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Source : redbubble.com

Ce n’est une surprise pour personne. Le plastique dégrade l’environnement et met en danger un nombre vertigineux d’espèces. Tout le monde a pu voir circuler sur la toile une de ces images montrant un dauphin piégé dans un filet de pêche laissé en mer, ou un oiseau mort, le ventre rempli de déchets plastiques. Si ce type de tragédie saute aux yeux, et est bien connu du plus grand nombre, il faut savoir que le plastique tue de bien d’autres manières, et met en péril la santé de toutes les espèces…y compris la nôtre.  

Une gestion désastreuse des déchets plastiques

Dans son rapport Pollution plastique, à qui la faute ? l’ONG WWF rappelait en mars dernier, une information majeure : depuis 2000, l’humanité a produit autant de plastique que toutes les années précédentes réunies. Soit une production équivalente en moins de 20 ans à celle réalisée sur plus d’un demi siècle. Les projections estiment à 40% l’augmentation de la production d’ici 2030.

Ce qui est encore plus alarmant, c’est que plus de 75% du plastique déjà produit constituent aujourd’hui des déchets. D’après les estimations, un tiers d’entre eux se retrouvent en pleine nature. Une pollution évidemment due à d’importantes failles dans les systèmes de gestion.

De plus, la pollution plastique prend différentes formes, puisqu’elle contamine différents types d’espaces, qu’il s’agisse du milieu terrestre, des mers et des océans, ainsi que des lacs et cours d’eau douce. Le plastique rejeté, peut prendre des formes variées (macro, micro et nano-plastiques), et la composition chimique de ces déchets est extrêmement diverse et dépend du type de plastique. Enfin, ce n’est pas pas uniquement le rejet des déchets dans le milieu naturel qui pose problème. Toutes les étapes de la chaîne sont concernées, à commencer par l’extraction des matières premières, et contribuent à la pollution de l’environnement.

L’ensemble des impacts sanitaires et environnementaux, ainsi que les mécanismes auxquels ils obéissent sont donc multiples et parfois difficiles à évaluer, tant d’un point de vue quantitatif, que qualitatif. Mais ils sont bien réels…

5 grammes de plastique ingéré chaque semaine par un individu

C’est une réalité moins connue, mais l’espèce humaine est directement concernée par la pollution plastique. L’équivalent d’une carte de crédit : c’est la quantité de plastique que nous ingérons en moyenne chaque semaine selon un autre rapport de WWF, paru cette semaine. Il s’agit bien évidemment d’une estimation. Elle a été calculée par l’Université de Newcastle (Australie), et repose sur l’analyse de la littérature scientifique existante sur le sujet. Des études à venir devraient venir affiner ces mesures.

L’essentiel de ce plastique ingéré, entrerait sous la forme de micro-plastiques. Pour bien savoir de quoi il est question, un micro-plastique est une particule de plastique d’une taille inférieur à 5mm, d’après la définition de l’Encyclopaedia Britannica.

Selon le rapport de WWF, la principale source d’ingestion de ces micro-plastiques, proviendrait de l’eau, aussi bien celle du robinet, que celle consommée en bouteille. Si l’on ne tient compte que des particules inférieures à 1mm, ce seraient 1769 particules que nous ingérons chaque semaine via la consommation d’eau potable. Viennent ensuite les fruits de mer, la bière, et le sel.

 

L’ingestion n’est pas l’unique canal par lequel ces particules pénètrent notre organisme. De manière moins prononcée mais tout aussi réelle, l’inhalation par l’air et le contact direct peuvent entraîner l’entrée de micro-plastiques dans nos tissus et organes.

Des impacts sur la santé multiples, mais encore mal connus

Il est encore difficile de déterminer avec précision quels peuvent être les effets de ces micro-plastiques sur la santé. Premièrement parce qu’il existe une grande diversité de plastiques. Deuxièmement, parce qu’une grande variété également d’additifs et de composants chimiques leurs sont associés. Troisièmement, parce que les effets ne seront pas les mêmes en fonction de la manière dont le plastique pénètre notre organisme et des parties du corps qui sont affectées. Enfin, l’expérimentation, aussi bien animale qu’humaine, est évidemment très compliquée à mettre en pratique.

De nombreux processus, souvent très complexes, sont cependant à l’étude. Les résultats et pistes de recherche ne manquent pas. Des chercheurs ont observé par exemple, que ces micro-plastiques peuvent s’accumuler dans différents organes (foie, reins…etc). Il semblerait également qu’ils puissent perturber le métabolisme, et présenter des propriétés neurologiques. Une autre étude tend à montrer que certaines bactéries se développent sur ces particules, et pourraient provoquer chez l’Homme certaines pathologies intestinales. Ce sont des résultats, parmi beaucoup d’autres, qui ont été présentés dans un rapport du Center for International Environmental Law (CIEL), publié cette année.

Mais ce rapport, détaille bien d’autres processus par lequel le plastique met en péril notre santé. L’impact sanitaire est en effet une réalité à toutes les étapes du cycle.

La chaîne du plastique : des conséquences sanitaires à toutes les étapes

Peut-être n’est-il pas pertinent de parler de cycle de vie. Après tout, l’économie du plastique n’a rien de circulaire, et c’est bien là le problème. Le recyclage, pose lui-même un certain nombre de problèmes, et ne concerne de toute façon qu’une fraction du total produit. Il serait plus juste de parler des différentes étapes de la vie du plastique, de sa fabrication à sa dispersion dans l’environnement.

Dès sa naissance, le plastique pose problème. Selon le rapport du CIEL, plus de 170 produits chimiques sont utilisés pour extraire et fabriquer les principales matières premières nécessaires à sa production. Leurs effets sur la santés sont plutôt bien connus et documentés. Cancer, neurotoxicité, impacts sur la fertilité et le développement, dégradation du système immunitaire, la liste est longue.

Viennent ensuite les processus de transformation et de raffinage. La production des résines plastiques à partir des matières premières, libère dans l’atmosphère des substances cancérigènes et hautement toxiques. Les communautés voisines de ces usines, ainsi que les travailleurs, sont bien entendu les principales victimes de ces rejets de toxine dans l’air. Encore une fois, les pathologies et dégâts sur l’organisme sont nombreux (troubles du système nerveux, cancers, nouveaux-nés en sous-poids, leucémie, etc…).

Parmi les usages faits du plastiques, la production d’emballages de produits alimentaires est l’une qui nous expose le plus à l’inhalation ou l’ingestion de micro-plastiques. Comme nous l’avons vu, les effets en sont encore mal connus mais sont extrêmement variés et pourraient se faire ressentir de manière croissante avec une production mondiale en constante augmentation.

La gestion des déchets, quand elle s’applique, n’est pas sans comporter d’importants risques. Qu’il s’agisse de l’incinération, de la gazéification ou encore de la pyrolyse, elle libère tout un tas de substances toxiques, comme des métaux lourds (plomb, mercure), des gaz acides, et substances organiques qui contaminent l’air, le sol et l’eau et touchent en premier lieu les personnes situées à proximité des sites (travailleurs et communautés locales encore une fois).

Une fois rejeté dans l’environnement, sous la forme de macro, micro ou nano-plastiques, le plastique s’accumule dans les chaînes alimentaires, via la contamination des sols agricoles, de l’eau, et de l’air. Il peut parfois libérer des additifs toxiques, ou à l’inverse concentrer des toxines présentes dans l’environnement, les rendant ainsi « biodisponibles » pour les organismes et les contaminant. L’être humain est aussi touché, que ce soit directement ou indirectement.

 

De nombreux freins à la prise de conscience et à l’action

Un autre point que soulève le rapport du CIEL, sont les obstacles rencontrés pour lutter contre ce fléau. Le premier obstacle est le manque de transparence. Il y a trop d’informations sur la composition de certains plastiques, ainsi que sur les processus précis de production. Cela empêche une évaluation complète et détaillée des impacts. Comment alerter comme il se doit les consommateurs, sans ces données ? Comment leur permettre de faire des choix éclairés dans leurs pratiques de consommation ? Il y a encore trop d’informations qui restent confidentielles ce qui empêche de réduire les incertitudes et de mettre en place une action adaptée.

D’autre part la recherche sur ce champ d’investigation est encore mal développée et financée. Il est urgent de mieux connaître tous les processus de contamination et leurs effets sanitaires tant sur les humains que sur le reste de la biosphère. Le rapport préconise de déployer la recherche sur ces questions dans les meilleurs délais afin de mener des études approfondies. En attendant, que la recherche avance, les auteurs du rapport demandent également l’application d’un principe de précaution afin de limiter la production et l’usage de ces contaminants.

Face à ces résultats, et les nombreux dangers qu’ils représentent pour la santé humaine et celle des autres espèces, l’ONG WWF réclame l’adoption d’un traité international et juridiquement contraignant pour en finir avec la pollution plastique des océans. Ils ont pour cela lancé une pétition, qui a récolté à ce jour plus de 700 000 signatures.

Luc Lallemand