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Jeudi 23 mars devant le ministère des solidarités et de la santé à Paris ainsi que dans 50 autres villes de France, des professionnels de la petite enfance ont manifesté. Ils étaient présents afin de dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et de lutter contre les ordonnances voulant réformer les conditions d’accueil des jeunes enfants parues la semaine dernière. 

Le cortège parisien est parti de Glacière à 10h du matin. Un peu plus de 2000 personnes ont défilé en direction du ministère des solidarités et de la santé. Au même moment, la secrétaire d’État auprès d’Agnès Buzin ministre des solidarités et de la santé a reçu 8 représentants du collectif « pas de bébés à la consigne ». 

C’est aux alentours de midi que la manifestation est arrivée avenue Duquesne devant les portes du ministère. Dans le cortège très majoritairement féminin: des syndicalistes, des psychologues, des assistant(e)s maternel(le)s , des employées et directrices de crèche, des éducateurs ainsi que quelques soutiens au personnel de cette filière qui se sont réunis dans la bonne humeur pour tirer la sonnette d’alarme.

Qu’est-ce qui va changer? 

La publication de l’ordonnance de la loi ESSOC visant à modifier les conditions d’accueil dans les établissements de la petite enfance inquiète les professionnels du secteur: « cela tend à une dérégulation des normes qui va rendre les conditions d’accueil plus difficiles pour les personnels, les familles et va aussi peser sur les enfants. » explique Benjamin membre du collectif « pas de bébés à la consigne » qui est à l’origine du mouvement de grève dans les crèches du jeudi 23 mai 2019.

La secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé Christelle Dubos s’est exprimée au micro de France info dans l’après-midi. Elle explique que 29 000 places en crèche vont voir le jour dans les mois à venir mais que cela ne se fera pas au détriment de la sécurité de qui que ce soit. Elle ajoute que les critères d’encadrement vont changer et qu’ils ne seront plus régis en fonction de la mobilité de l’enfant mais de son âge. Cette réforme vise aussi à ouvrir l’éveil culturel et l’éveil à l’environnement des enfants. La secrétaire d’État a pour objectif l’égalité de toutes les familles face à la garde d’enfants peu importe leurs ressources financières. 

Cependant, le collectif est dérangé par de nombreux points: 

  • la volonté de classer les enfants par âges: « tous n’évoluent pas au même rythme » explique une auxiliaire en puériculture croisée dans le cortège. 
  • l’augmentation de la surpopulation dans les crèches: les ordonnances prévoient de faire passer la surface d’accueil de 7,5m2 à 5,5 dans les villes densément peuplées. Cela serait compensé par un espace extérieur ou une salle de motricité, problème: les enfants n’y passent pas toute la journée. 
  • l’inquiétude face à la diminution du ratio de professionnels les plus qualifiés. Il est aujourd’hui de 40%, Emilie Philippe porte-parole du mouvement a évoqué le souhait d’un retour à 50%
  • le nombre de professionnels auprès des enfants, qui est et selon les prévisions restera insuffisant. 

Des conditions de travail qui se dégradent: 

Une des pancartes des manifestants

La diminution des surfaces d’accueil, du nombre de professionnels qualifiés et l’augmentation du nombre d’enfants inquiète. À l’heure actuelle le taux d’encadrement est d’un diplômé pour 5 enfants non marchants et d’un pour 8 enfants marchants. Un taux d’encadrement que les professionnels du secteur estiment insuffisant. Selon une éducatrice spécialisée: « des études montrent que la diminution du personnel a des conséquences nocives sur le développement de l’enfant. L’idée de rajouter des enfants dans un espace plus restreint avec moins de professionnel ne nous permettra pas de proposer un accueil de qualité. »

Depuis le décret du 7 juin 2010 porté par Nadine Morano visant à optimiser le taux d’occupation des crèches, les professionnels de la petite enfance voient les conditions d’accueil se précariser. Une directrice de crèche depuis plus de 20 ans témoigne: « les conditions d’accueil n’ont cessé de se dégrader et on voudrait les dégrader encore. En tant que directrice, je n’arrive plus à recruter du personnel. C’est un métier extrêmement mal payé qui n’est pas valorisé. On met des salariés dans des conditions de travail lamentables. Si nous sommes ici aujourd’hui c’est avant tout pour le bien-être des enfants. » Les conditions de travail difficiles font que les arrêts maladies se multiplient et les personnels s’épuisent, à force de travailler en sous effectif: « Si cela continue, il y aura des scandales de mal-traitance comme dans les EHPAD »  

Un entretien satisfaisant : « Les portes du ministère restent ouvertes »

Emilie Philippe l’une des porte-parole du collectif: « pas de bébés à la consigne » s’est exprimée à la sortie de son entretien avec Christelle Dubos: « nous sommes satisfaits, il y a un climat d’écoute et de l’attention à nos propositions et nos revendications ». 

À la suite de cette réunion, les manifestants se disent confiants mais restent tout de même vigilants et mobilisés face « aux pistes claires déjà engagées ». Un communiqué  a été publié en ligne afin de rendre compte de cet entretien. 

Elodie CHALANDRE