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Coup de tonnerre sur le monde du football. Alors que l’UEFA devait annoncer aujourd’hui sa réforme de l’actuelle Ligue des Champions, douze clubs européens ont officialisé, hier, la création d’une Super League. Super League dans laquelle ne figurent aucun club Français ni Allemand. Décryptage …

« Douze des clubs européens les plus importants annoncent aujourd’hui avoir conclu un accord pour la création d’une nouvelle compétition, The Super League, gouvernée par ses clubs fondateurs ». C’est par ce communiqué qu’a été annoncée aujourd’hui la création de la Super League. Si la création de cette nouvelle compétition ne faisait plus aucun doute depuis plusieurs semaines, son annonce fait trembler depuis hier le monde du Football. Alors, quels seront les participants, le format, les enjeux et les conséquences ?

Pourquoi une Super League ?

Les géants du Football en rêvent depuis des années. Une ligue fermée, sorte de super-championnat européen, plus sélective que ne l’est la Ligue des Champions. Dés la fin du XXe siècle, les clubs les plus importants ont commencé à creuser un fossé financier et sportif avec les clubs moins importants. Le 15 Décembre 1995, l’arrêt Bosman entérinait la libre circulation des footballeurs et marquait un premier acte important vers une manœuvre plus avantageuse pour les gros clubs notamment au niveau des revenus. Ces mêmes grands clubs estiment aujourd’hui que la redistribution des gains de la Ligue des Champions n’est pas assez avantageuse pour eux. C’est la suite logique de leurs plans pour copier les modèles sportifs lucratifs d’Amérique du Nord comme en NBA (Basket-Ball), NFL (Football Américain) et NHL (Hockey sur glace).

Les participants

Pour l’instant, nous connaissons seulement les 12 clubs fondateurs de cette Super League. Dans ces clubs, on retrouve le Real Madrid, le Barça, l’Atlético, l’Inter, l’Ac Milan, la Juve, Manchester City, Manchester United, Arsenal, Liverpool, Chelsea et Tottenham. Cette nuit, ces 12 clubs ont démissionné de l’ECA (Association européenne des clubs). Une Superleague dans sa première mouture sans club français ni allemands, donc sans le Paris-Saint-Germain , le Bayern Munich et le Borussia Dortmund qui, pour l’instant, refusent d’y participer.

Le format

  • 20 clubs participants dont 15 clubs fondateurs et cinq équipes additionnelles qualifiées chaque année à travers un système basé sur leur performance de la saison précédente.
  • Les matchs se disputeront en semaine avec des clubs qui continueront de jouer dans leurs ligues nationales, préservant ainsi le calendrier traditionnel des matchs qui reste au coeur de la vie des clubs.
  • La saison démarrera en août avec la participation des clubs répartis en deux groupes de dix qui joueront leurs matchs aller et retour; les trois premiers de chaque groupe se qualifient automatiquement pour les quarts de finale. Les 4ème et 5ème de chaque groupe jouent un barrage pour les deux derniers tickets de quarts de finale. Des playoffs aller et retour seront organisés jusqu’à la finale qui se jouera en match simple, fin mai, sur terrain neutre.

Les enjeux

Comme dit précédemment, la motivation première à la création de cette Super League est financière. Et la crise due au Covid-19 traversée par les clubs européens n’ont fait qu’accélérer le processus.

La nouvelle compétition, expliquent ses promoteurs, est vouée à « générer des ressources supplémentaires pour toute la pyramide du football ». « En contrepartie de leur engagement, les clubs fondateurs recevront un versement en une fois de l’ordre de 3,5 milliards d’euros destinés uniquement à des investissements en infrastructures et compenser l’impact de la crise du Covid-19 », poursuit le communiqué.

Si ce chiffre est confirmé, il suppose des revenus bien supérieurs à ceux obtenus par l’UEFA pour l’ensemble de ses compétitions de clubs (Ligue des champions, Ligue Europa et Supercoupe d’Europe), qui avaient généré 3,2 milliards d’euros de recettes TV en 2018-2019, avant une pandémie qui a fortement plombé le marché européen des droits sportifs.

Florentino Perez, actuel président du Real Madrid et de la nouvelle Super League dont il est à l’origine.

Quelles conséquences ?

L’UEFA n’a pas mis longtemps à réagir. Vient un communiqué, l’instance Européenne annonce : »nous considérerons toutes les mesures à notre disposition, à tous les niveaux, à la fois sur les plans judiciaire et sportif, pour éviter que cela (la Superleague) arrive ».

Des menaces plus détaillées ensuite: « Comme annoncé précédemment par la Fifa et les six fédérations, les clubs concernés seront bannis des autres compétitions domestiques, européennes ou mondiales, et les joueurs pourraient se voir interdire de représenter leur équipe nationale. »

A terme donc, les joueurs participants à cette compétition ne pourront plus disputer leur championnat national ni revêtir le maillot de leur sélection. Est-ce que cela sera suffisant ? Quel argument aura le plus de poids ? L’argument financier ? Ou l’amour du maillot de son pays ?

Autre conséquence, collatérale, la Ligue des Champions baisserait en qualité. Avec 12 des plus gros clubs Européens déjà partis, quel serait le niveau de cette compétition ?

Enfin, ce qui fait le charme de l’actuelle Ligue des Champions, ce sont ses confrontations tirées au sort, ces confrontations qui se font rare, ces revanches entre équipes que l’on attend depuis plusieurs années. Quid de la banalisation de ces gros matchs ? Les batailles entre grands d’Europe deviendront monnaie courante, plusieurs fois par ans…

Avec la création de la Super League, l’actuelle Ligue des Champions pourrait perdre en attractivité.

Les reactions

La FIFA dit non à la Super League: « De notre point de vue et en accord avec nos statuts, toute compétition de football, qu’elle soit nationale, continentale ou mondiale, doit incarner les principes de solidarité, d’inclusivité, d’intégrité et d’équité dans la redistribution financière, juge l’instance. Compte tenu de cela, la Fifa ne peut qu’exprimer son désaccord concernant une ‘Super League européenne fermée’, en dehors des structures du football international et qui ne respecte pas les principes nommés précédemment. »

La réaction de l’Elysée: « Le président de la République salue la position des clubs français de refuser de participer à un projet de Superleague européenne de football, menaçant le principe de solidarité et le mérite sportif. L’Etat Francais appuiera toutes les démarches de la LFP, de la FFF, l’UEFA, et de la FIFA pour protéger l’intégrité des compétitions fédérales qu’elles soient nationales ou européennes ».

 

Gary Neville , Consultant pour la Sky, Gary Neville, 602 matchs sous le maillot de Manchester United, s’est dit « dégoûté » par son ancien club, qui fait partie des 12 institutions derrière la Superleague.

« Liverpool dit qu' »ils ne marcheront jamais seuls » ? United a été fondé par des travailleurs ? Et ils partent dans une ligue sans compétition, dont ils ne peuvent être relégués ? C’est une honte », s’est insurgé l’ancien international anglais. « Les propriétaires de ces clubs n’en ont qu’après l’argent, ce sont des imposteurs et ils n’ont rien à faire avec le football dans ce pays, ses fans et ses 100 ans d’histoire. C’est vraiment une plaisanterie. Trop c’est trop. C’est un acte criminel contre les fans de football.  »

Sir Alex Ferguson: Légendaire coach de Manchester United, Sir Alex Ferguson s’est à son tour élevé contre le projet de Superleague impulsé par son club de coeur, auprès de l’agence Reuters.

« Parler d’une Super League, c’est s’éloigner de 70 ans du football européen », a développé l’Écossais, qui est revenu sur ses souvenirs magiques en C1. « À mon époque, à United, nous avons disputé quatre finales de la Ligue des champions et elles ont toujours été les soirées les plus spéciales. […] Les fans du monde entier adorent la compétition telle qu’elle est. »

Boris Johnson met la pression sur les clubs Anglais: « Les plans concernant une Superleague européenne seraient très dommageables pour le football et nous soutenons les autorités du football dans leurs actions, écrit le Premier ministre britannique Boris Johnson sur Twitter. Ils frapperaient au coeur le football domestique et inquièteraient les fans de tout le pays. Les clubs concernés (par le projet de Superleague) doivent répondre à leurs fans et à la communauté du football toute entière avant d’aller plus loin. »

 

Jérémy Cesar