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Chaque jour, et ce jusqu’au 14 Juin, date du coup d’envoi du Mondial en Russie, nous vous proposons de (re)découvrir toutes les finales de la reine des compétitions. Aujourd’hui, cap sur 1950 et le Brésil. La première Coupe du Monde de la FIFA de l’après-guerre est remportée par l’Uruguay, pour la seconde fois de son histoire, au terme d’une « finale qui n’en est pas une ».

Contexte

Durant la Deuxième Guerre mondiale, le vice-président italien de la FIFA, le Dr Ottorino Barassi, garde le trophée de la Coupe du monde précieusement caché sous son lit dans une boîte à chaussures, afin d’éviter que les troupes d’occupation ne s’en emparent.

Le premier Mondial d’après guerre est historique à plus d’un titre. Les délégués rendent hommage à Jules Rimet, président de la FIFA, pour sa détermination sans faille à maintenir en vie l’esprit du football durant toute la guerre. En reconnaissance de ses mérites, le congrès baptise le trophée de la Coupe du Monde « Coupe Jules Rimet ».

A gauche, le trophée Jules-Rimet. A droite, le trophée soulevé depuis 1974.

Les éliminatoires tournent à la mauvaise farce lorsque des équipes déjà qualifiées déclinent l’invitation alors que d’autres sélections, bien qu’éliminées, se voient offrir de disputer la compétition.

Devant le refus de la FIFA d’accéder à sa demande de jouer pieds nus, l’équipe indienne annule sa participation. Dans ce contexte, seules treize équipes sont au rendez-vous de la phase finale de la compétition.

L’équipe indienne aux JO de 1948 avaient eu le droit de jouer pieds nus

On enregistre également le retour au sein de la FIFA des fédérations britanniques, absentes depuis 1929.

Après douze ans d’absence, due à la Seconde Guerre Mondiale, la Coupe du Monde reprend ses droits et traverse à nouveau l’Atlantique pour s’installer dans le grand pays du football qu’est le Brésil, symbolisé par l’organisation de la finale dans le mythique stade Maracana de Rio de Janeiro.

Le pays hôte est bien entendu le grandissime favori de l’épreuve, d’autant que le double tenant du titre, l’Italie, n’a plus le même effectif et vient défendre ses chances avec peu d’espoir d’inscrire une troisième fois son nom au palmarès de l’épreuve.

Le mythique stade du Maracanã (Bein Sports)

La coupe du monde 1950 est la seule qui ne comporte pas de finale, un mini championnat à quatre terminant en effet l’épreuve.

Pour cette quatrième édition, retour à une phase de poules, et non à l’élimination directe, avec quatre groupes de quatre équipes. Enfin en théorie puisqu’après le forfait de trois nations, comme d’habitude à cette époque, nous nous retrouvons au final avec deux groupes de 4, un groupe de 3, et un groupe de 2.

L’Uruguay a ainsi eu plus de facilité à passer au stade suivant puisque la Celeste n’a joué qu’un seul match, face à la modeste Bolivie, un match remporté… 8-0 !

Par chance, le dernier match oppose les deux équipes pouvant encore terminer à la première place et ce match décisif, le choc Brésil-Uruguay au stade Maracanã, a donc fait office de finale, à un détail près : en tête du classement, le Brésil pouvait se contenter d’un match nul pour devenir champion du monde.

La finale

Pour en arriver à ce fameux match, le Brésil a d’abord aligné deux victoires face à la Suède, 7-1 et à l’Espagne, 6-1 ! De son côté, l’Uruguay a été accroché par l’Espagne puis a battu la Suède 3 à 2.

Le Brésil, qui compte 4 points (victoire à 2 points) va affronter, pour son dernier match, l’Uruguay, qui compte 3 points. Les locaux sont donc quasiment assurés du titre puisqu’un match nul leur suffit pour être sacrés. De plus, ils sont portés par leur attaquant vedette Ademir, auteur déjà de 8 buts en cinq rencontres.

Jamais une « finale » n’avait et n’aura attiré autant de spectateurs. Officiellement, ils étaient 174 000 à assister à la défaite terrible du Brésil face à l’Uruguay. Officieusement, plus de 200 000. Tout le peuple brésilien attend le sacre.

Dans un stade Maracana archicomble, le Brésil ouvre la marque juste après la mi-temps, sur une action menée par Zizinho et Jair, l’ailier droit Fraca donne l’avantage à l’hôte. Le Brésil croit tenir son étoile mais les joueurs ne parviennent jamais à se libérer ni à déployer ce style inimitable de football samba qui est leur marque de fabrique.

Les Uruguayens, nullement intimidés par un public acquis à la cause brésilienne, arrachent l’égalisation, puis portent le coup de grâce onze minutes par Gigghia de la tête sur une nouvelle passe de Perez. Tout un pays est abattu.

Privée de « sa » Coupe du Monde, la nation brésilienne toute entière s’abîme instantanément dans le deuil. Les officiels brésiliens en oublient même de remettre le trophée mondial à l’équipe uruguayenne.

Jules Rimet, le président de la FIFA, remet le trophée à Obdulio Varela, le capitaine de la Céleste (AFP)

C’est Jules Rimet en personne qui doit descendre sur le terrain à la recherche du capitaine uruguayen afin de pouvoir procéder à la cérémonie de remise de la Coupe, presque à l’abri des regards.

Le ciel tombe sur la tête du Brésil, et malgré les titres mondiaux obtenus dans la foulée (1958, 1962 et 1970), le traumatisme du Maracana ne quittera pas l’imaginaire collectif brésilien.

La Celeste est championne du monde pour la deuxième fois après 1930. Après quatre éditions, seuls deux pays, l’Italie et l’Uruguay, ont donc réussi à remporter le titre mondial.

Alexis Duceau et Jérémy César