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©NewYorkRedBulls

Tu affiches depuis de nombreuses années un amour pour le Venezuela. D’où t’es venu cet amour ?

Je suis marié avec une vénézuélienne et donc depuis plusieurs années je vais au Venezuela. J’y suis allé pour la première fois au début des années 2010 et c’est à cet instant que je suis tombé amoureux de ce pays. Les vénézuéliens sont très chaleureux et j’ai vu la situation du pays se dégrader économiquement et socialement de jour en jour. La première fois que j’y suis allé, c’était déjà un pays très dangereux et depuis, ça n’a cessé d’empirer petit à petit. C’est comme ça que mon intérêt pour le Venezuela, que mon amour pour ce pays a débuté. 

Tu nous parles d’énormes problèmes dans le pays. Comment cela se traduit-il au quotidien pour les vénézuéliens ? 

Ce qu’il faut savoir c’est que le peuple vénézuélien est habitué à vivre dans l’insécurité depuis plusieurs années. Ils font très attention, ils ne sortent pas à partir d’une certaine heure. Là-bas, quand tu veux faire des longs trajets, tu les fais de jour. Lorsque tu vois des feux rouges ? Tu ne t’arrêtes pas. Le Venezuela a une qualité qui est aussi son défaut, c’est qu’il s’adapte très rapidement et cela devient un style de vie. Un style de vie qu’on peut qualifier de conformiste mais dans les deux sens, positif et négatif. Ils se disent : « Voilà, la vie est comme ça mais c’est pas grave, on avance. »

Comment tu l’expliques ça d’ailleurs ? Comment les vénézuéliens ont été amenés à s’adapter à ce style de vie ? 

En général, en Amérique latine, il y’a une insécurité que nous n’avons pas en Europe. Cela fait tellement longtemps que c’est devenu une normalité dans la société. Ça se voit, notamment, dans d’autres pays comme le Brésil, le Salvador ou encore le Mexique où c’est également dangereux avec beaucoup de violences. 

Il y’a quelques semaines, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a été réélu et beaucoup de spécialistes pensent que c’est une mauvaise chose pour le pays. Es-tu d’accord avec cette idée ?

Maduro est une conséquence du chavisme. Il faut remonter à la présidence de Chávez pour voir les conséquences d’aujourd’hui avec Maduro : la grosse erreur de Hugo Chávez était d’avoir reposé l’économie du Venezuela sur le pétrole. Lorsque l’indice du pétrole était au plus haut, le pays avait beaucoup d’argent et le gouvernement reversait au peuple par des aides sociales. Par exemple, ma femme vient d’un quartier assez pauvres et sa famille pouvait manger à sa faim et vivre très bien à son niveau de vie. Mais ça c’est de l’histoire ancienne puisqu’avec la mort de Chávez et la chute du pétrole avec une économie seulement basée là-dessus, petit à petit on voyait le niveau de vie baisser. Les problèmes économiques et d’alimentations se sont accumulés mais le peuple vénézuélien s’est adapté à cela. 

C’est de là d’où sont venus les problèmes avec Maduro avec une certaine recherche d’une utopie politique du même style que Fidel Castro. L’idée du gouvernement vénézuélien, c’est de transformer le pays en Cuba. Mais c’est impossible rien que par sa superficie même si c’est vrai qu’aujourd’hui on voit une certaine dépendance à l’État. Depuis 2010, je vois cette descente aux enfers car à l’époque le peuple pouvait bien vivre et, maintenant, avec le salaire à la fin du mois que le vénézuélien ramène chez lui, il ne peut même pas acheter un kilo de poulet. Ce n’est pas étonnant puisque le salaire mensuel, si on le convertit en Dollars, il est de soixante centimes.

Il y’a un peu plus d’un an, le peuple vénézuélien était dans la rue avec d’énormes manifestations. Peux-tu nous raconter comment ça s’est déroulé ? 

Ce sont tout simplement les étudiants qui se sont révoltés. Ils ne voulaient pas d’un Venezuela dans cet état avec aucun futur et ils l’ont fait savoir. C’est une réaction normale puisque le gouvernement ne change pas et n’évolue pas. Déjà, à ce moment-là, c’était le K.O économique et le peuple mourrait de faim. La seule manière pour que le peuple puisse s’exprimer, c’était en protestant car les politiciens qui étaient contre Nicolás Maduro se faisaient emprisonner. La démocratie et la liberté d’expression n’existent pas dans ce type de pays. 

Donc le peuple est descendu dans la rue mais c’est parti en « sucette » avec plus d’une centaine de morts parmi les étudiants. Je ne veux pas dire que c’était une manifestation totalement pacifique mais ce n’était pas les étudiants qui avaient les armes. On sait très bien d’où venait toutes ces violences. Quand plusieurs voix s’élèvent et bien le gouvernement veut les faire taire. 

Aurélien Collin avec le drapeau vénézuélien lorsqu’il était au Sporting Kansas City.

Tu nous montres vraiment que le pays est mal en point mais l’ONU a indiqué à plusieurs reprises qu’elle allait aider le Venezuela. Le fait-elle réellement ? 

Pas vraiment. L’ONU fait beaucoup de bruit mais… Déjà, ils ne sont pas aidés car le Venezuela a fermé toutes ses frontières donc aucunes aides humanitaires n’est acceptées. Mais bon, la Cours Internationale de Justice ainsi que les pays qui se sont manifestés contre le gouvernement de Chávez et de Maduro font beaucoup de bruits mais ils ne font absolument rien. 

Comment le pays peut se reconstruire ?

Au Venezuela, une chose qui est très bien par contre, c’est que le gouvernement chaviste s’est approprié toutes les compagnies privées donc tout est public dans ce pays. Si demain, les investisseurs reviennent dans le pays, ça va accélérer la reconstruction économique du Venezuela. Mais, aujourd’hui, ce qui pourrait faire avancer les choses rapidement, c’est de changer entièrement le gouvernement parce que la corruption est partout. Cela va des politiciens en passant par les leaders militaires et la police.  

Personnellement, comment tu te sens ? Tu vis en grande partie à New-York et on sent comme un regret de ne pas être plus sur place au Venezuela. 

C’est exactement ça ! Pour moi, le Venezuela est l’un des pays les plus beaux au monde et c’est une aubaine pour le tourisme mais comme les frontières sont fermées et bien aucun argent ne rentre dans les caisses de l’État. Mais si demain on ouvre ces frontières, le Venezuela pourra profiter d’un tourisme international. Le pays a tellement de choses à montrer avec, notamment, ses réserves naturelles tellement grandioses. 

J’aimerais être plus sur place, oui. Après, j’aide au maximum au niveau financier mais j’aimerais, c’est vrai, aller plus là-bas pour passer du temps avec les gens, les aider. En tout, j’y vais 6 semaines par an mais j’aimerais passer plus de temps au Venezuela. Je suis français et j’aime mon pays. Je relativise et je me rends compte de la chance qu’on a en France qui pour moi est le meilleur pays au monde et donc qui n’a pas besoin de mon aide. Le Venezuela, par sa situation, a besoin de mon aide. C’est pour ça que mon coeur est beaucoup plus proche aujourd’hui du Venezuela qui est vraiment en grande difficulté.

Cet amour pour le Venezuela se traduirait-il prochainement en portant le maillot de la sélection nationale ? Tu as déclaré dernièrement qu’il y’avait eu des discussions avec le sélectionneur. Où en est-on aujourd’hui ?

Aujourd’hui j’ai 32 ans, j’ai la nationalité vénézuélienne mais le Venezuela ne s’est pas qualifié pour la prochaine Coupe du Monde. L’objectif de la sélection, comme pour les Etats-Unis, c’est le mondial au Qatar en 2022 et avec l’âge que j’aurai, je ne pense pas que je serai dans les plans du sélectionneur. C’est vrai qu’en 2013, 2014, ce sont des choses que j’ai manifestées mais on est en 2018 maintenant. Si demain, j’ai une sélection, ce serait extraordinaire mais ce projet d’être sélectionné est sorti de ma tête depuis longtemps.

Alexandre Khaldi