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Ce vendredi 30 juin 2017, Simone Veil est décédée à son domicile parisien, a annoncé sa famille. Figure de la vie politique française et des droits des femmes, rescapée de la Shoah, ancienne ministre et ex-présidente du Parlement européen, elle était âgée de 89 ans.

Elle était rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans, et incarnait pour les Français la mémoire de la Shoah.
Depuis l’adoption de l’IVG (interruption volontaire de grossesse) en 1975, elle était devenue une figure des droits des femmes. retour sur un parcours hors du commun.

Arrêtée à 16 ans, puis déportée

Simone Veil est née, en 1927, à Nice. Ses parents ont quitté Paris pour s’y installer. Son père, André Jacob, est architecte. Sa mère, Yvonne Steinmetz, est mère au foyer. Ils seront quatre enfants élevés au sein d’une famille juive non pratiquante : Madeleine, Denise, Jean et Simone. Le mari a exigé que son épouse arrête ses études. La mère de Simone Veil inculquera à ses filles la nécessité des études, du savoir, de l’indépendance pour une femme.
Elle est ensuite déportée à Drancy puis à Auschwitz-Birkenau, où elle reçoit le matricule 78651. A la Libération, Simone Jacob a perdu la moitié de sa famille : seules ses sœurs Madeleine, rescapée comme elle des camps, et Denise, résistante, ont survécu. Sa mère, son père et son frère ne sont jamais revenus de déportation.
Après des études de droit, Simone Jacob, qui a épousé en 1946 Antoine Veil, rencontré à Sciences Po, entame une carrière de magistrate. En 1974, le Premier ministre Jacques Chirac  insiste pour que Valéry Giscard d’Estaing  fasse d’elle sa ministre de la Santé. C’est ainsi qu’elle fera passer, au terme d’orageux débats, la loi dépénalisant l’IVG, avant de quitter le gouvernement en 1979, date à laquelle elle est élue députée européenne. Première femme présidente du Parlement européen (1979-1982) puis première femme ministre d’Etat (1993-1995), Simone Veil place le féminisme au cœur de son engagement.

Sa lutte pour donner aux femmes le droit d’avorter

Ministre de la Santé entre 1974 et 1979, elle fait voter par une droite frondeuse, et avec le soutien de la gauche, la loi sur l’IVG (interruption volontaire de grossesse). “Je voudrais vous faire partager une conviction de femme. Je m’excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d’hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement…”, déclare-t-elle dans un discours resté historique. Certains croiront même la voir pleurer en retournant sur les bancs de l’Assemblée, harassée par les attaques de la droite. Interrogée par L’Express, trente ans plus tard, elle dément : “Eh bien, non, je n’ai pas du tout le souvenir d’avoir pleuré.”

Voici son discours à l’Assemblée Nationale 

Immortelle en 2008

En 2008, elle devient la sixième femme élue à l’Académie française où elle a occupé le siège de Pierre Messmer. Elle avait également été membre du Conseil constitutionnel.

Amaury de Laurens