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Les habitants ont-il à nouveau accès à l’eau et à l’électricité?

L’électricité a été rétablie dans certains endroits. Hier, l’une de mes équipes s’est rendue à SIGI, l’une des zones sinistrées. C’est un lieu très pauvre. Après le passage du tsunami et du tremblement de terre il y a eu un phénomène de liquéfaction du sol où le sable et la terre se sont transformés en une espèce de matière noire épaisse mélangée avec de la boue. Les personnes habitant là-bas ont tout perdu. Nous sommes allés sur place pour réaliser un état des lieux. Avant le passage du tsunami, 113 personnes partageaient une seule source d’eau et une latrine. Maintenant elle est entièrement détruite. Les pompes qui étaient utilisées pour l’irrigation sont inutilisables. Vous devez savoir que nous sommes en saison sèche. C’est donc très difficile de trouver de l’eau et il n’y aura pas de pluie avant longtemps. C’est un gros problème.

Comment s’organise la distribution d’eau et à la nourriture?

Le gouvernement fournit une partie de la nourriture. Des petites cuisines publiques ont été installées. Mais de nombreux problèmes subsistent et cela reste une solution temporaire. Les habitants ont de quoi passer une ou deux semaines et après ils n’auront plus rien. C’est donc notre rôle de vérifier que les besoins primaires de la population sont assurés en permettant un accès à l’eau et la nourriture. Là où l’électricité est restaurée, on l’utilise pour filtrer l’eau. Une solidarité s’organise, les gens se partagent une source d’électricité dans chaque village où nous passons. L’objectif est maintenant d’assurer un accès à l’eau potable pour tous.

Quelles sont les actions mises en place par les ONG, comme CARE, pour aider les rescapés?

Notre priorité est de garantir les besoins primaires de tous. Dans la majorité des cas il n’y a pas de toilette et les femmes sont obligées d’attendre la nuit, et de sortir dans les champs, le tout dans le noir. Elles ont souvent peur, il y a des prédateurs, et cela amplifie leur stress. Notre but ici est d’arranger au maximum leur confort et de les sécuriser.
La notion de dignité est également importante. On souhaite que les rescapés puissent se laver, et nous voulons leur fournir des kits pour dormir convenablement puisque la plupart d’entre eux se couche à même le sol.

Que distribuez-vous d’autre?

Nous essayons également de fournir des vêtements, en particulier des pantalons. Le but est d’anticiper la saison des pluie qui arrive à la fin du mois. Les ONG distribuent aussi des kits de dignité, notamment pour les femmes, comme des articles sanitaires. Enfin, nous assurons la mise à disposition d’abris et de refuges primaires.
Nous réalisons également des recensements par genre. Nous formons les gens sur place à collecter eux-mêmes ces informations. En ce moment nous réalisons des transports de matériel et kits sanitaires.

Recherches d’éventuels survivants à Palu

De quoi avez-vous besoin à l’heure actuelle?

Nous avons lancé un appel aux dons. Tout ce que nous faisons a besoin d’être fiancé. On travaille aves des partenaires qui nous fournissent ce qu’ils peuvent bénévolement mais nous espérons maintenant lever des fonds pour permettre aux indonésiens d’accéder aux besoins primaires. CARE s’emploie à répondre à toutes les urgences en Indonésie. Vous savez, ce que les gens veulent maintenant le plus c’est rentrer chez eux, récupérer leur maison et trouver un moyen de subvenir au besoin de leur famille. Nous allons les aider mais cela demande des moyens financiers.

Peut-on réellement donner une estimation du nombre de morts et de disparus?

Je peux vous donner des chiffres officiels mais le problème est que si toute la famille a disparu, on ne peut pas savoir s’il manque encore des personnes. L’autre souci est que le tsunami a sûrement emporté des personnes au large en plus d’avoir de celles qui ont été ensevelies par l’effondrement des immeubles. Nous pensons vraiment que le chiffre est largement supérieur à celui annoncé par le gouvernement. Il ne faut pas oublier que des familles n’ont pas non plus de moyen de communiquer et de signaler des personnes disparues.

Plusieurs ONG affirment ne pas pouvoir accéder aux zones sinistrées, et le gouvernement indonésien refuse des aides extérieures, qu’en est-il?

Même le gouvernement a du mal à y accéder. Certains ponts ont été détruits. Il y a de nombreux dommages matériels et énormément de boue. Cela rend l’accès difficile à toutes ces zones. Des villages n’ont donc pas encore été visités et l’intervention des pouvoirs public est impossible là-bas. Je sais que cela reste compliqué pour certaines organisations de se rendre sur place et de proposer leur aide. Le gouvernement a estimé qu’il y avait suffisamment de personnes sur place pour les recherches. Seule une aide logistique et sanitaire est appréciée.

Nadège Lapko