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Chaque jour, et ce jusqu’au 14 Juin, date du coup d’envoi de la Coupe du Monde en Russie, nous vous proposons de (re)découvrir toutes les finales de la reine des compétitions. Aujourd’hui, cap sur 1934 et l’Italie. Montée des nationalismes, ombre du fascisme, balbutiements du football professionnel… Une Coupe du monde bien loin de ce que l’on connait.

CONTEXTE

Quatre ans après la première édition de la Coupe du Monde de la FIFA dominée par les équipes sud-américaines, la compétition reine atterrit en Italie. Dans un contexte politique tendu avec la montée en puissance de l’extrême droite et de l’antisémitisme.

L’équipe italienne effectuant le salut fasciste

Alors que les fascistes en Europe commencent à mettre la main sur le pouvoir, la FIFA, qui refuse de mélanger politique et football, décide finalement que l’Italie de Mussolini sera le pays organisateur de la deuxième Coupe du Monde.

Pour rendre la pareille à l’Italie qui avait refusé de participer à la Coupe du Monde 1930, l’Uruguay, tenant du titre, décide de rester à la maison. Le Brésil se contente d’envoyer une équipe bis, tout comme l’Argentine.

L’Angleterre poursuit dans son refus de participer à ce grand rassemblement car elle ne reconnait pas la FIFA. Ainsi sur les 16 équipes disputant cette phase finale, on retrouve 12 équipes européennes, deux formations sud-américaines, les Etats-Unis et l’Egypte, première équipe africaine à participer.

Ballon offciel de la Coupe du monde 1934 ©Konbini

 

En 1934, c’est la toute première fois qu’on impose l’utilisation d’un ballon officiel : lors de l’édition précédente, chaque équipe apportait son propre cuir et l’arbitre tirait au sort. Composé de douze panneaux, celui-ci se déformait facilement sous les coups et était réputé pour être douloureux au contact.

Contrairement à l’édition précédente, la Coupe du Monde de 1934 est une compétition à élimination directe avec huit têtes de série. Après le premier tour, il ne reste que des équipes européennes.

Benito Mussolini entend faire de ce tournoi un rendez-vous à la gloire de l’Italie fasciste. Le Duce rêvait d’une finale Italie-Allemagne mais la Tchécoslovaquie vient brouiller les cartes en atteignant la finale face au pays organisateur.

Une Coupe du monde marquée par la violence

Pour la première fois, les matches de la Coupe du monde sont retransmis à la radio grâce à la télégraphie sans fil (TSF). Les Américains paient ainsi 10 000 lires pour apprendre que leurs joueurs sont sortis d’emblée par les Italiens (7-1).

Le 31 mai, le quart de finale entre l’Italie et l’Espagne atteint des sommets de violence. La rencontre se termine sur le score de 1-1 et, les tirs aux buts n’existant pas encore, le match doit être rejoué, dès le lendemain. Plus vraiment le même match, puisque pas moins de huit joueurs espagnols ne peuvent tenir leur place pour cause de blessures.

L’Italie s’imposera 1-0 et poursuit sa marche vers le titre pour la demi face à l’Autriche de Sindelar. Celle qu’on surnommait à l’époque la Wunderteam (l’équipe merveilleuse) est une équipe redoutable. Les Italiens en viendront à bout après un match très haché.

L’action témoigne de la violence du match entre l’Italie et l’Espagne

 

De son côté la Tchécoslovaquie, complète dans toutes ses lignes et dont la vedette est l’attaquant Oldrich Nejedly, meilleur buteur du tournoi avec cinq réalisations, se débarrasse de la Roumanie puis de la Suisse avant de barrer la route de la finale à l’Allemagne nazie.

Le match

La finale se dispute à Rome sous une température caniculaire dépassant les 40 degrés. Les travées du Stade du Parti National Fasciste, devenu aujourd’hui le stade Flaminio, sont pleines car le sacre est attendu par tout un peuple. Il fut long à se dessiner.

Rapidement les Italiens survoltés envahissent le camp des joueurs de l’est qui courbent l’échine mais ne cèdent pas. C’est d’ailleurs un petit miracle s’ils atteignent la pause sur un score vierge, les tirs de Giuseppe Meazza et Giovanni Ferrari étant impeccablement stoppés par Frantisek Planicka en état de grâce alors qu’Angelo Schiavio, seul devant le but vide trouvait le moyen de frapper au-dessus.

Le Stadio Nazionale del PNF (pour Parti National Fasciste)

En début de deuxième mi-temps, la Squadra azzurra poursuit son forcing avant de progressivement baisser le pied. A l’heure de jeu, Antonin Puc est bloqué à l’extrême limite de la régularité par Attilio Ferraris mais l’avertissement ne restera pas sans suite. A la 71ème, Stefan Cambal lance la contre-attaque et sert ce même Puc qui se débarasse d’Eraldo Monzeglio avant de battre Giampiero Combi d’un tir croisé. C’est la stupeur dans le stade.

L’Italie est au bord du K.O. Dans les minutes qui suivent, Jirí Sobotka, seul a dix mètres des buts, tire à côté puis, quelques instants plus tard, Frantisek Svoboda voit son tir s’écraser sur la barre. Les 55 000 spectateurs et Mussolini grondent…

C’est finalement Orsi qui va calmer les esprits en débordant sur son aile avant d’adresser un centre tendu mal renvoyé par Ladislav Zenísek. Orsi récupére le ballon et bat facilement Planicka. C’est du délire et les dix dernières minutes sont difficiles pour les hommes de Karel Petru acculés devant leur but.

Le suspense ne va pas durer longtemps dans la prolongation. Dès la 95ème minute, un centre d’Enrique Guaita est magistralement repris par Schiavio qui inscrit le but du sacre tant attendu.

Après-match

En plus du trophée Jules Rimet, les joueurs italiens recoivent la Copa del Duce, comprenez la coupe de Mussolini, beaucoup plus imposante et symbole du triomphe de l’Italie fasciste.

La Coppa del Duce, symbole du triomphe du fascisme italien et de Mussolini

Malgré les polémiques sur le favoritisme envers l’Italie, La Coupe du monde 1934 est une immense réussite pour le régime fasciste. Pour remporter le graal, les Italiens ont dû se défaire des trois des nations les plus fortes de l’époque: l’Espagne, l’Autriche et la Tchecoslovaquie. Et ses performances qui suivirent les années suivantes légitimeront ce titre.

Première participation, première victoire, le pays commence son idylle de manière parfaite avec la Coupe du monde. Mais les fondations de cette success-story sont nauséabondes et les premiers héros du Calcio ont fait le salut fasciste avant le coup d’envoi de chaque match.

Parmi eux, un certain Giuseppe Meazza, dont le patronyme est aujourd’hui utilisé pour baptiser le stade du Milan AC et de l’Inter.

L’Italie est sacrée après sa victoire contre la Tchécoslovaquie

 

Alexis Duceau et Jérémy César