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Nous avons rencontré le jeune développeur Paul Hatte qui, à 23 ans seulement, lance l’application Knockin, capable de géolocaliser les sympathisants grâce à une base de données. Etudiant en politique publique à Science Po, Paul se révèle pendant la campagne de Nicolas Sarkozy pour les primaires de la droite et du centre, lorsque l’équipe numérique du candidat lance son application.

RN: Que fais-tu dans la vie ?

PH: Actuellement je finis mes études de politique publique à Science Po, un master science in managment. Il y a deux ans, j’ai aussi monté mon entreprise de modernisation des pratiques politiques et des pratiques de campagne : HATIS. L’entreprise même qui a développé l’application KNOCKIN dont l’objectif est de proposer aux élus une nouvelle façon d’appréhender l’électorat, d’échanger avec les électeurs et de diminuer l’abstention. Donc l’objectif de l’application est vraiment de ramener la politique près de l’électeur.

RN: Quand est-ce-que l’application a été conçue ? 

PH: Knockin a démarré il y a un an environ. Plus précisément le 23 Aout 2016, au lendemain de l’officialisation de la candidature de Nicolas Sarkozy, qui a été notre premier client. Elle était disponible dès juin 2016 sur Google Play, mais n’a vraiment démarré qu’en août.

RN: Comment fonctionne-t-elle ?

PH: L’application possède deux interfaces, une pour les équipes de campagne qui permet l’accès à l’analyse de données et à des résultats électoraux sur des zones cibles. Et une deuxième pour les utilisateurs. Donc tous les bénévoles qui souhaitent faire de la politique sur leur terrain auront accès à des cartographies intéressantes et aux résultats électoraux.
Knockin est accessible à tous types de smartphones, elle est téléchargeable depuis Google Play et Apple Store.

RN: Qui peut l’utiliser ?

PH: Tous les élus qui ont envie de souscrire à l’offre peuvent l’utiliser. Essentiellement des militants, des élus concernés qui souhaiteraient l’utiliser à des fins de prospection. S’orienter avec l’application permet de mieux cibler le porte-à-porte, le tractage, etc. C’est un outil de gestion de bases de données et d’analyse cartographique qui révolutionne les pratiques et l’organisation des campagnes politiques.

RN: Comment l’idée vous est-elle venue ?

PH: J’ai travaillé en 2014 pour les élections législatives américaines, j’étais coordinateur de campagne pour le parti démocrate en Floride et mon objectif était de recruter des volontaires et de les former au porte-à-porte. En utilisant ces outils de modernisation de campagne, j’ai remarqué qu’il nous manquait cette façon de fonctionner en France: des méthodes qui nous rapproche des électeurs, nous permet de les comprendre, de les rencontrer plus facilement. J’ai donc travaillé au parti Les Républicains, en tant que chargé de mission, sur la question de modernisation des pratiques de campagne. Puis je me suis lancé dans ce projet entrepreneurial qui a pour objectif d’inciter au vote, de faire diminuer l’abstention, et de créer le même engouement qui a eu lieu pour Obama en 2012 par exemple. Aux Etats-Unis, la population est tellement dense et riche qu’on a vraiment besoin de faire du ciblage. Aujourd’hui en France avec presque 70 millions d’habitants on peut prétendre à faire ce travail avec des pratiques adaptées.
Mon travail : proposer aux élus la meilleure manière de s’adresser et de comprendre l’électeur à partir des données mises à disposition.

RN: Selon un article publié par RMC, les informations compilées par le logiciel pour localiser les potentiels partisans (sur les réseaux sociaux par exemple), seraient collectées à leur insu. Est-ce que ces propos sont fondés ?

PH: Absolument pas et d’ailleurs la CNIL (Commission National de l’informatique et des Liberté) a rendu un communiqué, début février 2017, expliquant que l’application était bien conforme à leurs recommandations. On ne récolte pas des données à l’insu des internautes, c’est une fausse information. L’application n’utilise que des informations fournit de manière délibérée. De toute façon, le logiciel ne fait pas de recoupe de données publiques, que ce soit sur Facebook, Twitter etc.
Je suis content que vous me posiez la question, cela me permet d’évoquer le sujet.  En effet, énormément de médias se sont exprimés sans s’intéresser à la réalité de la chose.

RN: On parle de plus en plus de menace de fichage, qu’en pensez-vous ?

PH: La menace de fichage est réelle pour divers sujets, mais chez Knockin on se fait violence pour faire les choses de manière complètement transparente. On cherche à fournir un produit qui soit le plus rassurant possible, pour les élus comme pour les électeurs. Et d’ailleurs le but est de faciliter la communication entre les deux. Donc il ne me semble pas légitime de parler de fichage.

RN: Quel avenir pour Knockin ?

PH: Nous avons le projet de redessiner la politique autour du Big data et l’utiliser pour faire de l’analyse politique. Aujourd’hui on bosse sur un outil capable de scanner des dizaines de milliers données sur les réseaux sociaux anonymement : publications Instagram, twitter.
Ce qui nous permet de réaliser une cartographie en temps réel de l’activité politique sur le terrain avec des points chauds, des points froids. C’est l’une des premières cartes en France qui illustre l’activité politique en temps réel.
Knockin est encore beaucoup téléchargée dans le cadre des élections législatives. Nous travaillons d’ailleurs avec d’anciens députés qui se représentent et même des nouveaux donc nous sommes plutôt confiant pour l’avenir de l’application.

Nada Lamri