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Le Monde a publié mercredi 18 juillet 2018 une vidéo datant du 1er mai dans laquelle un chargé de mission de l’Élysée s’en prend violemment à un manifestant à Paris. Il s’agit d’Alexandre Benalla, ex-collaborateur d’Emmanuel Macron. En moins de deux jours, la polémique a pris des proportions de plus en plus importantes. 

Mais qui est Alexandre Benalla ? Alexandre Benalla a assuré à partir de 2011, la protection des responsables du Parti socialiste, notamment de Martine Aubry ou encore de François Hollande. C’est en 2012, qu’il entre au service d’Arnaud Montebourg en tant que chauffeur.  Mais l’ancien ministre du Redressement productif s’en est vite séparé après une faute professionnelle.

Benalla ne s’arrête pas là car en 2016, il est chargé de la sécurité du candidat Emmanuel Macron alors leader d’En Marche aux présidentielles. Réserviste de la gendarmerie depuis 2009, il est vite remarqué pour son comportement parfois musclé. Après l’élection de Macron, il devient chargé de mission à l’Élysée, en tant qu’adjoint au chef de cabinet du président, François-Xavier Lauch, et accompagne le président dans nombreux de ses déplacements.

Que lui est-il reproché ? 

Filmée le 1er mai par un militant de la France insoumise lors d’un «apéro militant » place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris, la vidéo à l’origine de l’affaire Benalla à fait le tour d’Internet. La situation dégénère rapidement entre les jeunes et les forces de l’ordre, comme le montre la vidéo tournée par Taha Bouhafs.

Couvert d’un casque à visière des forces de l’ordre et de la tenue, l’homme identifié comme Alexandre Benalla frappe un jeune homme à terre. D’après l’auteur de la vidéo, le manifestant est étranglé et reçoit des coups de poing dans le dos et à la tête par-derrière. Puis Alexandre Benalla s’éloigne tandis que le jeune homme peine à se relever. Une seconde vidéo est venue mettre à mal l’homme qui s’en serait aussi pris à une jeune femme, la tirant par le cou.

Quelles sont les suites de l’affaire ?

L’affaire a véritablement plongé l’Élysée dans une forte polémique. Bruno Roger-Petit, porte-parole de la présidence, a expliqué qu’Alexandre Benalla avait été «autorisé à observer les opérations de maintien de l’ordre pour le 1er mai», sur «un jour de repos». Mais en participant «physiquement», «il a largement outrepassé cette autorisation» et a été «immédiatement convoqué» par sa hiérarchie, a expliqué le porte-parole.

À la suite des événements, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a renvoyé Alexandre Benalla pour 15 jours et a suspendu son salaire. Il a précisé qu’il s’agissait de «la sanction la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée ».

L’Élysée a annoncé qu’elle engageait une procédure de licenciement à l’encontre d’Alexandre Benalla. En cause, de nouveaux faits portés à sa connaissance. L’homme aurait reçu un document de la préfecture de police dont il n’aurait pas dû être en possession.

Une enquête a été ouverte

Le parquet de Paris a ouvert jeudi 19 juillet, une enquête préliminaire pour « violences par personne chargée d’une mission de service public », «usurpation de fonctions» et «usurpation de signes réservés à l’autorité publique». «L’affaire est désormais aux mains de la justice, et c’est très bien ainsi», a réagi Edouard Philippe, le premier ministre. Le lendemain, le parquet a fait savoir que le chargé de mission avait été placé en garde à vue pour violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public, usurpation de fonctions, port illégal d’insignes réservés à l’autorité publique et complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection.

Une fois sa garde à vue prolongée de 24 heures samedi matin (et son domicile perquisitionné) puis levée dans la soirée, Alexandre Benalla s’est présenté dimanche matin à un juge d’instruction dimanche. L’affaire en a paralysé l’Assemblée Nationale. Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a d’ailleurs annoncé que le gouvernement suspendait jusqu’à nouvel ordre l’examen du projet de réforme constitutionnelle, qui était en cours d’examen par les députés.

Mais Alexandre Benalla n’est pas le seul a avoir été suspendu. En effet, il est soupçonné de s’être fait communiquer des images du système «PVPP», le maillage de vidéoprotection de la Préfecture de police de Paris. Vendredi, trois policiers, un contrôleur général, un commissaire et un commandant, ont été suspendus pour avoir transmis les images à Alexandre Benalla. Ils ont donc été placés en garde à vue samedi matin pour «détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection» et «violation du secret professionnel».

Claire Lefeuvre