Etats-Unis-Iran : 40 ans de discorde

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Le passage au pouvoir de Barack Obama n’aura représenté qu’une relative  accalmie au milieu de l’orage chargé d’électricité des relations entre les Etats-Unis et l’Iran depuis des décennies. Depuis l’élection de Donald Trump, ces tensions ne font que s’accentuer.

1953 : le premier accroc américano-iranien

Jusqu’à la fin de la 2nde guerre, les américains se penchent peu sur l’Iran. Pourtant, dès la fin du conflit, les Etats-Unis commencent à manifester un intérêt pour ce pays. En effet, l’Iran est un pays riche en pétrole. Dans une époque où les enjeux énergétiques deviennent majeurs, dans un monde empreint de guerre froide et de bilatéralisme, les ressources énergétiques sont une source de « soft power ». En 1953, Mohammad Mossadegh est élu démocratiquement. Nationaliste, il entame une politique de nationalisation l’Anglo-Iranian Oil Compagny. Fondée par les Britanniques, cette compagnie avait conclu un accord avec l’état iranien pour partager les profits, mais la compagnie cachait ses résultats au gouvernement iranien. À cause de la monopolisation supposée des profits par l’Anglo-Iranian Oil company, le parlement iranien avait accepté de nationaliser ce qui était à l’époque la plus grande compagnie de l’Empire britannique.

Les Etats-Unis et le Royaume-uni aidèrent alors à organiser des manifestations afin de renverser Mossadegh et firent revenir le Shah en Iran. Après son retour d’un bref exil, les tentatives de l’Iran pour se diriger vers la démocratie se transformèrent rapidement en une dictature, le Shah ayant défait les limitations constitutionnelles et ayant commencé à régner en monarque absolu.

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Pendant son règne, le Shah a reçu un soutien américain significatif, faisant fréquemment des visites officielles à la Maison-Blanche et gagnant les faveurs de nombreux présidents américains. Les liens proches du Shah avec Washington et son agenda pour occidentaliser l’Iran rapidement ont vite rendues furieuses certaines franges de la population iranienne, et particulièrement celle les conservateurs islamiques. Les conflits sociaux ont augmenté, avec des actes de violence et l’assassinat de figures de la Savak, la police politique.

La Révolution de 1979

Lors de la Révolution iranienne de 1979 le Shah est dépossédé du pouvoir une seconde fois. L’Ayatollah Khomeini devient le nouveau chef du pouvoir en Iran et peu de temps après s’amorce une violente rhétorique contre les États-Unis décrivant ce pays comme le Grand Satan et également comme une nation d’infidèles.

L’administration américaine dirigée Jimmy Carter refuse de soutenir le Shah. Ce dernier souffrant d’un cancer, demanda l’autorisation d’entrer aux Etats-Unis pour y recevoir un traitement. Autorisation accordée, de mauvaise grâce par le président Carter.  Cette décision accentua le sentiment des iraniens que le Shah n’était qu’un pantin à la solde des Etats-Unis.

La crise des otages de 1979-1980

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Le 4 novembre 1979, des militants iraniens investissent l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran , soutenu par Khomeini. Cinquante-deux américains sont alors retenus en otages pendant 444 jours. Les Etats-Unis tenteront d’exfiltrer les otages lors de l’opération « Eagle Claw », qui sera un cuisant échec. Le 7 avril 1980 les États-Unis rompent toute relation diplomatique avec l’Iran et le 24 avril 1981 le gouvernement suisse accepte de représenter les intérêts des États-Unis à Téhéran via une section des intérêts américains. De même, les intérêts iraniens aux États-Unis sont représentés par la section des intérêts iraniens de l’Ambassade du Pakistan à Washington D.C.

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Destruction du vol de l’Iran Air 655 en 1988

Le 3 juillet 1988, le croiseur américain USS Vincennes  abat un Airbus A300B2 d’Iran Air au cours d’un vol commercial régulier dans l’espace aérien iranien alors qu’il survolait le détroit d’Ormuz causant la mort de 290 civils de six nationalités différentes et comptant parmi eux 66 enfants. Le 22 février 1996 les États-Unis accepteront de payer à l’Iran la somme de 61,8 millions de dollars (environ 42.5 millions d’euros) en dédommagement des 248 Iraniens décédés au cours de cet incident.

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Cette somme représente toutefois bien moins que les sommes qui avaient été prélevées sur les avoirs iraniens gelés aux États-Unis en compensation de la prise d’otages d’américains. À ce jour les États-Unis n’ont toujours pas remboursé l’Iran pour l’avion lui-même qui valait plus de 30 millions de dollars (environ 23 millions d’euros).

Relations commerciales

Avant la Révolution, les États-Unis étaient le premier partenaire économique et militaire de l’Iran. Ces échanges privilégiés ont contribué grandement à la modernisation rapide des infrastructures et de l’industrie iranienne. L’Iran a compté jusqu’à trente mille expatriés américains qui y ont exercé des fonctions techniques, de conseil ou encore d’enseignement.

Depuis la guerre Iran-Irak, les relations commerciales entre les deux pays sont limitées. De plus, les États-Unis ont bombardé des plates-formes pétrolières de la National Iranian oil compagny en 1987 et 1988. La même année, Reagan promulgua un ordre exécutif soumettant les échanges commerciaux en matière de pétrole à un embargo.

Aujourd’hui, les relations commerciales bilatérales sont limitées par des sanctions américaines et consistent principalement d’une part en des achats iraniens de nourriture et de produits médicaux et d’autre part en des achats américains de tapis et de nourriture. Le gouvernement américain interdit presque toute transaction avec l’Iran à travers l’application de la Iran-Libya Sanctions Act, votée en 1996.

La question des avoirs iraniens gelés est particulièrement importante pour le gouvernement iranien. Après la prise de contrôle de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, les États-Unis ont gelé environ 12 milliards de dollars d’avoirs, en comptabilisant les comptes en banque, l’or et autres biens. Selon des officiels américains la plupart de ces avoirs ont été rendus en 1981 en échange de la libération des otages qui avaient été capturés lors de la prise de contrôle de l’ambassade. Néanmoins une part de ces avoirs, représentant jusqu’à 10 milliards de dollars selon les représentants iraniens, bien moins selon leurs homologues américains, sont encore gelés en attendant une résolution complète de toutes les procédures judiciaires entamées depuis le début de la Révolution.

Dialogue ouvert avec Obama, refermé avec Trump

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Après son élection en 2009, Barack Obama entame une relative reprise du dialogue améericano-iranien, notamment avec l’accord sur le nucléaire. Elu en 2016, Donald Trump se montre inflexible envers l’Iran et les tensions s’accentue de jour de jour. Si un conflit armé n’est pas à l’ordre du jour, la crainte de ce dernier est palpable.