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© TrashTalk

“Mieux vaut être seul que mal accompagné”. Voici l’adage qui vient instantanément à l’esprit après avoir vu le documentaire « Lenny Cooke ». Présenté au festival Tribeca en 2013 par les frères Safdie (également réalisateurs de Good Times, qui était en lice pour la Palme d’Or à Cannes) et co-produit par Joakim Noah, ce long-métrage est aujourd’hui distribué en France par le site TrashTalk, qui a su s’entourer de partenaires de renom comme Society, SoFilm et la Hoops Factory.

L’histoire

À 17 ans, Leonard « Lenny » Cooke est le lycéen nourrissant le plus d’espoir en vue des prochaines Draft. Réputé meilleur et plus prometteur que des Lebron James, Carmelo Anthony et autre Ama’re Stoudemire, le jeune homme originaire de Brooklyn possédait la panoplie complète pour devenir numéro 1 de la Draft NBA. Mais son avenir, que l’on pourrait symboliser par une plage ensoleillée, sera vite détruit par un typhon de mauvaises décisions : une hype trop importante pour ses frêles épaules et son jeune âge, un entourage trop néfaste (que ce soit ses amis ou les agents) et un désintérêt pour l’entraînement et le travail à fournir, deux choses essentielles si l’on veut se faire une place parmi l’élite du basket mondial. C’est ce que dépeint le documentaire “Lenny Cooke”: l’histoire d’une descente aux enfers, d’un talent gâché, d’un rêve envolé.

La structure

– Première partie : Les images rythmant la première moitié du film proviennent de rushs abandonnés d’un réalisateur. À l’époque, ce dernier était persuadé de tenir des scènes rares (et par conséquent de grandes valeurs) permettant de se plonger dans l’univers d’un futur cador de la Grande Ligue. Le portrait de ce personnage qu’était Lenny Cooke (et non Leonard) prend alors pied: un gamin extrêmement lié à Brooklyn et à sa famille, adulé par ses amis et l’ensemble de son lycée. Si l’on décortique cette première partie, on vit un véritable ascenseur émotionnel: tantôt on peut se retrouver confiant pour Lenny, et donc intégrer le fait que ce joueur peut devenir un fleuron du basket américain ; tantôt on a l’impression de se retrouver face à un gosse immature et trop confiant, n’ayant pas conscience des sacrifices nécessaires pour parvenir au Graal pour tout lycéen : être drafté en NBA.

Seconde partie : Cette partie là a été filmée par Joshua et Ben Safdie eux-mêmes. À peu près cinq ans ont passé et Lenny Cooke a laissé passer sa chance. On suit alors son nouveau quotidien, d’ancien gamin super-athlétique dorénavant jeune homme obèse. L’argent, la gloire : tout semble derrière lui, qui mène à présent un train de vie diamétralement opposé à celui qui lui était promis. Divers moments de sa vie ont été gardé au montage, comme celui de ses 30 ans, où on prend réellement conscience de la carrière à côté de laquelle il est passé : tandis que d’anciens de ses adversaires du lycée jouent les Playoffs NBA, lui est dans son canapé à manger de la glace. Une image symbolique qui donne alors au documentaire tout son impact.

L’analyse

Plus qu’un documentaire sur le basket, “Lenny Cooke” endosse le rôle d’un pamphlet contre le laisser-aller et la bêtise humaine. La question qui taraude le spectateur devant ce film reste toujours la même lorsqu’il en sort : comment ce garçon, si talentueux et prometteur, a-t-il pu devenir l’instrument de sa propre déchéance ainsi que de devenir une déception pour sa famille, ses amis, mais aussi ses anciens adversaires ? L’histoire de ce gamin de Brooklyn incarne vraiment ce qu’est l’anti-American Dream. Lui même le décrit dans le film : « Je n’ai rien gagné, je n’ai rien perdu ». Et c’est dans cette phrase que réside tout son échec : il pense n’avoir rien perdu alors qu’il a laissé échapper le rêve de n’importe quel basketteur.

On peut en vouloir à Leonard Cooke de nous avoir privé de son talent dans le monde de la balle orange. Il n’empêche que son histoire permet à chacun de comprendre que la NBA n’est pas qu’un conte de fée magnifiant chaque histoire, mais aussi un monde cruel, où le succès et le bonheur des quelques uns surpassent souvent le malheur et désarroi de beaucoup d’autres. Que l’on soit basketteur, auteur, réalisateur, étudiant, lycéen, l’histoire de Lenny Cooke est à connaître, car c’est à travers cet échec que l’on peut en éviter de nouveaux.

“Lenny Cooke” sera projeté en avant-première chaque jeudi du mois de juin au cinéma Les 3 Luxembourg.

Pierre MORIN