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Une application fait de plus en plus parler en France, c’est Too Good To Go. Elle permet de vous en mettre en relation avec des commerçants afin de racheter à petit prix leurs invendus. Une manière économe de lutter contre le gaspillage alimentaire.

Le succès de l’application Too Good To Go n’est plus à démontrer. Créée par Lucie Basch, ingénieure centralienne, cet outil est salué pour son action. En effet avec 10 millions de tonnes de déchets chaque année, la France est plus que concernée par le gaspillage alimentaire. Rose Boursier-Wyler, chargée de communication de Too Good To Go, nous éclaire sur cette application consciente de son époque.

Comment la fondatrice Lucie Basch a eu l’idée de créer l’application ?

Lucie Basch est une ingénieure centralienne qui a commencé sa carrière dans l’industrie agroalimentaire au Royaume-Uni. Elle s’intéresse depuis très longtemps à l’alimentation, qui pose de sérieux problèmes écologiques. L’alimentation c’est quelque chose qui touche tout à chacun. On doit manger 3 fois par jour, c’est un besoin de base et en même temps cela a des répercussions écologiques énormes. Très vite dans cette industrie, elle a été choquée par ce qu’elle a vu en terme de gaspillage alimentaire qui est directement lié à au processus de production industrielle. Très pragmatique et rationnelle, elle a trouvé cela complètement absurde. Elle décide de quitter son travail pour faire partie des personnes qui solutionnent ce problème, plutôt que ceux qui le nourrissent. Un soir elle passe devant une boulangerie qui jette ses produits dans une poubelle et arrive à les sauver pour un tout petit prix. De cette expérience toute bête lui est venue l’idée de l’application : si les gens savaient que des commerçants de leur quartier jetaient leurs produits à un certain moment, et qu’ils pouvaient les récupérer à un petit prix, le gaspillage serait énormément réduit ! Too Good To Go est né. Grâce à la technologie et au digital, on peut connecter les bonnes personnes au bon moment.

Comment vous démarchez les commerçants pour les intégrer à votre application ?

Au tout début c’était vraiment beaucoup de porte-à-porte, il y avait du démarchage physique mais aussi par téléphone. Aujourd’hui c’est le toujours le cas, avec notre équipe de “commerciaux”. Et il y a aussi le bouche à oreille qui fonctionne de plus en plus, on a de plus en plus de commerçants qui viennent à nous tous les mois pour s’offrir sur l’application. Aujourd’hui on travaille beaucoup avec des prescripteurs, des gens qui vont fournir les commerçants et qui vont parler de nous. Et en amont aussi avec les fédérations d’artisans, de boulangers ou autres. Et on fait pas mal d’événements B to B (NDLR : entre professionnels) pour activer le réseau auprès de ces commerçants pour se faire connaître un peu plus.

Que faisaient ces commerçants généralement vis-à-vis des invendus ?

Il y en a beaucoup qui ne le géraient pas ! Aujourd’hui il faut savoir qu’il y a beaucoup de commerçants, comme les boulangers ou pâtissiers, qui doivent avoir des produits frais toute la journée, et des stands plus ou moins pleins pour éviter les vitrines vides. Donc ils se retrouvent avec beaucoup d’invendus. Il y en a qui arrivaient à en donner un peu à leurs familles ou leurs amis, et d’autres à des associations. Mais celles-ci ne passent pas tous les jours. Et beaucoup jetaient énormément de leurs produits.

Comment gérer vos actions par rapport à celles des associations qui luttent elles aussi contre le gaspillage alimentaire ?

C’est complètement complémentaire. Les associations profitent aujourd’hui de la loi Garraud. Celle-ci oblige les commerces de plus de 400m2 à signer une convention de dons avec les associations pour justement donner leurs invendus au lieu de les jeter. Les associations vont donc aller plutôt vers les gros volumes. Et elles n’ont pas les moyens financiers, humains ou de temps pour aller faire le tour de tous les commerçants de chaque quartier partout en France le soir. Cela demande énormément de travail. Dans les cas où les petits commerçants n’ont pas de solutions, Too Good To Go va devenir une solution. On est complémentaire avec ces associations, car elles ne passent pas tous les jours. On n’a pas du toute envie d’être en concurrence. Malheureusement aujourd’hui il y a énormément de gaspillage alimentaire, donc on n’est jamais trop pour résoudre ce problème.

Est-ce que vous pensez que le succès de votre application s’explique aussi par le fait que beaucoup de Français veulent avoir une consommation plus responsable ?

Oui complètement. Je pense que le succès de Too Good To Go s’explique par plusieurs facteurs. Le premier c’est que c’est un acte contre le gaspillage alimentaire très concret. On se rend compte que quand on va chez le commerçant le soir, que tout ce qu’on a récupéré aurait fini à la poubelle. C’est une première prise de conscience envers les changements de nos habitudes de consommation. Et en plus il y a évidemment le prix attractif et l’aspect “panier surprise” qui va intéresser les gens, afin de découvrir de nouveaux produits ou son commerçant de quartier. On n’a pas de livraison avec notre application, donc c’est aussi l’occasion de créer du lien de proximité. Cette prise de conscience explique en partie le succès de Too Good To Go, tout est lié car aujourd’hui les gens font attention à ce qu’ils mangent.

Est-ce que vous pensez que le problème du gaspillage alimentaire est suffisamment pris au sérieux en France ?

En tout cas il est de plus en plus mis en avant dans l’actualité et dans l’opinion publique. On a un vrai objectif national français fixé par le Pacte National de lutte contre le gaspillage alimentaire qui veut réduire de 50% ce phénomène d’ici 2025. C’est quand même dans 7 ans, donc on a de vrais objectifs et une vraie volonté de changer les choses. Il fait juste arriver à mettre en place les bons moyens pour que cela se passe de manière intelligente, avec de vraies lois et un vrai suivi. Cela passe par l’éducation, par la sensibilisation et une vraie volonté des acteurs qu’il faut mettre en oeuvre, afin de les forcer à arrêter de gaspiller de la nourriture autant en amont qu’en aval.

Wallid Addigue