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Olivier Voisin, un témoin désintéressé de la cruauté humaine

Le reporter de guerre Olivier Voisin est décédé dimanche 24 février 2013 à l’âge 38 ans. Jeudi 21 février 2013, alors qu’il couvrait, dans la région d’Idlib (Nord de la Syrie), les opérations d’un groupe d’opposition au régime de Bassar Al Assad, plusieurs éclat d’obus ont atteint sa tête et son bras droit. Transféré à l’hôpital international d’Antakya (Turquie), il subit une opération. Une dernière bataille, avec sa propre vie, cette fois. En vain. Les obus ont eu raison du visage d’Olivier Voisin.

Reporter de guerre indépendant, ce Français de trente-huit ans collaborait, entre-autres, avec Le Monde, The Guardian et La Croix. Il a réalisé des reportages en Syrie, mais aussi au Brésil, aux États-Unis, en Haïti et au Kenya. Depuis janvier dernier, Olivier Voisin prenait des clichés de combat pour l’AFP.

Un témoin désintéressé de la cruauté humaine

Le président de la République, François Hollande, ainsi que son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont rendu hommage à Olivier Voisin en soulignant que sa disparition rappelait « tragiquement les risques pris par les journalistes pour informer nos concitoyens, quels que soient les dangers. »

Et informer revient aussi à lutter contre l’oubli. L’oubli que le conflit syrien s’enlise. L’oubli qu’Alep, en février 2013, a des allures de Stalingrad en février 1943. L’oubli que l’espoir gît dans les ruines lacérées par le feu des armes. Dans un courrier électronique adressé le 20 février à Mimosa Martini, une amie italienne, Olivier Voisin confie la difficulté de ses conditions de travail. Pas de quoi dissuader le photographe de presse indépendant qu’il est. Tant pis si l’AFP ne publie pas la totalité de ses clichés. Le ton à la fois résigné et résolu, il semble accomplir son travail par respect du devoir, s’efforçant à l’enthousiasme.

Soucieux de maintenir, au quotidien, des liens de confiance avec ses camarades d’infortune, le reporter paraît porté par une exigence d’humanité. Témoigner de la guerre, c’est avant tout parler de l’homme, et à cette fin, parler aux hommes. Ce qui m’a choquée en observant les photographies d’Olivier Voisin publiées sur la toile, c’est la force d’écoute qu’elles révélaient.

En chrétien, il ne peut s’empêcher de s’interroger : « La violence est forte. La haine est très forte. Comment peut-on entretenir une telle haine ? Une telle envie d’aller tuer ? »  A travers ses clichés, le photo-journaliste pose des questions, reconnaissant ne pouvoir y apposer de réponses : « Je ne suis que le petit Olivier, qui crève la dalle avec eux ». Ses  images sont une profession de foi d’humilité.

Qui ose railler « témérité » ?

A peine la lettre d’Olivier Voisin était-elle partagée sur les médias sociaux que certains internautes intentaient au photographe de presse un procès de témérité : « #Voisin se complaisait dans son rôle de reporter de guerre : il disait que couvrir les combats lui donnait de l’adrénaline » ai-je pu lire sur Twitter, le 24/02 au soir. Depuis quand est-ce l’opinion qui fixe les bornes du courage ? Ce dédain latent du journalisme va au-delà de l’indécence.

Dans son mail, Olivier Voisin écrit : « je fais les photos et je suis même pas sûr que l’AFP les prennent » (orthographe originale). Il n’avait aucune garantie non plus que ceux qui auraient la chance de les voir en reconnaissent la valeur heuristique.