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Cette nuit, Fabrice Dorffer a retenu en otage pendant cinq heures deux surveillants du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe. L’assaillant s’est rendu peur après minuit. Il n’en est pas à son coup d’essai, cette nuit, c’était sa sixième prise d’otages. 

Dans la nuit de lundi à mardi, deux personnels pénitentiaires ont été pris en otage au centre ultra-sécurisé de Condé-Sur-Sarthe (Orne). Peu après 00H30, les gardiens sont sortis  « sains et sauf », comme l’a précisé la Direction de L’Administration. La prise d’otages avait commencé vers 19 h 40, nécessitant l’intervention des équipes du RAID (unité d’intervention de la police nationale) et des ERIS (équipes régionales d’intervention et de sécurité), dans ce centre spécialisé dans la détention de prisonniers dangereux, radicalisés ou ayant des problèmes de disciplines. 

Un spécialiste de la prise d’otage 

Parmi eux, Francis Dorffer. Ce détenu est libérable en 2060. Né en 1984, à Hayange en Moselle, le prisonnier est incarcéré depuis ses 16 ans pour des faits de viol. Il a été emprisonné dans une vingtaine de prisons différentes après des condamnations pour vol, viol et assassinat d’un codétenu.En 2003, il égorge Michel Gober son compagnon de cellule à l’aide d’une fourchette.  Au fil de ses passages en prison, cet individu s’est spécialités dans les prises d’otages. Il est considéré par l’administration pénitentiaire comme le « champion de la prise d’otage carcérale » comme le rapporte LCI. Il est associé à cinq autres prises d’otages. La première commence en 2006 où il retient une psychiatre au sein de la prison de Nancy. Trois ans plus tard à Clairvaux (Aude) il retient un surveillant. En 2010, il retient un psychiatre à la Santé et un 2011, un gardien à Poissy dans les Yvelines. EN 2017, il essaie de s’échapper avec deux autres détenus de la maison centrale d’Ensisheim, dans le Haut-Rhin, en prenant un otage. Ils se sont rendus le lendemain matin à 5H30 après de longues négociations.  Ses prises d’otages répétés étaient dans un but de demander un transfert en Alsace afin de pouvoir se rapprocher de sa famille. 

« Toutes ces prises d’otage n’ont jamais donné lieu à une goutte de sang », rappelle dans Libération Me Thomas Hellenbrand, son avocat. « À chaque fois, c’est en réaction à un sentiment d’injustice, quand ses demandes de transfert pour être plus proche de sa compagne et de son fils (conçu au parloir alors qu’il était déjà incarcéré, ndlr) ont été rejetées. »

Un détenu instable 

Pour toutes ses raisons Dorffer a été classé « DPS », (détenu particulièrement signalé). Il était pourtant classé auxiliaire, « c’est-à-dire qu’il aidait à servir les repas, à faire le nettoyage, tout cela pour acheter la paix sociale », comme a expliqué à sud-ouest Frédéric Eko membre du syndicat Snepap ( Syndicat National de l’Ensemble des Personnels de l’Administration Pénitentiaire). « Depuis quelques semaines, on savait que le détenu était très tendu parce qu’il voulait un transfert. La prise d’otages ne nous surprend pas » poursuit-il. Fredirc Eko, demande un isolement à 100% pour Francis Dorffer. Le syndicaliste de la prison de Condé-sur-Sarthe a même raconté que dernièrement, l’individu a été aperçu en train d’expliquer aux autres détenus comment faire des prises d’otages. La scène a été signalée à la direction,  « mais rien ne se passe ». En 2006, Francis Dorffer déclarait devant les assises de la Moselle, avec fatalité : « Je vais crever en taule, alors qu’est-ce que je risque? Je peux tuer encore, frapper, faire toutes les conneries, ça ne sera pas pire pour moi. »

Florent Jacono