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Le numéro un mondial contre le « maître des lieux » : Wimbledon ne pouvait peut -être pas rêver meilleure affiche pour la finale de cette édition. Pour pouvoir remporter un 21ème tournoi du Grand Chelem, Federer aura la lourde tâche de venir à bout de Djokovic, tenant du titre et patron (presque) incontesté du circuit. Malgré ses 8 victoires acquises dans le tournoi londonien (un record), il est légitime de se questionner sur la capacité de Roger à relever ce défit.

Et de douze ! Mis à part Rafael Nadal à Roland Garros, personne n’a jamais atteint autant de fois la finale d’un même tournoi du Grand Chelem. Les statistiques de Federer à Wimbledon donnent le vertige. Dans son « jardin », le suisse cumule les records : 8 trophées, 13 demi-finales, 100 victoires, et bien plus encore. Reste que le challenge qui se dresse devant lui en finale demain est sans doute le plus difficile qu’il puisse avoir à relever. S’il y’a bien quelqu’un qui peut lui contester le statut de roi sur le gazon londonien, c’est bien Djokovic

Djokovic, maître incontesté en Grand Chelem ?

Depuis sa défaite face à Marco Cecchinato en quart de finale de Roland Garros l’année dernière, le parcours de Novak en Grand Chelem est stratosphérique : 3 trophées sur 4 possibles, et 32 victoires pour un seul revers. Dans les tournois de moindre importance, Nole a pu montré ses limites et affiché un visage humain en concédant des défaites contre des adversaires pourtant à sa portée. Mais lorsque s’ouvrent les portes d’un des quatre tournois majeurs, le numéro un mondial semble presque indestructible.

Le serbe doute, parfois. Souvent même. A plusieurs reprises, on a pu le voir trembler, lâchant des sets contre des joueurs considérés par les connaisseurs comme des « seconds couteaux ». Pas plus tard qu’hier, il s’est fait bousculer par Roberto Bautista-Agut, pourtant pas connu pour être un spécialiste de l’herbe. Mais presque immanquablement, il trouve la solution. Plus impressionnant encore, il semble se transcender face à l’adversité. L’exemple le plus probant remonte au dernier Open d’Australie, en janvier dernier.

Sur sa route vers la finale, Djokovic lâche une première manche face à Shapovalov, puis une autre face à Medvedev. Si les deux joueurs font figure de ferre de lance de la nouvelle génération et sont attendus comme les successeurs des cadors actuels du circuit, aucun des deux n’a fait mieux qu’un huitième de finale en Grand Chelem, depuis le début de leurs carrières respectives. Face à eux, curieusement, l’actuel numéro un s’est fait malmené. Signe que le serbe est prenable ? Rien n’est moins sûr.

De l’autre côté du tableau australien, quant à lui, Nadal impressionne, atteignant la finale sans laisser le moindre set en route. En véritable rouleau compresseur, c’est avec une énorme confiance et des attentes plus que légitimes qu’il se présente face à Djokovic. Tout le monde s’attend à un match de légende et beaucoup croient même à une victoire de Nadal.

Mais ce jour là en finale, le Djoker est tout simplement injouable. Nadal ne délivre peut être pas le match de sa vie, mais c’est aussi parce qu’en face, le niveau de jeu affiché approche la perfection. Le serbe est comme galvanisé par l’enjeu et ne rate rien, étouffant son adversaire en lui imposant un rythme fou sans jamais baissé d’intensité. Résultat, 6-3 6-2 6-3 en 2 petites heures de jeu. Une boucherie.

Les temps forts de la finale de l'Open d'Australie 2019

Lorsque Novak est en forme, sa capacité à se sublimer face à l’adversité dans les grands rendez-vous est absolument hors norme. Federer en a d’ailleurs fait les frais à plusieurs reprises.

Federer, battu d’avance ?

La dernière victoire de Roger sur Nole en Grand Chelem remonte à 2012 et leur demi-finale, ici-même, à Wimbledon. Depuis cet affrontement, c’est 4 victoires à 0 pour le serbe, dont deux en finale de Wimbledon (2014) et (2015), une en finale de l’US Open (2015), et une en demie-finale de l’Open d’Australie (2016).

Pourtant, lors de ces 4 dernières confrontations, Djokovic ne partait pas forcément favori. Tout du moins, le doute était plus que permis tant le suisse semblait souvent plus impressionnant que son rival avant qu’ils ne rencontrent.

En 2014, Federer ne perd qu’un seul set pour rejoindre la finale de Wimbledon, quand Djokovic lui, en perd 4. Un an plus tard, à Wimbledon toujours, Federer déboule encore une fois en finale en cédant qu’un petit set en chemin. Mieux encore, en demi-finale face Murray, il est auteur d’un match tout simplement ahurissant par sa qualité de jeu. Novak, de son côté, rejoint la finale sans vraiment peiner, mais son niveau de jeu n’est pas aussi époustouflant. Quelques mois plus tard c’est à l’US Open que les deux hommes se retrouvent, en finale, une fois de plus. Federer semble encore plus monstrueux. Il reste sur une série de 28 sets remportés consécutivement, et s’est payé le luxe de battre Djokovic quelques semaines plus tôt en finale de Cincinnati. Le serbe ne fait pas preuve de la même facilité pour atteindre la dernière marche puisqu’il perd deux manches pour y parvenir. En Janvier 2016, à l’Open d’Australie, c’est en demi-finale cette fois que les deux monstres du tennis s’affrontent. Une fois de plus, c’est Roger qui a le plus convaincu pour atteindre ce stade de la compétition.

Vous l’aurez compris, Djokovic a remporté chacune de ces 4 confrontations. Federer n’a jamais été ridicule lors de ces affrontements. En finale de l’US Open 2015, il est même souvent dominateur et il perd contre le cours du jeu. La faute à un Djokovic d’autant plus fort et solide mentalement qu’il est acculé et poussé dans ses derniers retranchements. Lors de cette finale, Novak ne remporte que deux petits points de plus que son adversaire sur l’ensemble du match. Mais sur les points importants, il est titanesque. Il sauve ainsi 19 balles de break sur les 23 qu’il doit défendre. Inversement il parvient à en convertir 6 sur les 13 qu’il obtient. Mais c’est à l’Open d’Australie 2016 que sa domination sur le suisse atteint son niveau le plus marquant. Federer se bat comme un diable pour décrocher le 3ème set. Mais dans les deux premières manches il se fait tout simplement rouler dessus. Dans la 4ème il continuer de proposer une vrai résistance à Djokovic, mais celui-ci est tout simplement au-dessus ce jour là et parvient à faire la différence pour remporter le match dans la foulée.

L'incroyable prestation de Djokovic en demi-finale de l'Open d'Australie 2016

Mais s’il y a bien un endroit où Federer peut espérer renverser Djokovic, c’est sur le court central de Wimbledon. Ici, il est capable de développer un tennis d’une qualité extraterrestre, et s’il ne passe pas à côté de son match, il a toutes les chances de mettre fin à sa série de défaites en Grand Chelem face à Djokovic.

Victoire de Federer, des raisons d’y croire ?

Les fans de Roger ont de bonnes raisons d’être optimistes pour la finale de demain. Déjà parce qu’il s’agit de Federer. Rien ne lui est inaccessible sur la planète tennis, où il a si longtemps régné et où il continue, à presque 38 ans, d’écrire l’histoire de ce sport.

De plus, malgré les années qui passent, il reste un joueur hors-norme et continue de faire des dégâts sur le circuit. Mieux même ! Il réalise parfois des performances qui lui semblait pourtant impossibles même lors de ses grandes années de domination. Le cas de ses confrontations face à Nadal est d’ailleurs assez parlant.

Dominé outrageusement pendant des années par le gaucher espagnole, Federer a fini apparemment par trouver la solution. Face à celui qui l’a si souvent martyrisé et privé de titre, le suisse compte désormais 6 victoires sur leurs 7 derniers affrontements. Son seul échec est survenu sur terre-battue, mais contre Nadal, c’est tout à fait logique. Si Roger a réussi à trouver la clef contre celui qui a si longtemps été sa bête noire, pourquoi n’en serait-il pas capable face à Djokovic ?

L’autre point qui peut faire espérer une victoire de Federer demain, c’est le tennis qu’il affiche, plus particulièrement celui qu’il développe depuis son quart de final gagné aux dépens de Nishikori. Son revers, habituellement considéré comme une (toute relative) faiblesse, est extrêmement percutant et solide dans l’échange. Son service et son jeu au filet sont toujours aussi brillants. Enfin ses sa qualité de jeu en retour qui bluffe. Contre le Majorquin hier en demie, le suisse à remporter 35% des points à la relance et s’est même procuré 10 balles de break. Il n’en a converti que deux, mais la performance mérite d’être saluée tant Rafa était performant sur son service depuis le début de la quinzaine. Le jeu du numéro trois mondial est donc en place. Epatant dans tous les compartiments du jeu son, la mécanique suisse est parfaitement huilée.

Et puis, comme nous l’avons dit, nous sommes à Wimbledon, le tournoi qui lui réussi le mieux. C’est ici qu’il a soulevé le plus de trophées en Majeur (contre 5 à l’US Open, 6 à l’Open d’Australie, et un seul à Roland Garros). Le gazon se prête parfaitement à son jeu tout en variété. Son lice n’est jamais aussi efficace que sur cette surface, sa couverture au filet lui permet de remporter de précieux points, son service y est une arme redoutable et sa prise de balle précoce est une véritable plaie pour ses adversaires.

Federer, n’est clairement pas là pour faire de la figuration. Il a des chances de gagner, il le sait, et il fera tout pour les saisir. D’autant qu’une victoire demain aurait pour lui une valeur toute particulière. Il remporterait un 21ème titre du Grand Chelem, mettant un plus à l’abris son précieux record. Et puis ce serait également la première fois pour lui qu’il remporterait un titre du Grand Chelem en battant à la fois Nadal et Djokovic. Une prouesse qui donnerait à cette victoire une saveur unique.

Alors ? Federer ou Djokovic, un pronostic ?

Luc Lallemand