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Depardieu, cet arbre qui cache la forêt…

L’arbre qui cache la forêt.

L’arbre, c’est un acteur qui n’a plus rien à prouver, Gérard Depardieu.

La forêt, c’est une société en crise, qui ne sait plus à quel saint se vouer, et qui cherche de nouvelles sorcières à brûler.

Tout cela manque cependant d’un essentiel discernement.

En effet, quel rapport y-a-t-il entre le talent d’un acteur, ses goûts pour la bonne chère, ses excès, ses errements, en un mot, son humanité, et son choix de prendre une résidence fiscale étrangère ? Ses films sont-ils mauvais soudain parce que certains le déclarent mauvais citoyen ?

Comment peut-on vouloir l’Europe, revendiquer le monde, et s’arque bouter tout d’un coup sur une appartenance nationale, au nom d’une éphémère solidarité ? Après le plombier polonais, le Depardieu belge…

Mais la vraie question dans le cas de Gérard Depardieu demeure : est-ce illégal ?

La réponse est non.

A ceux qui lui reprochent de tout devoir au public français, faut-il rappeler que les revenus sont taxés au fur et à mesure qu’ils sont perçus, et qu’il a donc déjà payé son écot ?

Comment peut-on considérer qu’un condamné qui a purgé sa peine a payé sa dette à la société, mais qu’un acteur populaire devrait une dette éternelle au pays qui a été le théâtre de son succès ?

Dura lex, sed lex. Si nos hommes politiques, qui par la grâce de la démocratie, ont seuls la possibilité d’infléchir les injustices, alors qu’ils le fassent, surtout quand ils détiennent la majorité.

Pourquoi la défiscalisation est-elle une telle préoccupation pour les français ? Parce qu’il n’y a rien de plus cruel que de donner pour reprendre. Donner du revenu, reprendre par l’impôt. Si la défiscalisation, qu’elle soit par l’exil légal ou par l’application des dispositifs règlementaires existants, est si diabolique, alors abolissez-la, et instaurez le prélèvement à la source, seule égalité totale devant l’impôt.

Évidemment, dans la société paradoxale qui est la nôtre, capable des plus belles solidarités comme du maintien de privilèges obsolètes, la possibilité de permettre à une élite informée de se soustraire à l’impôt reste une préoccupation des gouvernements de droite comme de gauche.

Là, ne pensons plus à Liliane Bettencourt, à la famille Mulliez, ni même à Gérard Depardieu.

Ce sont, c’est le cas de le dire, des problèmes de riches.

Pensons plutôt aux milliers de contribuables qui ont acheté, en France, à des promoteurs peu scrupuleux, des biens immobiliers sous les lois Méhaignerie, Besson, Robien, Scellier, et bientôt Duflot, et qui se retrouvent avec des loyers effondrés, des biens invendables, et des crédits trop lourds à porter. Il suffit alors d’une fracture de vie, une perte d’emploi, un divorce, et tout bascule. Les commissions de surendettement de la Banque de France n’ont jamais été si surchargées. Le surendettement, nouveau nom pour une forme d’esclavage moderne, qui signe souvent une mort civile après une mort économique.

Car bien sûr, il y a toujours plus malheureux que soi. Pire que les fins de mois difficile, il y a ces gens dans la rue, que l’hiver qui commence porte chaque année devant nos yeux facilement indignés, facilement amnésiques.

Savez-vous que le nombre de morts de SDF est plus important en Juillet qu’en Décembre ? Tout simplement parce que le froid nous fait nous émouvoir, et tenter de leur porter secours, alors que l’été, nul ne les voit plus. Hélas, la faim n’a pas de saison…

Cependant, nous vient l’envie de rappeler que la force d’une société, la grandeur d’un politique, n’est pas de diviser, d’opposer, mais d’unifier, et de rassembler. Tirer vers le haut, et non niveler par le bas.

Les membres d’un gouvernement ne sont plus des hommes politiques ordinaires. Ils représentent la France, et les français.

Qu’ils n’oublient pas que leur première responsabilité n’est pas tant de fustiger les forts que de protéger les faibles.

De ne pas manquer de discernement.

De ne pas cacher la forêt avec un arbre…