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Disponible sur Netflix depuis une semaine déjà, la série-documentaire revient sur les attentats parisiens de 2015 à travers une quarantaine de témoignages inédits. Mais cette production divise les téléspectateurs, comme les rescapés et les proches des victimes.

 « Fluctuat Nec Mergitur », c’est le nom du documentaire inédit de Netflix, mais c’est aussi la devise de la ville de Paris, qui signifie « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas ». Réalisée par Jules et Gédeon Naudet, les auteurs du célèbre » New York : 11 septembre », cette série-documentaire Netflix nous replonge au cœur de la nuit du 13 novembre 2015. Trois épisodes d’une cinquantaine de minutes pour revenir sur les attentats de Paris, l’épisode le plus meurtrier du pays depuis la seconde guerre mondiale. Au total, 130 personnes ont perdu la vie ce triste soir d’automne.

Un documentaire éprouvant à regarder

Les images, les cris, et les récits des témoins bouleversent littéralement le téléspectateur, plongé au plein cœur d’une soirée cauchemardesque. C’est même un peu trop pour la majorité du public, qui évoque des scènes éprouvantes à visionner et des témoignages difficiles à entendre. Gerard Dubois, qui a perdu son fils dans l’attaque du Bataclan, a exprimé toute sa colère suite à la diffusion de ce documentaire. « Comment peut-on laisser faire et passer sur Netfix un documentaire sur l’horreur du 13 novembre 2015 ? Honte à vous messieurs qui remuaient le malheur qui nous habite » a-t-il scandé en s’adressant aux réalisateurs de la production.

Beaucoup de téléspectateurs ont soulignés l’absence d’une restriction d’âge et d’un message préventif pour les personnes plus sensibles. Beaucoup parlent d’un documentaire « sensationnaliste », qui s’appuie sur des témoignages et des images choquantes pour sensibiliser de manière optimale le téléspectateur.

Outre l’absence d’un message préventif de la part de Netflix pour cette production, les critiques autours de cette série-documentaire sont principalement axées sur la répartition des témoignages.

« Je trouve ça très injuste que l’on ne parle pas des morts »

Le récit comporte un total de 40 témoignages, dont celui de 25 rescapés et 15 intervenants. En revanche, on n’entend pas les proches des victimes des attentats. Nadine Ribet, administratrice de l’association 13Onze15 et mère d’une victime du Batacalan, s’est offusquée de cette situation. « Je trouve ça très injuste que l’on ne parle pas des morts. On a été heurtés et choqués que les familles endeuillées aient été occultées, ce sont les 130 voix des personnes assassinées que l’on n’entendra pas» a-t-elle expliqué. « Je pense qu’ils voulaient avoir des gens qui allaient revivre, mais le deuil aussi est une réalité » rajoute Sarah Kay, également membre de l’association 13Onze15.

Certains dénoncent même la société Netfix de porter un intérêt purement économique à ce documentaire. « Ils font de l’argent sur le dos de nos morts, ça serait différent si la totalité des fonds était reversée aux associations, aux blessés et aux orphelins » a déclaré Nathalie Dubois, sœur d’une victime du Bataclan.

Si l’absence de témoignages des proches des victimes agace certains, les témoins auraient été plutôt satisfaits du rendu de ce documentaire. C’est le cas de Nicolas, rescapé du Bataclan, qui a l’impression que « leur parole a été portée ». Sophie, également rescapée des attentats, partage le même avis : « En temps de commémoration on rend hommage aux morts et je comprends. Mais là c’est bien qu’on parle de nous, notre galère au quotidien ».

Un message de « solidarité » et un devoir de mémoire

Depuis la mise en ligne de ce récit en trois volets sur la plateforme Netflix, les commentaires se multiplient pour saluer le travail des frères Naudet, qui permet de rendre mémoire aux rescapés du 13 novembre. Ce documentaire est aussi un message de solidarité entre les téléspectateurs, qui, le temps d’un documentaire se sont plongés au cœur de ce triste évènement, et les rescapés qui ont vécus l’instant présent. « Nous voulions que la parole prenne vraiment ses aises pour permettre au spectateur d’entrer peu à peu dans la peau des victimes. » a confié Jules Naudet, l’un des deux réalisateurs du documentaire.

Pour les frères Naudet, ce film « parlera aux victimes du terrorisme bien au-delà de la France. Pour que chacun sache qu’il y a une vie après… »