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Plutôt discret dans les médias ces dernières années, Charles Villeneuve n’en reste pas moins un personnage important. Président du Paris-Saint-Germain lors de la saison 2008-2009, il est aussi un expert lorsqu’il faut parler de football. Il y’a quelques semaines, l’équipe de ResoNews a pu s’entretenir avec lui. Extraits: 

Ce jeudi 5 Juillet 2018, c’est chaleureusement que nous sommes accueillis par Charles Villeneuve, dans sa demeure parisienne. De là découle plus d’une heure d’un entretien passionnant.

« Didier Deschamps est un excellent architecte du Football. »

Nous sommes à la veille du quart de finale de Coupe du Monde opposant la France à l’Uruguay. Jusque là, l’Equipe de France s’est qualifiée en pratiquant un jeu que beaucoup qualifient d’ennuyant. Il est vrai que Didier Deschamps n’a pas pour habitude de proposer un jeu attrayant. Lors des matchs de poule, l’équipe de « DD » a fait le strict minimum en s’imposant par la plus petite des marges face à l’Australie et le Pérou et en réalisant un match terne face au Danemark (0-0). Rien d’étonnant pour Charles Villeneuve. Car d’après lui, l’Equipe de France est à l’image de son sélectionneur « ultra-pragmatique, à l’image de son temps qui veut atteindre son objectif peu importe la manière ». Peu importe la manière, mais pas n’importe comment. « Je connais bien Didier Deschamps, et je peux vous dire qu’il choisit ses joueurs dans le cadre d’une complémentarité. Il est même un excellent architecte du Football ». Un architecte qui a réussi à bâtir un succès aussi beau qu’inattendu en Russie. Et cela il le doit en grande partie à sa carrière de joueur. Car si beaucoup d’anciens grands joueurs n’ont pas la même réussite sur le banc de touche, Didier Deschamps a lui, profité de l’expérience engrangée durant sa carrière. « Didier a laissé un héritage qui consiste sur quelques principes qui sont ne jamais se plaindre, ne jamais critiquer ses joueurs et toujours travailler pour le collectif ». C’est exactement ce qui a fait la force de son Equipe de France en Russie. Et à la question « Est-ce que d’après vous le passage de Deschamps en Italie y est pour quelque chose dans sa réussite et sa rigueur ? », monsieur Villeneuve nous répond que « bien évidement, on ne peut avoir une grande équipe sans une grande défense, c’est un peu moins de 80% du travail que d’avoir une bonne défense ».

« Alphonse Areola sera un très grand gardien »

Deux mois après son titre de champion du Monde, Alphonse Areola a vécu sa première titularisation sous le maillot bleu. Pour l’anecdote, il est le premier joueur français à débuter sous le maillot tricolore après un titre de champion du monde. 

Charles Villeneuve connaît très bien la famille Areola. Très proche du gardien qu’il considère comme son protégé, il nous confie qu’à l’époque de sa présidence au PSG, le club de Chelsea avait approché la maman du jeune crack pour l’engager. A cet instant, les londoniens proposaient une somme très importante. « Quand Chelsea est venu auprès de sa mère offrir 600 000 euros, elle est venue me voir avec son fils me dire qu’elle ne voulait pas qu’il parte car c’est un vrai produit du centre de formation du PSG » nous dit-il. 

Dix ans plus tard, Alphonse est champion du monde et est le gardien titulaire du club parisien. Durant la Coupe du Monde, lorsque Gianluigi Buffon s’engage au PSG, la tendance est à un départ d’Aréola du PSG. A cette époque, Naples est très intéressé pour le récupérer. Charles Villeneuve nous explique alors que ce serait d’après lui « la meilleure solution » pour le néo champion du monde. Finalement, à son retour de vacances, Alphonse fait le choix de rester au club et d’apprendre aux côtés de Buffon. « Alphonse aime le PSG. S’il pouvait il y resterait toute sa vie », nous explique celui qui se qualifie comme son mentor.

2008 – 2009 : Présidence du Paris-Saint-Germain

En 2008, Charles Villeneuve endosse le costume de président du Paris-Saint-Germain. A son arrivée, il tente de convaincre Al Mubarhak, actuel président du conseil de surveillance de Manchester City de rejoindre le club, « c’est moi qui ait commencé les démarches, je me suis rendu dans le golfe car de part mes activités journalistiques je connais bien le golfe, j’y ai d’excellents contacts. » Tentative vaine, puisque ce dernier rejoindra Manchester City « ces gens sont assez fascinés par la culture anglaise et il existe la-bas des mesures fiscales avantageuses que nous n’avons pas ici. Donc cela ne s’est pas fait ».

Alors propriétaire du club via Colony Capital, Sébastien Bazin, souhaites rencontrer le coach français Arsène Wenger  « c’est l’ancien Directeur général de Bouygues Télécom qui est venu me chercher en me disant que Sébastien Bazin voudrait connaitre Arsène Wenger ». Très proche de ce dernier Charles Villeneuve organise le voyage à Arsenal, et à l’issue de ce voyage, le propriétaire du PSG confie à Wenger que « ce serait pas mal si Charles prenait en main le conseil d’administration du club ». « Arsène me dit que si j’aime souffrir, je dois accepter ». Quelques jours de réflexion ont alors suffit pour prendre une décision « j’ai accepté assez vite mais à condition qu’on puisse faire venir 3 joueurs, un de classe international qui est le meilleur essuie glace qui ait existé à l’époque, Claude Makélélé; J’ai ensuite été cherché Thuram, j’étais d’accord pour en faire le capitaine. Malheureusement après la visite médicale il ne pouvait pas signer. Il nous fallait un leader technique, qui fut Stéphane Sessegnon, mais aussi un metteur d’ambiance de niveau international, Ludovic Giuly » ( Voir Vidéo )

 

J’avais prévu ce jour la de parler du passage de Mateja Kezman au Paris-saint-Germain. Cet ancien joueur avait des statistiques impressionnantes au PSV Eindhoven ou encore à Chelsea. Lors de son arrivée, les supporters parisiens étaient aux anges, pensant détenir là un attaquant qui pourraient leur faire passer un cap. Malheureusement, le résultat fut chaotique. Seulement quelques buts inscrits et une sortie contre Bordeaux où le joueur a jeté de rage son maillot sur la pelouse du Parc des princes, contre Bordeaux. 

J’ai bien senti que cela restait encore en travers de la gorge de l’ancien président du PSG. Alors que je suis entrain de poser ma question « Le passage de Mateja Kezman au PSG reste t-il selon vous… » – « Un échec ! ». Clair et net, Charles Villeneuve admet que cela reste un échec. On ne s’étendra alors pas plus sur le sujet, voyant bien que ce n ‘était pas un sujet très agréable. 

Hormis cela, il nous dit ne pas avoir tellement rencontré de difficultés hormis le avec le conseil d’administration. « Le conseil n’avait pas envie qu’on réussisse, mais ce n’est pas quelque chose qui me rebute » nous dit-il, « la concurrence est interessante, c’est la que vous débusquez les “ étrangleurs ottomans “ »

Et si cela était à refaire, il aurait changé justement le conseil d’administration du club. « J’aurais demande qu’il ne comporte que le tiers de ses conseillers ».

Hormis cette petite difficulté, l’ex président rouge et bleu avoue avoir apprécié parler avec les associations de supporters, « j’ai réussi car je n’ai pas eu tellement de problèmes avec eux, même si les fumigènes coutent assez chers. Cela fait partie des intempéries ».

Son avis sur le PSG actuel

S’il a posé les bases du projet Qatari, il aiment que le PSG actuel a encore « du mal à franchir le cap mais il faut se dire que ça prend beaucoup de temps de construire un projet ». D’après lui, il faudrait « un peu plus d’autorité. Trouver sur le terrain un vrai capitaine. » Même peut être plus: « il faut un manager général, style Arsene Wenger , qui connait bien le football et qui règle la dimension sportive. Il faut que la direction générale soit l’autorité du club a Paris seulement et pas ailleurs. »

Jérémy CESAR 
L’équipe de Resonews remercie Monsieur Charles Villeneuve de nous avoir reçu et d’avoir répondu à toutes nos questions.