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Shimon Peres, ancien président israélien et dernier “père fondateur” vivant, est décédé ce mercredi 28 septembre 2016 à l’âge de 93 ans. Retour sur les principaux points de son action politique.

Rien ne laissait penser que Szymon Perski, fils d’un juif polonais, immigré à Tel Aviv en 1934 à l’âge de 11 ans, deviendrait un homme politique essentiel à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Et pourtant, Shimon Péres, son nom hébraïsé, est devenu l’un des piliers de l’histoire politique de son pays. Ajoutez à cela une personnalité internationale couronnée par un prix Nobel de la paix en 1994, et apparait alors un homme d’Etat salué et vénéré de toute part par les différentes personnalités politique de l’Occident. Mais pourquoi un tel engouement autour de sa personne ?

Le père de l’armement de l’Etat d’Israël

Bien que son action pour la paix est reprise en boucle par les hauts dirigeants politiques, n’oublions pas que Shimon Peres est avant tout le père fondateur de la militarisation de son Etat. Le francophile, amateur de littérature et de bons vins, entretenait d’étroits contacts avec la France. C’est d’ailleurs grâce à ces derniers que dans les années 1950,  que Shimon Peres, alors en poste au ministère de la Défense participe à l’approvisionnement d’Israël en armes modernes. C’est dans ces conditions que la première industrie du pays sera celle de l’aéronautique avec près de 20.000 employés…

Toujours fort de ces de ces relations privilégiées avec les dirigeants français, Shimon Peres se voit fournir en 1956 par Paris, un réacteur nucléaire pour la centrale de Dimona, l’un des deux centres de recherche avec celui de Sorek. Même si Israël n’a jamais reconnu officiellement détenir l’arme nucléaire, Shimon Peres explique plus tard que l’acquisition, en 1967, de l’arme “de dissuasion” est une “compensation à la petite taille” de l’Etat juif et donc à sa vulnérabilité.

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Artisan de la signature des accords d’Oslo

Alors qu’il était hostile à la création d’un Etat Palestinien à ses débuts, Shimon Peres est devenu par la suite un acteur essentiel de la signature, le 13 septembre 1993 des accords d’Oslo. Ces derniers établissent les grandes lignes d’une autonomie palestinienne de cinq ans dans les territoires occupés, à commencer par la bande de Gaza et la ville de Jéricho en Cisjordanie, mise sous tutelle par Israël. Ces accords ont été signés sur la pelouse de la Maison Blanche entre Yasser Arrafat, le leader palestinien et Yitzhak Rabin, le premier ministre israélien. Le tout, sous le regard de l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton.

Retour sur le déroulement de la signature de cet accord historique.

Bill Clinton est plus que maître de cérémonie, il joue les médiateurs. Le premier document de paix jamais conclu entre Israéliens et Palestiniens est signé aux alentours de 17h40.
Le président des Etats-Unis se tourne alors vers Yitzhak Rabin à sa droite et lui serre la main, puis il serre celle de Yasser Arafat, à sa gauche.

Le dirigeant palestinien, qui s’est un peu incliné pour ce geste, poursuit son mouvement et tend une main, visiblement hésitante, au Premier ministre israélien.
Après un court instant d’hésitation, celui qui fut de toutes les batailles contre les Palestiniens saisit cette main tendue, et Clinton, arborant un large sourire, lui tapote l’épaule.
L’assistance applaudit. On s’embrasse, on se donne l’accolade. On veut croire à la paix.
L’année suivante, Arafat revient après 27 ans d’exil en Cisjordanie et met sur pied l’Autorité palestinienne, gouvernement autonome censé conduire à l’indépendance.
En novembre 1995, Rabin est assassiné par un extrémiste juif, qui dit avoir voulu, en l’éliminant, saboter tout accord avec les Palestiniens.
Aujourd’hui, 23 ans après les accords d’Oslo, les Palestiniens n’ont pas l’indépendance qu’ils espéraient et les perspectives de paix ont rarement été plus sombres. – avec l’AFP © 2016 AFP

1994 : Prix Nobel de la Paix

Ces accords lui ont valu d’être distingué Prix Nobel de la Paix en 1994 aux cotés de Yasser Arrafat et Yitzhak Rabin. C’est aujourd’hui ce prix qui reste dans les mémoires quand on parle de l’action politique de Shimon Peres. Et c’est pour cette raison que Barack Obama a déclaré ce matin après l’annonce de la mort de ce dernier : “Ce soir, Michelle et moi nous joignons à tous ceux qui, en Israël, aux États-Unis et dans le monde entier, rendent hommage à la vie extraordinaire de notre cher ami Shimon Peres, un père fondateur de l’État d’Israël et un homme d’État dont l’engagement pour la sécurité et la recherche de la paix était fondé sur son inébranlable force morale et sur son indéfectible optimisme”.

Evidemment Bill Clinton, a lui aussi réagit via Twitter le qualifiant de “fervent avocat de la paix”.

Enfin François Hollande a aussi exprimé sa gratitude a l’égard de l’ancien président israélien : “Avec la disparition de Shimon Peres, Israël perd un de ses hommes d’État les plus illustres, un des plus ardents défenseurs de la paix”.

Néanmoins, Shimon Peres a du attendre la fin de son action politique pour trouver grâce aux yeux de ses concitoyens. Il n’en reste pas moins un leader politique qui a su magner force et sagesse tout au long de sa carrière…

Valentin Demay