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Une marque de sneakers fait parler d’elle à l’occasion de sa campagne de financement participatif sur Kickstarter : OTH Paris.

À l’heure où nous écrivons cet article, 105 personnes ont contribué au financement de la marque pour sa gamme de sneakers dotées de semelles en pneus recyclés. Qu’est-ce qui se cache derrière ce concept ? Réponse avec Arnaud Barboteau, fondateur de la marque. Entretien.

Quelles étaient vos attentes lorsque vous avez fondé Off the Hook Paris ?

La première attente, c’était de proposer une alternative par rapport à ce qu’il y a au niveau du marché de la sneakers. Aujourd’hui c’est assez stéréotypé au niveau de ce produit-là, l’idée c’était donc de proposer quelque chose de nouveau et qui réponde également aux demandes actuelles, à cette prise de conscience du consommateur qui est d’avoir une consommation plus raisonnée. Moins dans le « j’achète, je jette », et plus vers une volonté de protéger notre planète.

À quelle échelle selon vous le client place la durabilité de ses chaussures par rapport à leur style ?

Pour moi, le client achète une paire de sneakers d’abord parce qu’il la trouve belle. C’est son premier critère de choix. Et dans un deuxième temps, s’il y a en plus les aspects « durabilité », « consommation responsable », c’est cela qui fera potentiellement la différence. Mais si vous proposez quelque chose de durable et que le style ne plaît pas, les gens ne voudront pas les porter au pied. C’est pourquoi on a essayé d’intégrer le côté durable et cette semelle en pneu recyclée, dans un produit avec un style particulier.

Pourquoi des pneus et pas un autre matériau ?

Il y a plein de sources de pollution dans l’environnement, et les pneus en font partis. Un jour j’avais vu une photo d’enfants en Afrique qui découpait un rectangle dans un pneu, et qui avec une lanière s’étaient fait une chaussure. Et je me suis demandé pourquoi on ne les utilisait pas pour des semelles. Même en France, on en voit souvent dans la nature. C’est un matériau qu’on retrouve partout, qui est difficile à recycler, et qui possède une certaine durabilité rien que pour les voitures. Alors imaginez pour une chaussure, cela résistera énormément au niveau de la durabilité du produit.

Vous avez sélectionné vos partenaires selon leur impact environnemental. Quels étaient vous critères de sélection ?

Le plus important c’est au niveau du tannage de cuir, car c’est quelque chose qui pose de plus en plus problème avec l’utilisation de produits toxiques. Mais en Europe, il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits. Moi je ne voulais pas utiliser de chrome VI, c’est le nom du matériau toxique qui est très utilisé dans le tannage de cuir. Déjà pour les travailleurs, ce n’est pas bon pour la santé, mais cela l’est aussi pour l’environnement. C’est pourquoi on a travaillé avec des tanneurs en Italie, pour avoir ce côté éthique et responsable. Et aussi parce que leur cuir est de très bonne qualité, et qu’il dure plus longtemps. Ce n’est pas pour rien que les grandes marques de luxe font leurs sacs à main là-bas. Cela rejoint l’idée d’avoir une paire de sneakers qui va durer plus longtemps, ce qui fait que vous n’avez pas à en changer tous les 6 mois.

Est-ce qu’en plus de la semelle, est-il possible de créer entièrement des chaussures avec des matériaux recyclés ?

Dans le futur, cela pourrait être possible. Après, il y a un débat. Par exemple sur le cuir. Il y a beaucoup de gens qui disent qu’il ne faut plus en utiliser. Mais d’un autre point de vue, il faut savoir que le cuir c’est un déchet de l’industrie alimentaire dans les abattoirs. Il peut donc être utilisé pour faire des chaussures. Mais c’est vrai que dans un second temps, l’idée c’est d’aller plus loin. Il y a déjà des choses sur lesquelles je travaille. En ce moment, vous avez par exemple la mode du cuir vegan, qui est basé sur des fibres d’ananas ou ce genre de choses. De mon avis personnel, et après en avoir discuté avec différentes personnes, ce type de matériau n’est pas encore point au niveau justement de la durabilité dans le temps. Et puis au niveau de l’aspect, ce n’est pas incroyable. Mais il y a d’autres choses comme le liège, et surtout la fibre fabriquée à partir de plastiques recyclés issus des océans. Cela pourrait être vraiment intégré à moyen terme.

Chaque modèle possède des cordonnées GPS différentes. Qu’est-ce qui se cache derrière cela ?

C’est l’idée qui a derrière la marque, avec le nom « Off the Hook », le poisson qui se décroche de l’hameçon. Le fait de ne plus recevoir de pression sur les épaules, de sortir des sentiers battus, etc. C’est une expression qui signifie tout cela. Pour parler de ces semelles en pneus, on voulait aussi parler d’aventures, de road-trips entre amis le week-end. C’est un peu le retour aux sources du pneu sur la route, pour partir à l’aventure et découvrir un endroit inconnu. C’est aussi faire prendre conscience aux gens qu’on peut découvrir et vivre pleins de belles choses. C’est pour cela que sur chaque modèle, on a les coordonnées d’un lieu méconnu, pas touristique, mais qui reste à découvrir. C’est un peu le fil rouge de notre communication.

Pourquoi avoir opté pour un style plutôt minimaliste ?

Cela a été une vraie grosse interrogation au début du projet, et j’ai préféré partir sur un style classique qui a largement fait ses preuves. Parce qu’avec la semelle, on apportait déjà quelque chose de nouveau sur le marché aujourd’hui. Je n’ai donc pas voulu partir sur un design qui serait trop clivant. Après ce n’est que le premier modèle. Sur les modèles suivants, l’idée c’est de partir avec quelque chose de plus différenciant, avec notamment sur le devant un empiècement en cuir qui pourrait ainsi avoir plusieurs couleurs. Pour avoir une accroche visuelle qui les distingue.

Vous êtes satisfaits de votre campagne sur Kickstarter ?

C’est pas mal, je suis assez comptant du déroulé. Après cela demande beaucoup d’investissements au niveau de la communication notamment. Il y a eu un gros retour, un bon accueil. Et ce qui me rassure surtout encore plus que les engagements, c’est tous les retours au niveau de la qualité que j’ai pu avoir, en échangeant notamment sur des groupes sur Facebook, ou quand je vois des mails de gens qui trouvent le concept vraiment intéressant. C’est cela qui est encore plus positif pour moi.

Wallid Addigue