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Dimanche 20 novembre 2016, François Fillon a remporté le premier tour des primaires de la droite et du centre, avec plus de 44% des voix. Alain Juppé est arrivé en deuxième position avec un peu plus de 28% des voix. Mais quelles sont les différences entre les deux candidats? A un jour du débat décisif de l’entre deux tour, on passe leurs programmes au peigne fin !

Les économies budgétaires : reculer la retraite, réduire le nombre de fonctionnaire

Les deux prétendants à l’Elysée entendent bien trancher dans le dur afin de réduire les dépenses publiques. Quand François Fillon compte effectuer 110 milliards d’euros d’économies, Alain Juppé, lui, les situent entre 85 et 100 milliards d’euros. Pour cela ils comptent tous les deux reculer l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Via ce levier, les économies avoisineraient les 20 milliards d’euros à l’horizon 2026.

Le deuxième moyen pour effectuer des économies, c’est de revenir sur l’inévitable question des fonctionnaires. Même si tous les candidats de la primaire comptaient réduire les effectifs, Alain Juppé et François Filon se différencient clairement sur ce point. En effet, Alain Juppé compte « seulement » supprimer 250.000 postes alors que François Fillon compte doubler ces réductions d’effectif (500.000 fonctionnaires en moins). Alors attention, aucun des deux candidats ne comptent licencier des fonctionnaires déjà en poste ! Les deux misent sur le non-remplacement des départs en retraite.

Les collectivités territoriales serviront aussi à réaliser des économies. Encore une fois, sur ce point, les deux candidats se différencient nettement. François Fillon, le candidat le plus « libéral », mise sur 20 milliards d’euros d’économies alors qu’Alain Juppé n’en espère que 7 à 14 milliards d’euros. Sur ce point, les anciens quinquennats montrent que les économies espérées via les collectivités territoriales sont rarement réalisées. Du moins, pas autant qu’espérées.

Evidemment, réduire les dépenses de santé, est aussi un moyen que les deux candidats envisagent d’utiliser pour effectuer des économies. Alain Juppé, compte réaliser environ 10 milliards d’euros d’économies via ce levier, François Fillon, lui en espère 20 milliards.

Enfin il existe un dernier moyen d’effectuer des économies budgétaires : la rationalisation. “La quoi ?!” La ra-tio-na-li-sa-tion ! Ne vous inquiétez pas, on a aussi eu du mal à comprendre exactement ce que cela signifiait à la rédaction. Mais on va essayer de vous l’exposer facilement. Entre Alain Juppé et François Fillon seul le premier cité croit en la « rationalisation et l’optimisation de l’Etat ». Cela consisterait à ce que l’Etat fonctionne d’une autre manière, surement plus simplement, ce qui, en jouant sur différents leviers, amènerait à réaliser des économies. Alain Juppé en attend 12 à 14 milliards d’euros d’économies par an, quand François Fillon, 0. Cela voudrait-il dire qu’Alain Juppé serait plus modernisateur que François Fillon ? A vous de voir.

Le travail : durée légale, contrat de travail, chômage

Qu’ils soient d’extrême gauche, de gauche, du centre, de droite ou d’extrême droite, pour les candidats, le travail est un thème essentiel de leur programme. Et notamment en France, où la valeur travail est très précieuse. En témoignent les manifestations monstres qui ont eu lieu un peu partout en France lors de la proposition de loi El Khomri au printemps dernier.

Sur ce point, Alain Juppé et François Fillon sont d’accord : les 35 heures sont dépassées, il faut augmenter la durée horaire minimum légale hebdomadaire. Mais encore une fois, Alain Juppé, et François Fillon se placent différemment sur le curseur de la « droite libérale ». Ainsi, quand le maire de Bordeaux propose de « sortir du carcan » des 35 heures, afin de «laisser deux ans aux entreprises pour négocier avec leurs salariés une durée comprise entre 35 heures et 39 heures », l’ancien Premier Ministre de Nicolas Sarkozy propose quant à lui de supprimer les 35 heures, et de proposer par la même occasion, que les chefs d’entreprise et les salariés puissent renégocier la durée de travail hebdomadaire dans une limite de 48 heures (limite imposée par le droit européen).

Pour le contrat de travail, c’est la même chose. Les deux candidats souhaitent faciliter et simplifier le code du travail afin de libérer l’embauche, mais pas de la même manière. Pour Alain Juppé, il faudrait inscrire dans le contrat de travail, les modalités de licenciement du salarié. En revanche pour François Fillon c’est radical : il veut simplifier les licenciements économiques en instaurant le motif de réorganisation de l’entreprise au sein de la procédure de licenciement afin de permettre aux sociétés “d’être en phase” avec le contexte économique.

Concernant le chômage, François Fillon veut plafonner les allocations chômage à 75 % du salaire de référence et les rendre dégressives afin que le système ne « favorise plus l’assistanat » et permette un « vrai retour » à l’emploi. Alain Juppé veut mettre en place une allocation plancher de 870 euros mensuels et instaurer une dégressivité au bout d’un an. Il souhaite également, une suspension des indemnités chômage en cas de recherche active insuffisante ou de refus d’emploi.

Les relations internationales : Russie, Iran, Schengen

La France est depuis toujours un pays qui pèse dans les relations internationales : conflits, accords sur le climat ou encore accords de paix, le diplomatie française est pratiquement toujours citée.

Evidemment la question russe est déterminante. Sur ce point, Alain Juppé et François Fillon s’opposent radicalement. Quand Alain Juppé critique fermement l’intervention Russe en Syrie, notamment sur la région d’Alep, mais compte néanmoins discuter avec Moscou, François Fillon, lui, est pour un rapprochement sérieux entre la France et la Russie et veut lever l’embargo imposé aux russes après l’annexion illégale de la Crimée en 2014. Et pour mesurer la cote de popularité de François Filon en Russie, il suffit de regarder les journaux russes qui se félicitaient de sa victoire au premier tour… Et qui dit rapprochement avec la Russie, dit rapprochement avec Bachar El Assad pour éradiquer le groupe Etat islamique. François Fillon est aussi pour un rapprochement avec l’Iran.

Par rapport aux accords de Schengen, les deux candidats veulent les renégocier. Notamment en renforçant les contrôles aux frontières, qu’elles soient à l’intérieur ou à l’extérieur de l’espace Schengen.
En revanche, les deux candidats se démarquent sur un point. Quand Alain Juppé veut la création d’une police européenne aux frontières, François Fillon veut augmenter le budget de Frontex : l’agence européenne de surveillance aux frontières, qui agit notamment en Méditerranée pour contrôler l’arrivée des migrants.

La sécurité : déchéance de nationalité, prisons

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, mais aussi du 13 novembre, la question de la sécurité revêt une place prépondérante dans la vie des français et politique.

Sur ce point, François Fillon ne veut pas emprisonner les fichés S car il ne compte pas « avoir un Guantanamo français ». En revanche, il prône l’expulsion des étrangers qui seraient liés à une mouvance terroriste. Alain Juppé, veut quant à lui, les assigner à résidence.

Les deux candidats souhaitent déchoir la nationalité des binationaux qui auraient commis des actes terroristes. François Fillon va plus loin en appliquant la même sentence aux français qui sont partis en Syrie ou en Irak.

Enfin, les deux candidats souhaitent augmenter les places disponibles en prison. François Filon veut en créer 16.000, Alain Juppé, lui, compte en créer 10.000. Notons quand même, qu’aucun des 5 derniers présidents de la République n’a réussi à appliquer ce point de leur programme.

Les questions de sociétés : mariage gay et adoption, avortement

François Fillon ne souhaite pas revenir sur le mariage entre deux personnes de même sexe. En revanche, il souhaite restreindre les possibilités d’adoption pour les couples homosexuels. Il est aussi contre la gestation pour autrui (GPA) et la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules. En revanche, François Fillon ne souhaite pas revenir sur le droit à l’avortement mais « philosophiquement » et en tant que catholique convaincu, le candidat est opposé à sa pratique.

Alain Juppé, ne souhaite pas non plus revenir sur la loi Taubira, et est, à l’inverse de François Fillon, favorable à l’adoption pour les couples homosexuels. Néanmoins, il ne veut pas non plus de GPA et de PMA. Enfin, il ne compte pas revenir sur le droit à l’avortement et demande même à son adversaire de « clarifier sa position sur la question ».

L’environment : le nucléaire, les énergies renouvelables

Sur la question du nucléaire, les deux candidats sont d’accords : ils ne veulent pas fermer les centrales nucléaires et encore moins celle de Fessenheim. Enfin concernant les énergies renouvelables, François Fillon souhaite s’affranchir “dès que possible” de la production d’électricité à base d’énergies fossiles (charbon, gaz…). Alain Juppé reste plus évasif en indiquant seulement , vouloir encourager les “énergies propres” sans avancer de mesures concrètes.

Valentin Demay