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Pendant longtemps, les acteurs afro-américains étaient cantonnés à des rôles secondaires et/ou de faire-valoir. Apparu dans les années 1970, la Blaxploitation a permis à ces comédiens d’apparaître dans des rôles dignes et de premier plan.

Définition

La Blaxploitation est un courant culturel et social du cinéma, apparu dans les années 1970. Le mot est la contraction des mots « black » et « exploitation ».

Contexte

Jusque dans les années 1970, les films américains ne proposaient aux afro-américains que des rôles de serveurs, de danseurs de cabaret, de criminels ou d’esclaves. Des rôles qui les confortaient soit dans l’image du « domestique », soit dans l’image du bandit sans foi ni loi. D’ailleurs les films de l’âge d’or hollywoodiens les présentaient souvent comme sots et heureux de leur sort quand il s’agissait de rôles d’esclaves. Pendant longtemps, c’est le comédien Sydney Poitier qui était le porte-étendard de la communauté afro-américaine au cinéma. Dans les années 1960, sous l’égide de Martin Luther King et de Malcolm X, les afro-américains se sont lancés dans une lutte, pacifique pour certains et belliqueuse pour d’autres, pour l’obtention des droit civiques. L’émergence de la blaxploitation arrive donc dans un contexte de lutte pour l’intégration dans la société américaine. Par ailleurs, le monde du cinéma est chamboulé.

En effet, l’âge d’or du Hollywood classique a pris fin dans les années 1960. On entre donc dans la phase du nouvel Hollywood, période dans laquelle les réalisateurs peuvent s’affirmer comme de véritables auteurs et prennent le pouvoir sur le cinéma américain. Autre point important en 1966, le code Hays est supprimé. Il s’agit d’un code de censure qui a été appliqué sur les productions cinématographiques américaines de 1934 à 1966 et dans laquelle certaines règles devaient être respectées. Aucun film ne sera produit s’il porte atteinte aux valeurs morales des spectateurs. La sympathie du spectateur ne doit jamais être du côté du crime, des méfaits, du mal ou du péché. Seuls des standards corrects de vie soumis aux exigences du drame et du divertissement seront présentés. La loi, naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et aucune sympathie ne sera accordée à ceux qui la violent, notamment le gangster et la femme déchue. Tous ces facteurs combinés ont permis à la Blaxploitation de voir le jour dans les années 1970.

L’âge d’or

Le premier film à s’inscrire dans le genre est « Sweet Sweetback’s Baadasssss Song » de Melvin Van Peebles, sorti en 1971. Avec un casting 100% afro-américain, le film rapporte 15 millions de dollars aux Etats-Unis. Un chiffre conséquent pour un film indépendant. Ainsi, si les films policiers trouvent leur héros dans Shaft, Les Nuits Rouges de Harlem de Gordon Parks, sorti en 1971 érigeant Richard Roundtree et le réalisateur Gordon Parks au rang de stars – le cinéma fantastique n’est pas en reste avec Blacula, le vampire noir de William Crain, apparu en salle en 1972. D’autres genres auront aussi droit à leur version afro-américaine tels que les films d’arts-martiaux avec La Ceinture noire de Robert Clouse, ou Dynamite Jackson de Cirio H. Santiago, le western avec Boss Nigger  de Jack Arnold en 1975, voir même le péplum avec La Révolte des Gladiatrices de Steve Carver en 1974.

Une révolution cinématographique qui tomba dans l’abandon à la fin des années 1970, le public ciblé se détournant de ces productions en constatant que la très grande majorité des films étaient réalisés et produits par des blancs qui y voyaient là une facilité pour se faire de l’argent sur les minorités. Si un film comme Shaft est aujourd’hui un classique, la plupart de ces films sont assez moyens. Ils sont toutefois populaires dans la communauté noire car ils montrent des acteurs afro-américains en hommes fiers et libres de leurs choix de vie. Ces personnages résistent aux blancs et leur répondent. Le personnage noir est souvent associé au bien, et le blanc au mal. La Blaxploitation s’est largement inspiré du mouvement Black Panther Party et tentait d’illustrer les réalités sociales des afro-américains à l’époque.

Vers une nouvelle Blaxploitation ?

Largement inspiré par ce mouvement, le réalisateur Spike Lee a basé une grande partie de sa filmographie sur les réalités sociales des afro-américains. L’imagerie de la Blaxploitation a même été repris par Quentin Tarantino dans « Jackie Brown » en 1997. Film qui rend hommage au genre. Mais depuis quelque temps, certains spécialistes du cinéma émettent l’idée d’une nouvelle forme de Blaxploitation avec les succès des réalisateurs, Jordan Peele (Get out, US) et Ryan Coogler (Black Panther). Difficile de l’affirmer, toutefois ces films restent très engagés envers la communauté afro-américaine. Bien que les inégalités sociales entre noirs et blancs sont loin d’être réglé aux Etats-Unis. Les comédiens afro-américains sont malgré tout assez présent à Hollywood et dans des premiers rôles donc difficile de faire la différence avec les film de la « Nouvelle Blaxploitation » et les productions classiques.

 

Sacha Aiche et Charlene Slowik