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Une belle destination pour la fin du mois d’août ?

C’est sans nul doute Granville et son désormais fameux Festival des Voiles de Travail.

Il met notamment en valeur le travail des terre-neuvas – ces marins qui s’embarquaient pour les Grands Bancs de Terre-Neuve pêcher la morue (le cabillaud) qui alimenta en poisson l’Europe durant plus de 400 ans.

C’est vers 1472 que les rois portugais Alphonse V de Portugal et du danois Christian 1er de Danemark organisent en commun une expédition pour reconnaître les anciennes routes vikings du Vinland. Parmi les capitaines de cette expédition maritime, Alvaro Martins Homem et un certain João Vaz Corte-Real. Les navires longent l’Irlande, naviguent au large de l’Islande, passent le long de la côte orientale du Groenland, puis atteignent le Labrador avant de s’engager dans l’embouchure du fleuve Saint-Laurent et contourner l’île de Terre-Neuve. Au retour, João Vaz Corte-Real est nommé gouverneur de l’île de Terceira aux Açores, en récompense d’avoir découvert la « erra do Bacalhao » la terre de la morue.

Des navigateurs bretons de Paimpol et de Saint-Malo, des marins normands de Barfleur, de Dieppe et de Granville, enfin d’autres de La Rochelle et du Pays basque partent pêcher la morue au large des côtes canadiennes et dans le golfe du Saint-Laurent. Tous ces équipages se retrouvent au large d’une grande île qui pourrait être celle de Terre-Neuve, nommée sur les cartes marines de cette époque « île de Bacalaos » (« îles des morues » en portugais) en compagnie d’autres navigateurs portugais, irlandais, anglais, vénitiens et hollandais.
La Ligue hanséatique contrôle le marché européen de la morue et s’enrichit avec ce commerce florissant en tenant fermement les ports de l’Europe centrale (mer du Nord, mer Baltique).
En France, dès le début du XV ème siècle les marins-pêcheurs français payent la dîme au roi de France sur « les Pescheries des terres neufves ». Il en est de même pour les pêcheurs morutiers bretons qui paient la dîme sur la vente de la morue depuis le milieu du XV ème siècle.

Le Festival des Voiles de Travail a été créé en 2012.

Il retrace notamment cette épopée et présente le seul navire à voiles encore existant ayant participé à cette fameuse épopée, le Marité.

Le Festival a attiré l’an passé plus de 50 000 visiteurs à Granville.
Fête nautique bien sûr comme ses homologues plus anciennes mais aussi, et surtout, un festival pédagogique destiné à permettre au grand public de bien prendre conscience de l’importance économique et culturelle de tout ce passé nautique autour duquel s’est structurée la vie des régions côtières de la France.

Après le succès populaire rencontré les quatre premières éditions, le Festival des Voiles de Travail se déroule sur le port de pêche de Granville du mercredi 24 au dimanche 28 août 2016.

Le caractère original de cette manifestation marie activités en mer, animations dans le port et manifestations à terre, et donne une vision complète de ce que furent les voiliers de travail.

Entre 2012 et 2015, les voiliers de travail présents ont paradé dans le port et le long du rivage : La Grenaillais et La Canalise – bateaux de pêche de la baie du Mont Saint-Michel, les thoniers Etoile Molène et Le Vieux Copain, le morutier Le Marité, le maquereautier L’Albatros, le baltic trader Etoile de France, la frégate corsaire Etoile du Roy, la chippe Maria, l’ancienne pilotine de la Marine Nationale Etoile du Matin, le crevettier Diex Aïe, les lougres Le Grand Lejon et Erin, le cotre-pilote Marie-Fernand, la chaloupe Brise, le Tall Ship Pelican, les yachts Le Lys Noir, Gipsy Moth IV et Skrijadenn, la yole Fidélité, les canots chausiais, les doris de La Manche ouest…

Depuis des siècles, Granville vit au rythme de la mer. Port morutier pendant plus de 400 ans ; port de pêche côtière, de l’huître du Mont-Saint-Michel aux bulots qui en font aujourd’hui le premier port coquillier de France ; port de corsaires et d’armateurs entreprenants, le Festival des Voiles de Travail veut témoigner de ce riche passé où la navigation et la pratique de la voile étaient avant tout synonymes de gagne-pain.

Les terre-neuvas – ces marins qui embarquaient pour Terre-Neuve -montrent souvent les visages marqués d’hommes qui paraissent être « nés de la mer ».
Pourtant, il n’en est rien : beaucoup de ces marins sont issus du monde rural et de la paysannerie !
Armateurs et capitaines sont les recruteurs des équipages qu’il faut constituer avant chaque nouveau départ. Si les officiers sont souvent fils de marins, la majorité des matelots provient des campagnes alentour. C’est ainsi que deviennent marins fils de fermier, journaliers, valets de ferme. Le recrutement se faisant souvent à l’échelle d’une même paroisse, il n’est pas rare de trouver sur un morutier des membres de la même famille. La ville est aussi un espace de recrutement et fournit d’anciens employés, des artisans et des ouvriers de divers chantiers en quête d’une vie nouvelle….

Olivier Thibaud