollande qui n’a jamais été capable de diriger le pays.
RN : Comment jugez-vous le bilan de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP, puis des Républicains depuis décembre 2014 ?
LS : Nicolas Sarkozy a récupéré le parti dans un état de délabrement avancé : les militants marqués par la guerre Copé / Fillon de 2012, étaient dégoutés, et les finances, disons-le, étaient bancales.
Aujourd’hui tout va mieux, grâce au travail de Nicolas Sarkozy et de Frédéric Péchenard (Directeur général du parti) : les militants retrouvent l’espoir et les finances sont en ordre. Le travail est donc accompli pour Nicolas Sarkozy. Les Républicains sont debout et prêts pour le relever le défi de l’alternance de 2017.
“Je me suis engagé parce que je pense que la jeunesse ne peut pas être livrée à elle-même et qu’elle doit trouver une voie. “
RN : Une CGT qui se radicalise, une situation sociale explosive et un gouvernement qui semble avoir perdu la main, êtes-vous inquiet pour l’avenir de la France ?
LS : Je suis surtout inquiet pour l’année qui va s’écouler. Le temps qui nous sépare de 2017 va être particulièrement long et la France risque de creuser (encore) son retard face à ses concurrents sur la scène internationale. Nous sommes dans une situation de chaos, où une minorité de casseurs sème la zizanie et n’hésite pas à attaquer les forces de l’ordre avec une violence inouïe. Avec les blocages orchestrés par la CGT qui, faut-il le rappeler, avait appelé à voter François Hollande, le pays semble figé.
Je ne suis cependant pas d’accord avec ceux qui nous disent que la France n’est pas réformable. Les français sont prêts pour une réforme en profondeur de notre pays. A contrario de l’amateurisme du Gouvernement actuel, il s’agira juste de faire preuve de méthode. Nous devrons être fort sur notre projet : expliquer clairement la situation actuelle du pays et dire où nous voulons aller dans les 10 et 20 prochaines années à venir. Pour regagner la confiance des Français, il nous faudra décrire avec précision notre feuille de route.  En somme, montrer le chemin que l’on utilisera pour passer du point A au point B.
RN : Après le douloureux épisode de la guerre entre Jean-François Copé et François Fillon, avez-vous à ce moment-là, douté de votre engagement politique ?
LS : Bien sûr, je m’étais engagé à fond dans cette campagne, et la claque a été d’une violence extrême. Dans cette affaire, ce sont les militants qui ont été salit car ce sont nous qui, le lendemain de cette terrible affaire, sommes allés sur le terrain pour distribuer des tracts. On se pose donc des questions sur notre engagement, car il représente beaucoup de temps et de sacrifices.
Mais finalement notre engagement ne peut se résumer aux guerres d’égos. Je me suis engagé parce que je pense que la jeunesse ne peut pas être livrée à elle-même et qu’elle doit trouver une voie. Le chemin sera long et la route certainement difficile mais je ne désespère pas à essayer de comprendre les aspirations des uns et des autres.

Nicolas Laurent.