SHARE

La littérature est en deuil. Le cinéma aussi. Après Michel Piccoli, c’est une autre grande figure qui s’est éteinte le 24 mai. Celui que François Truffaut appelait l’écrivain du cinéma était pourtant censé être immortel, depuis son élection à l’Académie Française en 2008.

Ecrivain avant tout

Ecrivain, parolier, scénariste, journaliste, Jean-Loup Dabadie vivait le stylo à la main. Celui dont la biographie, en 4ème de couverture de son premier roman « Les Yeux secs » (1958), précisait « Sportif. Pris entre la passion d’écrire et celle d’aimer. A choisi d’être optimiste » était un écrivain avant tout. Cinéma, sketches, scenarii, chansons, peut importait le support du moment qu’il pouvait écrire.

Après avoir décroché son bac à 15 ans, il se tourna naturellement vers des études littéraires. Mais il est détourné de son hypokhâgne à Louis-Le-Grand par Pierre Lazareff, alors dirigeant de l’hebdomadaire Candide. A partir de là, il n’arrêtera plus d’écrire.

La plume du cinéma

Scénariste prolixe et surdoué, complice attitré de Claude Sautet, il écrivit des rôles inoubliables pour Michel Piccoli (Vincent, François, Paul et les autres), Yves Montand et Romy Schneider (César et Rosalie), entre autres. A cause de lui, Isabelle Adjani recevra indéfiniment la plus belle gifle du cinéma, assénée de main de maître par un Lino Ventura dépassée par sa fille. Jean Rochefort, Victor Lanoux, Claude Brasseur et Guy Bedos joueront pour l’éternité un match de tennis d’anthologie, casque anti-bruits sur les oreilles. Sous sa plume, l’élégance de l’émotion succède à la légèreté du rire, et vice-versa.

L’écrivain de la chanson française

Loin de se cantonner à un seul domaine, il offrit également des chansons inoubliables à Serge Reggiani (L’italien, Le Petit garçon), Julien Clerc (Ma préférence, Femmes, je vous aime), Michel Polnareff (Lettre à France) ou encore Michel Sardou (Chanteur de Jazz, Salut). Avec plus de 400 chansons à son actif pour des dizaines d’interprètes, Jean-Loup Dabadie est un des plus grands écrivains de la variété française. Ecrivain, bien plus que parolier car plus que des chansons, ses textes sont des histoires, des instants de vie inoubliables.

Ecrivain du rire

Ce surdoué de l’écriture ne ratait pas une occasion d’exercer sa plume. Ainsi, il offrit à Guy Bedos « Bonne fête Paulette » ou encore « La Drague ». Muriel Robin, Michel Leeb, Pierre Palmade ou encore Sylvie Joly et Jacques Villeret ont également pu exercer leur verve guidés par son talent pour le rire.

Qualifié de « mélancomique » par Michel Piccoli, cet esthète de la littérature fit reconnaître la chanson comme art à part entière en entrant sous la coupole en 2008. L’habit vert d’académicien lui seyait comme un gant, soulignant son élégante silhouette qui ne traînera plus sur les plateaux de télévision ou de cinéma. Celui qui racontait comme personne l’amitié et les choses de la vie ne verra pas sa dernière adaptation, « les Volets verts » de Simenon sortir au cinéma. Adieu, cher Maître.