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Chaque jour, et ce jusqu’au 14 Juin, date du coup d’envoi de la Coupe du Monde en Russie, nous retraçons l’historique de la plus prestigieuse des compétitions.  C’est un nouveau triomphe pour la nation organisatrice. Le mondial 1978 est remporté par l’Argentine sur ses terres en battant les Pays-Bas en finale après prolongation. L’Albiceleste devient championne du monde pour la première fois de son histoire à l’issue d’une compétition marquée par un contexte particulièrement tendu.

Contexte

Le 24 mars 1976, le général argentin Jorge Rafael Videla, placé à la tête d’une junte militaire argentine, opère un coup d’État qui renverse la présidence d’Isabel Perón. Une sévère dictature militaire est alors instaurée jusqu’en 1983.

Au cœur de cette période sombre de l’histoire argentine s’est tenue la Coupe du Monde de football 1978, la plus controversée du XXe siècle. D’abord, la décolonisation a favorisé l’émergence de multiples États. Conséquence, pas moins de 100 équipes nationales bataillent durant les éliminatoires. L’Argentine organise l’événement, sous un régime militaire. Ce n’est pas la première fois que la compétition se déroule sous l’oeil “bienveillant” d’un régime politique non démocratique (Italie de 1934). Mais c’est la première fois que cela soulève autant de contestations.

Malgré un appel massif au boycott pour protester contre le régime totalitaire du Général Videla, le monde du football se rend en Argentine. Sauf l’Angleterre, la Yougoslavie et l’URSS, non qualifiées et Johan Cruyff qui lui boycotte la compétition pour manifester son désaccord avec les méthodes de Videla.

Sauf que le business est passé à une dimension supérieure. Coca-Cola ne s’embarrasse pas de ces “détails” et verse huit millions de dollars pour devenir le sponsor officiel de la compétition. Il s’agit du premier gros contrat commercial de sponsoring.

Le Mondial

Durant ce Mondial, les enjeux géopolitiques prennent le pas sur les enjeux sportifs, faisant de cette compétition sportive l’une des plus controversées du XXe siècle.

Lors du premier tour, les Argentins se retrouvent dans le groupe A, en compagnie de la Hongrie, de la France, et de l’Italie. Le 2 juin, les Argentins s’imposent face à la Hongrie sur le score de 2-1, grâce à des buts de Leopoldo Luque et Daniel Bertoni, avant de battre la France le 6 juin sur ce même score de 2-1, grâce à un penalty de Daniel Passarella et une réalisation de Leopoldo Luque. Mais l’Albiceleste s’incline face à l’Italie sur le score de 1-0, et se qualifie pour le tour suivant en ne finissant que deuxième de son groupe, derrière la Squadra Azzura.

Tous les favoris de la compétition passent le premier tour sans encombre, sauf les Pays-Bas, finalistes quatre ans auparavant et privés de Cruyff, qui a boudé le tournoi. Qualifiés de justesse pour le second tour, les “Oranje”, emmenés par un Robbie Rensenbrink rajeuni, déploient leur football de rêve et arrivent en finale, battant au passage l’Autriche 5-1, l’Italie 2-1 puis la RFA tenante du titre.

Dans l’autre groupe du second tour, la lutte est beaucoup plus intense. Dans le dernier match, l’Argentine est contrainte de battre le Pérou par au moins quatre buts d’écart, ce qui place le Brésil aux portes de la finale. Les coéquipiers de Daniel Passarella étrillent les Péruviens 6-1, dont un doublé de Mario Kempes, et se qualifient pour la finale.

Les soupçons de corruption émergent, on parle alors d’un pacte conclus entre les dictatures militaires argentine et péruvienne : Jorge Videla aurait proposé à son homologue péruvien Francisco Morales Bermudez que le Pérou accepte de se faire écraser par l’Argentine, et en échange, Videla s’engageait à éliminer treize ressortissants péruviens opposés à la dictature.

La finale

Le climat controversé de ce Mondial se poursuit jusqu’au bout. En finale, l’Argentine rencontre les Pays-Bas, deux nations n’ayant jamais remporté la compétition.

Le souvenir de ce match joué dans l’environnement hostile du Stade  Monumental de Buenos Aires est toujours aussi douloureux au plat pays où l’on estime que la rencontre ne s’était pas déroulée  dans des conditions normales.

Selon les joueurs néerlandais de l’époque, la finale ne fut qu’intimidations de la parts des Argentins. Ils avaient même relevé quelques minutes  avant le coup d’envoi l’illégalité d’un plâtre posé sur le poignet de René Van De Kerkhof.

L’équipe d’Argentine championne du monde en 1978. Un triomphe pour la dictature de Videla.

Il est environ 14h50 lorsque l’Albiceleste et les Oranje font leur entrée sur le terrain, dans un Estadio Monumental de Buenos Aires qui affiche complet (plus de 77 000 spectateurs) et une ambiance électrique. La rencontre entre deux équipes qui n’ont qu’un rêve, celui d’accrocher une première étoile sur leur tunique, s’annonce passionnante.

Pour l’Argentine, et sous les yeux de Jorge Videla, la défaite est absolument inenvisageable. La première mi-temps est ouverte, et le Monumental explose à la 38e minute de jeu lorsque, servi à l’entrée de la surface de réparation, Mario Kempes s’infiltre entre Ruud Krol et Ernie Brandts et tacle le ballon au fond des filets de Jan Jongbloedpour ouvrir le score, et rapprocher toute une nation de son rêve.

L’Argentine tient son avantage au score, jusqu’à la 82e minute, où au terme d’une belle action collective, l’attaquant batave Dick Nanninga place une tête puissante qui ne laisse aucune chance au portier argentin.

Cinq minutes plus tard, le Néerlandais Robert Rensenbrink trouve le poteau, mais le score n’évoluera pas. Ce score de 1-1 emmène les deux équipes vers les prolongations. Les deux équipes n’ont d’autre choix que de lutter jusqu’au bout pour décrocher le trophée si convoité qui leur tend les bras, oubliant la fatigue, la pression : il faut vaincre. Et à ce jeu, c’est l’Argentine qui gagne.

À la 105e minute, au terme d’un cafouillage dans la défense des Oranje, Mario Kempes parvient à pousser ballon au fond des filets, permettant à l’Argentine de reprendre l’avantage, et provoquant une nouvelle explosion de joie dans les tribunes du Monumental. À la 116e minute, l’ailier droit argentin Daniel Bertoni assure la victoire des siens d’un tir croisé à bout portant.

Daniel Bertoni ajoute un 3ème but pour son pays. L’Argentine bat les Pays Bas 3-1 après prolongations ©AFP

Après la victoire argentine, les 71 483 spectateurs du stade de River Plate à Buenos Aires explosent de joie, et c’est dans un déluge de “papelitos y serpentinas” que la fête commence.

Devant le monde entier, Jorge Videla fait la démonstration de la puissance et du prestige de son régime, qui est parvenu à remporter la Coupe du monde sur le sol argentin, un succès dont il s’attribuera le mérite.

Le dictateur Jorge Videla ne cache pas sa joie après avoir remis la Coupe du Monde au capitaine argentin Daniel Passarella. ©AFP

Il s’agit du premier titre mondial pour l’Albiceleste, qui en remportera un deuxième huit ans plus tard, au Mexique. La génération dorée des Hollandais emmenée par Cruyff ne remportera donc jamais de Coupe du monde.

Alexis Duceau et Jérémy César