Des nations libres et démocratiques

1570
0
SHARE

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Printemps de Prague (1967-1968). C’était la tentative d’un ample mouvement politique, intellectuel et populaire, d’introduire des éléments de démocratie dans le système tchécoslovaque, tentative interrompue par l’intervention brutale des troupes du Pacte de Varsovie.

Été, automne 1989. Chute du Mur de Berlin, symbole pendant 28 ans, de 1961 à 1989, de la division du monde en deux sphères, une américaine et l’autre soviétique, symbole aussi de la résistance à la progression du capitalisme, sorti vainqueur après deux guerres mondiales qui ont coûté plusieurs dizaines de millions de morts, surtout parmi les populations civiles, et ont vu naitre l’Etat d’Israël, résistance définie Guerre Froide. Israël construira par la suite un autre Mur sur les terres palestiniennes, soulevant peu d’indignation et obtenant grande compréhension et commisération.

Les pays de l’Est européen commencent finalement à goûter à la liberté et à la démocratie occidentales tant désirées et attendues.

La carte géographique de la région est changée. De nouveaux États sont apparus et sont nés de nouveaux partis politiques ; des élections ont été organisées avec l’appui technique et financier occidental. De nouvelles constitutions « libres, transparentes, démocratiques, ont été enseignées puis rédigées ; de nouvelles institutions ont été crées. La société civile est apparue avec l’aide des fondations américaines et des prix distribués. Ces États auront ensuite la chance de faire partie de l’Union européenne et de l’Otan. Une chance pour les nouvelles nations, pour leurs armées, pour les marchés. Finalement les frontières sont tombées, l’économie est privatisée. On ne lavera plus son linge sale à la main, mais en machine à laver. Les lavandières peuvent rester à la maison.

Printemps arabe (2011-?) . Terme d’origine médiatique occidentale, copié du précédent, pour indiquer une série d’insurrections populaires, encore en cours, dans les pays de l’Afrique du Nord, du Moyen et du Proche Orient, appuyées moins indiscrètement qu’auparavant dans les pays de l’Est européen, par les États Unis et leurs alliés de l’Otan et des monarchies du Golfe, même militairement comme en Libye, au Bahreïn, et en Syrie où l’on vient d’augmenter les envois d’armes aux rebelles islamistes. Ici, comme dans le reste du monde, comme précédemment en Irak, peuvent initier la liberté et la démocratie occidentale. Après avoir mélangé l’Islam religion avec les partis politiques islamistes, après avoir distingué le monde en deux axes, celui du bien et du mal, après avoir théorisé le choc des civilisations, on s’est mis à diffuser l’idée d’un islamisme politique modéré et d’un islamisme jihadiste, combattant. Pour l’heure, la carte géographique du monde arabe n’est pas changée et d’autres États ou Émirats ne sont pas nés ou du moins reconnus. En revanche sont nés une infinité de partis formels et sans assises populaires, dominés par des partis islamistes “modérés”, appuyés par les jihadistes, tous expression d’un Islam nouveau, non plus du Prophète Mohamed, mais celui obscurantiste de la famille Al-Saoud, comme au Soudan inspirateur du tunisien Rached Ghannouchi, qu’on appelle aussi l’Islam wahhabite, avec trois objectifs précis. Les deux premiers sont à moyen terme et consistent, d’une part à appliquer dans chaque État arabe “libéré” (islamisé), la chari’a, la loi de cet islam nouveau, à travers des élections « transparentes, honnêtes et démocratiques », autrement par la terreur jihadiste, et d’autres part de tenter de normaliser les rapports avec Israël et surtout de ne pas nuire à cet État ; le troisième objectif à plus long terme de refonder le califat arabe dans toute la zone. De là pourrait repartir la nouvelle contre-croisade du prochain Saladin.

Printemps occidental (2007-20013). Peu avant le printemps arabe, la crise financière, initiée aux États-Unis avec la crise des “subprime”, a explosé au mois d’aout de 2007, suivie dès le deuxième trimestre 2008 par une récession et par une grave crise industrielle (déterminée par la faillite de la Lehman Bothers) de proportions supérieures à celles de la Grande crise de 1929. La crise s’est généralisée en 2009, avec de lourdes récessions et des chutes vertigineuses du taux de croissance du Pib, dans de nombreux pays, en particulier en Occident. Après une brève reprise partielle, enregistrée à cheval de 2010, la crise s’est élargie à la dette souveraine et aux finances publiques (dans une large mesure alourdies par les dépenses de soutien des systèmes bancaires, surtout aux pays de l’eurozone, impuissants à manœuvrer sur le levier du taux de change, ou à réaliser des politiques expansives monétaires ou de crédit), qui ont évité, dans certains cas la solvabilité souveraine (Grèce, Irlande, Portugal), grâce à l’octroi d’importants prêts (par le FMI et l’Union européenne), appelés « plans de sauvetage », pour leur éviter de possibles « défaut ».

La carte géographique du monde occidental n’a pas changé, mais sont nés de nouveaux partis, après une longue période de stabilité, et on est dans l’attente de la révision partielle de nombreuses constitutions européennes. L’Italie, par exemple, n’est plus cette République qui répudie la guerre, puisqu’elle est présente sur presque tous les champs de bataille de l’Otan, de l’Irak, à l’ex Yougoslavie, du Liban à l’Afghanistan, de la Libye au Mali, à la défense des multinationales du pétrole, du gaz, de l’uranium et des armements sophistiqués, qu’on appelle par pudeur interventions humanitaires.

Certes, il n’est pas facile de définir printemps ou saisons de jasmin, de liberté et de démocratie ces guerres d’expansion du capitalisme généralisé ultra-libériste. Les paroles sont comme les cartons de paquets de chewing-gum sans chewing-gum, vides, ou bien remplis de pâte de plastique, contenu différent, fabriqué par des mains habiles au service du gouvernement unique.

Au milieu de cette tempête politique, économique et financière, entre spéculation et Bourses au bord de la crise hystérique, et États qui tâtonnent face aux caprices des marchés, on reste impressionné par la « révolution par le bas » victorieuse à Reykjavik. Après le choc du « défaut » de 2008, les citoyens de la petite République d’Islande ont pris en main la situation, réécrit à partir de zéro les nouvelles lois de la cohabitation citoyenne, et imposé de nouvelles règles aux lobbies dévoyées politiques et médiatiques. La classe dirigeante qui avait porté le pays au désastre national a été éloignée pacifiquement, et le peuple souverain a mis les bases d’un futur réellement démocratique.

Il est regrettable que les organes d’information “libre” occidentaux n’en aient point parlé, ni sur les plus importants quotidiens, ni à la télévision. Mais cela n’empêche pas les citoyens européens de réagir. Tel est, par exemple, le cas des italiens. Les dernières élections des 24-25 février 2013 ont été une tempête, un tremblement de terre, un tsunami pour la démocratie des partis, et laisseront certainement leur trace en Italie et ailleurs. Les résultats parlent clairement. : les deux coalitions de centre-droit et de centre-gauche n’ont même pas atteint 30 % des suffrages exprimés à la Chambre des députés, et ont dépassé de peu ce pourcentage au Sénat. Beaucoup moins si on se réfère à tous les ayant droit au vote et qui n’ont pas voté. Ceux qui ont refusé de voter (25 % des ayant droit) et ceux qui ont voté blanc (3,5 %) totalisent presque autant que les deux coalitions. Cela représente un changement radical dans la géographie politique. A cela s’ajoute une première dans l’histoire des compétitions électorales: l’apparition d’un mouvement qui a recueilli 25 % des suffrages exprimés et dont le mot d’ordre est la liquidation de la classe politique. A partir de ces élections italiennes, l’Europe commence à entrer dans la phase post-démocratique, où les médias commencent à être supplantés par les réseaux Internet.”