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Jusqu’à présent, j’avais plutôt eu de la chance, ma Mémé n’était pas trop mauvaise en matière d’élection présidentielle. Elle m’avait bien expliqué ses souvenirs de « pendant la guerre » et le danger des extrêmes. J’avais même pu apprendre les rudiments de la politique et du code de la route en même temps : « si tu tournes le volant trop à droite ou trop à gauche, tu vas droit dans le mur ! ».

Mémé a toujours été pragmatique et elle le reste

C’est d’ailleurs bien embêtant. Fidèle à ses convictions d’éviter les bas-côtés de l’avenue (ou de l’avenir), « trop dangereux car non stabilisés (surtout en campagne) », Mémé avait décidé de tailler sa route sans oublier de faire une pause toutes les deux heures entre la lecture des programmes des candidats, sinon on peut s’assoupir au volant (ou s’abrutir en votant). Le problème est que Mémé n’a jamais trouvé d’aire de repos, ni de programme à lire.

Pénélope c’est la femme d’Ulysse

Alors elle a continué son chemin. Elle est tombée sur deux ou trois manifs et quelques enquêteurs qui cherchaient Pénélope. Toute à son devoir de citoyenne, Mémé a essayé de les aider ; mais quand elle leur a certifié que Pénélope était la femme d’Ulysse et non de François, ils lui ont dit qu’elle roulait sur la jante. Mémé a vérifié : les pneus étaient bien gonflés. Alors elle leur a vivement conseillé de réviser leur mythologie. Ils n’ont pas dû bien comprendre la fin du mot car peu de temps après, tout le monde a parlé de « mythos », mais Mémé assure qu’elle n’est pour rien dans la confusion.

De toute façon, face à ce foutoir, Mémé a capitulé. Elle s’est remise à la couture ; maintenant elle taille des costards. Je l’ai bien mise en garde. Attention Mémé, ça aussi aujourd’hui ça peut prêter à confusion…

Magali Menin