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« L’INVENTION DU SAUVAGE » au Quai Branly jusqu’au 3 juin 2012

« L’invention du sauvage » est l’exposition phare du musée du quai Branly parrainée par Lilliam Thuram jusqu’au 3 juin 2012.  « l’Invention du sauvage », est une exhibition évoquant l’homme sauvage, l’indigène ou l’homme  juste ‘différent’, les trente minutes de queue avaient déjà quelque peu refreiné mon enthousiasme premier. Je jetais un rapide coup d’œil sur l’édifice moderne de Jean Nouvel, le jardin dépaysant à la végétation luxuriante (remarquable caprice de Monsieur Chirac)  mais ce dont je me souviens par-dessus tout, c’est cette ambiance et cette obscurité dans laquelle le visiteur est plongé de force pendant son voyage. C’est presqu’une expérience extra-sensorielle dans laquelle se mélange art contemporain, par exemple avec l’œuvre The River de Charles Sandison lorsque l’on arrive et que ces lettres projetées au sol se mêlent à nos pas, et art classique, lorsque l’on est plongé dans notre passé colonialiste avec toutes ces estampes, peintures et affiches.

L’exposition commence comme un tour au cirque !

Femmes à barbes, nains, nègre pie, (ces noirs ou nègres blanc dont l’albinisme n’était pas total.)  Bref, Branly annonce la couleur.  Nous apprenons que le premier à avoir emmené les indigènes sur notre continent n’était autre que Christophe Colomb et qu’ils étaient exhibés à la Cour.  Plusieurs photos d’africains perçus comme des bêtes curieuses, notamment celle de « la Vénus Hottentote »  une africaine aux fesses surdimensionnées et aux organes génitaux protubérants. D’abord condamnée à une vie d’esclave, on la transbahutera comme un phénomène de foire en Europe et son cadavre sera disséqué par les scientifiques pour tenter de mieux comprendre d’où viennent ces gens de race inférieure. A l’époque, exhiber les noirs et les êtres humains hors normes sont à la mode, et de toute manière, chacun disait qu’ils n’avaient d’autre destin que d’être civilisés par les races « dites »  supérieures.   Et là, notre malaise monte.

Dans la pièce suivante, c’est la vidéo d’un noir qui danse dans une foire sur la cadence de la canne de son maître qui tape à terre ou sur le pied du malheureux en cas de faux pas.  On se dépêche de rejoindre la dernière salle plus colorée avec des affiches des années 30 qui annonce la fin de ces spectacles dégradants, principalement parce que le public les jugera trop brutaux et surtout car le cinéma arrive…Et puis, on tombe sur une affiche agréable et séduisante qui parle du jardin d’acclimatation. On y apprend que la dernière exposition d’êtres humains en ces lieux date de 1931, que ce n’est donc pas si vieux et  qu’il s’agissait du peuple canaque. Qu’avant, y avaient été exhibé des indiens, somaliens, Inuits, et j’en passe car la demande des visiteurs était très forte.  De 1877 à 1931 (et même après), le Jardin zoologique d’acclimatation de Paris fût le sanctuaire de la déshumanisation en France, un véritable zoo humain.  Et là, on sort, on retrouve enfin cette verdure foisonnante, la vraie vie, et l’on essaye d’oublier cette heure oppressante ou l’on a été déstabilisé par toutes ces vérités innommables sur nos ancêtres. » L’invention du sauvage », une exposition dérangeante, mais nécessaire…Car le devoir de mémoire reste plus que jamais un sujet intemporel.

Sonia Peneloux