Montagne d’or : les associations guyanaises toujours dans l’inquiétude

217
0
SHARE

Le lundi 6 mai 2019, Emmanuel Macron a déclaré que le projet Montagne d’or n’était pas viable écologiquement en l’état. Un rétropédalage, pour celui qui a encouragé ce projet faramineux, de mine d’or à ciel ouvert en plein milieu de la forêt amazonienne, en 2015. Les associations guyanaises, contre l’exploitation de la Montagne d’or, restent sur leurs gardes et dénoncent un coup de communication politique. 

Le projet montagne d’or n’est, en l’état, « pas compatible avec une ambition écologique », a déclaré Emmanuel Macron, le lundi 6 mai 2019, sur le parvis de l’Élysée. Une déclaration, qui intervient après la révélation du rapport d’expert de l’ONU qui évoque une menace d’extinction pour un million d’espèces animales et végétales. Le président de la République a annoncé, « une évaluation complète pour le prochain conseil de défense sur ce sujet » en juin, et une « décision formelle et définitive ». Un virage écologique réalisé par le président qui a plu aux militants qui luttent contre l’exploitation de la montagne d’or depuis plus de 4 ans. « Oui après des années de luttes, on a fêté ça comme une victoire ! Mais c’est une victoire d’un combat que j’aurais préféré ne pas mener… On lutte contre l’absence de bon sens » regrette d’une voix rocailleuse Harry Hodebourg,  animateur du réseau NEMO ( Non à l’Exploitation de la Montagne d’Or). Mais ce dernier, reste également sur ses gardes. « Si on les jette par la porte, ils vont venir par la fenêtre. Ils risquent de déposer un nouveau projet qu’ils jugent bon. Sauf que ça n’a pas de sens, une mine ne peut pas être écologiquement viable » . 

 

Montagne d’or : un projet faramineux et un désastre écologique

Montagne d’or : le projet qui secoue la Guyane depuis maintenant plus de 4 ans. Une mine d’or à ciel ouvert, qui devrait permettre de récupérer 85 de tonnes d’or, mais en même temps, déraciner l’équivalent de 820 terrains de football au milieu de la forêt amazonienne. La fosse pour l’extraire mesurera : 2,5 km de long, 400m de large et 220 m de profondeur. « On parle de 1,6 grammes d’or par tonnes de roches de minerais », explique Philipe Bore, porte-parole du collectif « Or de question », qui s’est spécialisé sur les conséquences écologiques. Un chantier qui réunit deux géants du secteur minier, le groupe russe Nordgold, et l’entreprise canadienne Colombus Gold. Il devrait commencer en 2022, et pour les défenseurs du projet, élus locaux et entrepreneurs, il rapporterait 750 emplois directs et 3000 emplois indirects. Mais cette exploitation, est aussi vivement combattue par les populations amérindiennes. D’une part, car ce chantier se trouve dans une zone entourée de deux réserves biologiques et d’autre part, car elle risque de polluer le fleuve qui alimente les populations amérindiennes. De plus, l’extraction à base de cyanure utilisé au sein de cette mine inquiète les locaux. Plusieurs fois dans l’histoire des tonnes de cyanures se sont déversées dans des fleuves, comme au Brésil en 2015 et en Roumanie en 2000. 

Un coup politique dénoncé par l’association
« Or de Question»

« La déclaration d’Emmanuel Macron est opportuniste par apport aux élections européennes, où LREM est en train de perdre de la vitesse » estime Michel Dubouillé porte-parole de « Or de question ». Pas convaincu par les déclarations du président, le collectif souhaite maintenir la pression, jusqu’à l’abandon définitif du projet. Mais ce combat ne semble que commencer pour Michel Dubouillé, car d’autres projets d’extraction, moins gros, sont en train de s’implanter en Guyane. « Aujourd’hui, montagne d’or n’est que l’arbre qui cache la forêt ». D’après M. Dubouillé, 380 000 hectares de forêt sont dans le viseur des exploitants miniers. Selon le porte parole, la politique mise en place par le gouvernement s’appuie sur les demandes des multinationales. « À terme, Auplata ( premier producteur d’or de la Guyane Française) est en train de créer une exploitation minière qui sera plus grande que la montagne d’or » déplore Michel Dubouillé. Mais avant de penser à ce prochain combat, « Or de Question » espère voir le projet Montagne d’or abandonné définitivement. 

Florent Jacono