Le burn out : un fléau dans l’Education nationale

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Source photo : Magicmaman.com

Epuisement, stress, pression… tels sont les sentiments qui pèsent sur les enseignants aujourd’hui. A bout de force, le burn out est inévitable et de plus en plus fréquent. 60% d’entre eux affirment l’avoir déjà vécu. Au centre du problème, une hiérarchie parfois laxiste, des parents d’élèves difficiles à appréhender et un ministère absent. Retour sur ce dysfonctionnement au sein de l’Education Nationale. 

 Juste avant qu’on détecte mon burn out, je suis resté deux jours dans le canapé à regarder dans le vide. Je ne faisais plus rien. Je n’arrivais même plus à suivre une conversation. Je n’arrivais plus à réfléchir. Mon cerveau a fait une pause”. Voici le témoignage d’Alexia* (le prénom a été modifié) une professeure de français remplaçante en collège et lycée dans l’Académie de Nancy-Metz. Son cas n’est pas isolé. Le burn-out est un fléau qui a considérablement augmenté ces dernières années. En 2018, 56% des salariés, c’est à dire plus d’un salarié sur deux, déclarent se sentir en situation de “fragilité professionnelle”. Une situation à laquelle n’échappe pas l’Education nationale. 

En première cause, le manque de formation des professeurs face à la réalité du métier. “On n’a pas de cours sur la forme, on débarque on ne sait rien. Alors que le concours pour être prof est super dur, je dois me renseigner moi même après ! On attend beaucoup de nous et les profils des élèves sont extrêmement différents. Un jour, un collègue proche de la retraite m’a dit qu’il fallait environ 15 ans pour bien savoir enseigner” déplore Alexia. De plus, elle pointe du doigt le manque de soutien de sa hiérarchie qui se montre parfois laxiste, notamment avec des parents d’élèves difficiles. Face à des agressions ou manque de respect d’un élève qu’a subit elle ou ses collègues, bien souvent l’élève perturbateur n’a pas été sanctionné. Pour quelles raisons ? Selon l’établissement, c’est aux professeurs de savoir faire régner l’ordre. 

“Le nombre de médecins nécessaires ne suit pas”

Une autre problématique du burn-out chez les enseignants est aussi le manque de suivi médical. Avec très peu de contrôles, leur épuisement professionnel est bien souvent détecté trop tard. Dans la fonction publique, on ne parle pas de médecine professionnelle, mais de médecine de prévention. Elle a pour objectif​ “de prévenir toute altération de la santé des agents du fait de leur activité professionnelle”.​ En théorie​, les enseignants doivent être contrôlés au minimum tous les 5 ans. Des examens obligatoires, mais pas toujours respectés notamment du fait du manque de médecins de prévention.

 Pour palier à ce manque, les syndicats mettent en place leur propre dispositif d’assistance médicale, afin d’apporter une aide substantielle aux enseignants. Mais ils se trouvent eux aussi en grandes difficultés de moyens et de ressources. Selon le syndicat des enseignants, l’UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes), ils n’ont à leur disposition qu’un médecin pour 11 600 agents de l’éducation nationale dans l’Académie de Paris. “Ces médecins tombent dans le burn out eux-mêmes car ils sont débordés, subissent des pressions et le nombre de médecins nécessaires ne suit pas” regrette Alain Brousse, membre du syndicat au CHSCT, lui même professeur dans un lycée professionnel. Cependant, de nombreuses cellules d’écoutes ont été mises en place par les syndicats. Celles-ci permettent aux enseignants de libérer leur parole, de se sentir entourés et compris dans un métier où la solitude règne. Malgré ces moyens, beaucoup préfèrent finalement se reconvertir professionnellement comme nous l’indique Alain Brousse.  

 Ce ne sera pas le cas d’Alexia. Après un arrêt maladie et beaucoup de soutien, elle confie : “Avec le temps, j’ai dû accepter que mes cours ne sont pas parfaits mais qu’ils le deviendront avec l’expérience. Maintenant j’ai pris du recul. Il y a un véritable manque de reconnaissance de la profession. mais il faut se dire que tout ne dépend pas de toi, c’est comme ça”.  

 

Charlene Slowik