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Hier encore, il avait 20 ans, il nous berçait avec sa « Bohème », et chantait « Emmenez-moi au bout de la terre »… Il rêvait d’être « En haut de l’affiche », et il y est arrivé, lui le petit Arménien né à Paris, le petit chanteur à qui on ne prêtait aucune carrière, aucun talent. Il les a tous mouché, les bien-pensants de l’époque, les critiques agiles, les médisants… Monté à 9 ans sur scène, son dernier rappel à 94 ans, un succès, une longévité enviés surement par plus d’un artiste. Aujourd’hui, la presse titre « le décès du dernier géant de la chanson Française ».

Le 1 er octobre 2018, un jour d’automne a emporté une des voix françaises les plus emblématiques… Encore un exemple que le talent né en ce temps là, était capable de réunir plusieurs générations et d’imposer à travers les décennies un véritable respect artistique.

Lui qui retenait la vie et qui voulait fêter ses 100 printemps un micro à la main…

Il confiait lors d’une interview qu’il se sentait vivant lorsqu’il était sur scène, incapable véritablement de lui dire au revoir, de se séparer de cette maitresse fidèle avec laquelle il conjuguait l’amour publique… Le grand Charles était reconnaissant de tout ce succès, de cette carrière construite grâce à « eux ». Combien de cœurs étrangers avait-il conquis lors de ses tournées à travers le monde ? Connu et reconnu au delà des frontières, il se sentait 100 % Armenien, 100 % Français comme il disait, et il aimait vivre une vie paisible au bord du lac Léman, dans son « home swiss home ». Un homme simple, humble, sage presque de ces années traversées avec talent, de cette expérience palpable dans chaque anecdote, cette élégance, ce regard profond, ce charisme et ses mains qui enrobaient sa voix sur scène…

Il a chanté l’amour avec un phrasé inimitable, il a chanté l’Arménie, l’homosexualité, l’émigration, les droits des femmes… il s’est engagé pour ces causes qui le touchaient. Il a su poser les mots sur la mélodie pour parler de tout et marquer nos mémoires.

Il a côtoyé les plus grands, de Piaf à Johnny, de Charles Trenet à Claude François..

Il a composé pour les autres aussi, Retiens la nuit, La plus belle pour aller danser… près de 1400 chansons, un trésor musical!

Cher Monsieur AZNAVOUR, en écoutant votre voix ce matin, omniprésente sur les ondes, une impression que tout fout le camp … que le ciel se peuple un peu trop rapidement de nos talents d’ici bas… que chaque automne emporte une grande voix, un grand Monsieur, alors que reste-t-il ?

Vos mots surement, accompagnant votre talent, qui ne deviendront jamais des plaisirs démodés …

Belinda Gervasoni