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À l’heure où les hommes laissent peu de place aux femmes dans le milieu politique, certaines n’hésitent pas à s’y lancer en France. Elles jonglent entre études et un engagement souvent chronophage. Parité, sexisme, carrière… Elles nous donnent leur point de vue.

Depuis 1944, la femme se voit davantage concernée par la politique. Sous la pression de la parité et non en vertu de la volonté des hommes, ces dames ont gagné du terrain. C’est la loi du 6 juin 2000, loi sur la parité, qui a fait changer la donne. Cette mesure a instauré des quotas pour l’accès aux mandats électoraux et comme par enchantement, le nombre d’élues a augmenté dans les assemblées. « 12,3 % de femmes élues à l’Assemblée nationale en juin 2002, elles représentaient 18,5 % en juin 2007, 26 % en juin 2012 » d’après Marine Attané, présidente de l’antenne étudiante Terra Nova à Sciences Po à 24 ans. Cela donne une plus grande ambition à ses jeunes femmes qui se lancent dans ce milieu pas toujours facile. C’est le cas de Marine Attané, Victoria Maamar, 23 ans et collaboratrice de cabinet auprès d’une maire et Sophia Bahri, ex-responsable de la campagne de Jean-Francois Copé. Elles témoignent.

Les femmes à la recherche de pouvoir

Pour Victoria Maamar, se lancer dans une carrière politique était une évidence dès ses 18 ans. « J’ai compris que c’était ce que je voulais faire concrètement, une sorte de vocation».
Pour ces femmes, pas questions d’avoir peur de se lancer dans une carrière. « Au contraire ! C’est presque un argument de campagne. Simone de Beauvoir considérait qu’une femme qui n’a pas peur des hommes leur fait peur. Je souscris pleinement à cette stratégie ! » réplique Marine Attané.  De plus pour Victoria Maamar, les femmes peuvent apporter une alternative, une vison différente de la politique. « Je le vois tous les jours avec ma patronne qui apporte une nouvelle dimension à la politique municipale, notamment parce que c’est une femme. »
Sophia Bahri ne partage pas le même avis. Pour elle, « dans ce milieu on ne devrait pas du tout s’intéresser au sexe d’un responsable politique (…) le travail et les compétences devraient être vues de manière égale ».

Le chemin est encore long

Les comportements sexistes en politique commencent à être bien connus. De nombreux exemples, l’affaire Baupin, Cécile Duflot sifflée à l’Assemblée pur sa robe, bruits de poules à l’énoncé du discours de Véronique Massoneau… Pour Victoria Maamar“ on est très vite catégorisée. Ça commence par des remarques concernant les recherches de stage, qui sont censées être plus faciles quand on a ‘ un sourire et une paire de jambes ‘ Il y a aussi les petits mots concernant les embauches ‘tu as été embauchée parce que tu fais jolie dans le paysage ou parce que cela fait bien d’embaucher une femme, la parité c’est injuste’. A un certain moment on en vient même à douter de ses compétences.” Elle ajoute que ” la bêtise sexiste a atteint son paroxysme lorsqu’un professeur a conseillé, de façon ironique, de ne pas côtoyer la politique en direct mais plutôt de travailler dans une administration, parce que les ‘femmes en politique on a vu ce que cela pouvait donner avec Nadine Morano, Marine le Pen et toute la clique’.”
Pour Marine Attané aussi les hommes ne sont pas les seuls coupables. ” Cela m’est également arrivé dans le milieu professionnel et de la part de femmes plus âgées. Le sexisme n’est pas l’apanage des hommes et dans mon cas ces manifestations ont été vraiment rares. “
Des comportements sexistes que toutes les femmes n’ont pas connus. C’est le cas de Sophia Bahri, elle n’a «  jamais eu de problème. Je trouve ça dommage que les femmes soient pour la majorité concernée, on ne devrait s’appuyer que sur des compétences propres à chacun”.
Pour ce qui en est aujourd’hui de la loi pour la parité, elle suscite toujours de fortes résistances. La grande majorité des partis préfèrent payer des amendes, jusqu’à plusieurs millions d’euros, que de présenter le même nombre de femmes et d’hommes aux législatives. Sophia Bahri estime que cette loi n’est pas totalement juste, « on doit relativiser les vertus de cette loi qui à long terme, devra évoluer vers un dispositif plus souple. Elle n’est pas parfaite ». Un avis partagé par Victoria Maamar. “La parité ça peut rapidement être défavorable“. D’autres moyens pour augmenter le nombre de femmes dans la politique sont envisagés pour l’avenir. Pour Marine Attané pourquoi pas “ nommer une femme Premier ministre ? Une réflexion doit être menée aussi à l’intérieur des partis sur le temps des prises de paroles des femmes, leur représentativité au sein des instances du parti “.
L’avenir des femmes, Victoria Maamar le voit ” comme un combat qu’il faut mener à long terme”.
Pour le moment la politique en France reste un monde dominé par les hommes. Néanmoins, l’arrivée d’une nouvelle vague féminine dans les prochaines années devrait faire changer les choses. Un changement qui se manifeste pas à pas vers une assemblée féminisée et renouvelée.

Naomie Benhamou