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« De rouille et d’os » sur nos écrans depuis le 17 mai 2012

Avec son dernier film « De rouille et d’os », Audiard nous livre sa vision d’une France prolétaire et marginale à la réalisation brillante. Une tête d’affiche, Marion Cotillard, et un talent plus que prometteur,  Matthias Schoenaerts, acteur belge encore méconnu, qui à lui seul porte le film dans le rôle du voyou touchant. En sélection officielle au festival de Cannes,  le film s’est pourtant fait rafler la mise par le dernier Haneke avec « Amour ». Il faut dire qu’Audiard nous plonge loin des paillettes et du glamour bien que le film se déroule aussi à Cannes.  Mais ici, le thème principal du film, c’est la crise. Pas vraiment mainstream ni très séduisant….Ici, les décors ne font pas vraiment rêver. Ici, on triche, on vole et on se bat dans la terre pour s’en sortir. De rouille et d’os (comme son nom l’indique)  baigne dans une ambiance grise et industrielle nous remémorant celle de « la vie rêvée des anges » d’Eric Zonca dans la banlieue lilloise.  Et pourtant, il se passe quelque chose…

Première image, un train. Puis, un homme et un petit garçon.

Trentenaire, sans argent, ni toit, ni emploi, Ali vole dans les poubelles du train qu’il a pris à l’arrache pour nourrir son fils de 5 ans, Sam. Ils arrivent à Cannes chez sa sœur Anna, hôtesse de caisse dans un grand groupe qui les accueille. Sam se précipite alors dans la niche des chiens du chenil et passe ses après-midi à jouer avec eux quand son père n’est pas là. C’est triste, sale, dégoûtant. On s’ennuie, on se demande dans quelle galère on s’est embarqué. Et puis, peu à peu, on se laisse transporter et la magie opère. Ali se fait embaucher pour assurer la sécurité d’une discothèque du coin et y rencontre un soir Stéphanie, une beauté froide qui le rembarre. Jusqu’au jour, où elle perd ses jambes happées par un orque (situation plus qu’improbable mais rendu crédible par la réalisation d’Audiard.) Elle se retrouve seule au monde et s’abandonne à lui.

De leur rencontre, Audiard renoue avec les envolées lyriques et avec la grâce de l’aérien  «  Sur mes lèvres.» Il sait filmer comme personne l’amour et capter cette alchimie impalpable de deux personnes qui n’avaient pourtant rien à faire ensemble.

Tous les thèmes récurrents d’Audiard sont là. Ces racailles qui le fascinent, ces sales gueules, les mêmes que dans le Prophète, et cette loi du Talion. Tous ces laisser pour compte en marge de la société qui se battent comme des chiens pour survivre, et au sens littéral du terme, car Ali finit par gagner sa vie en remportant des combats illégaux à la Fight Club organisés dans des hangars désinfectés.               Le sexe est cru. Pas suggéré,  ni partiellement et hypocritement montré. Il est animal. Comme ces combats et comme Ali.

Bien que le tableau dressé soit laid, Audiard nous colle à la peau avec une œuvre réaliste et profonde.  Il réussit toujours à extraire une beauté insoupçonnée de toute cette violence, à en sortir des moments de grâce. Bien loin du non moins bon mais commercial Intouchables, Audiard orchestre avant tout la rencontre de deux handicapés. Celle d’une handicapée d’apparence et d’un handicapé du cœur, abonné aux coups d’un soir mais qui finira par faire tomber sa carapace devant une Marion Cotillard toute en justesse. Audiard ne nous lâche pas et réussit à nous tirer une larme à la fin. La vie est insupportable, injuste avec certains, plus généreuse avec d’autres, ennuyeuse parfois, dure et âcre à d’autres, mais ce sont ces rares moments de grâce qu’elle accorde à tous qui nous tiennent en vie. Voilà quel pourrait être le message d’Audiard…

Regardez la bande annonce de « De rouille et d’os »

A voir absolument!

Sonia Peneloux