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La pub au coeur de la campagne

La France a bien du retard en matière de communication politique en période électorale. Nos candidats n’ont pas le droit d’appuyer leur campagne à grands coups de messages publicitaires comme le font les Anglo Saxons. De quoi laisser de coté ceux qui font la pub et qui l’aiment tant. Il n’empêche que ce sont bel et bien deux grandes figures de la publicité hexagonale qui se trouvent sur le devant de la scène en pleine campagne électorale et pour une fois, il n’est pas question de slogans.

Jacques Séguéla, guru créatif de l’autre grand groupe publicitaire français Havas, est une nouvelle fois à l’heure pour faire l’actualité. Le pape de la création française, connu pour ses déclarations parfois intempestives s’en est pris à Audrey Pulvar. L’éternel fils de pub aime la politique et ses campagnes électorales et a toujours su s’y faire remarquer.

La compagne d’Arnaud Montebourg, haut cadre du P.S. s’est faite étrillée par le publicitaire qui n’aurait pas apprécié la façon dont il avait été reçu dans l’émission On n’est pas couché animée par Laurent Ruqier. L’animatrice dont on est en droit de se demander si elle est encore journaliste, tant sa prise de position est partisane s’est faite traitée de « salope » par le publicitaire. Audrey Pulvar fait la une des inRockuptibles. On peut y lire dans son interview « Je n’autorise personne à dire que je suis pro-Parti socialiste ou que je vais voter François Hollande. D’ailleurs, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. » L’humour a du bon.
Expliquant que ses mots avaient dépassés sa pensée Jacques Séguéla a fini par s’excuser:

« Madame,
Je viens vous présenter mes excuses. Mes mots ont dépassé ma pensée.
Votre interview de « On n’est pas couché », que j’ai trouvée très injuste, m’est restée sur le cœur, mais ce n’est pas une raison pour le formuler comme je l’ai fait.
Je m’en abstiendrai à l’avenir.
J’ai trop de respect pour les femmes en général, et les journalistes en particulier, pour ne pas regretter cette impardonnable faute de langage. »

Celui qui  faisait jadis « la Force Tranquille » de Mitterrand n’est plus un inconditionnel du PS. A l’image de Bernard Tapie, il fait partie de ceux qui laissent entendre que ce que propose François Hollande aujourd’hui « c’est la même chose en moins bien ».

The Economist

Maurice Lévy, Président du Directoire de Publicis Groupe quant à lui se trouve au coeur du volet « moralisateur » de la campagne et des excès auxquels se livrent les deux principaux candidats.
Son bonus de 16 millions d’Euros fut commenté par Nicolas Sarkozy, le Président candidat, lança hier « Il y a des rémunérations exorbitantes, des rémunérations choquantes, dans la finance ou ailleurs. Je les combats mais qu’on ne vienne pas me donner des leçons parce que, dans des exemples récents (…) qui a voté des rémunérations faramineuses? Ce sont les actionnaires, ceux-là mêmes qui ont le coeur à gauche » faisant référence au principal actionnaire du groupe Publicis avant d’ajouter « Le matin m’insulter dans une radio, c’est facile quand je ne suis pas là, me rendre coupable ou responsable de rémunérations faramineuses alors que c’est ses propres amis qui sont actionnaires de la société qui viennent décider de rémunérations scandaleuses qui choquent les Français »

Une fois encore cette sortie pose la question du désamour des patrons par les Français qui s’offusquent de voir des dirigeants gagner autant d’argent et deviennent de facto des boucs émissaires livrés en pâture à la critique populaire. Dans ce climat parfois délétère ou la finance et l’argent sont sans relâche pointés du doigt, le Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie ne manqua pas d’apporter son point de vue en délcarant: « Maurice Lévy n’est pas un trader de 25 ans qui s’en est mis plein les poches en spéculant sur la faillite des autres, c’est un immense capitaine d’industrie ».

Dans une campagne perçue comme farfelue par des observateurs étrangers comme The Economist qui s’étonnent de voir des candidats enchainer des propositions non réalisables et des effets d’annonce comme la taxation des très haut revenus, le bonus de Maurice Lévy fait jaser. Le magazine qui se penche sur les promesses des candidats explique que ce qui est annoncé ne pourra être tenu, que les promesses de Nicolas Sarkozy sont excessives, que celles de François Hollande auront des conséquences catastrophiques sur notre économie. Une lucidité qui tranche très nettement avec le climat général de ceux qui seraient tentés par un simple « tout sauf Sarkozy. »

Cette politique là est un théâtre dangereux qui ne crée que des illusions perdues.

Ce sont malheureusement les mondes politiques, journalistiques et économiques qui sont pointés du doigt une nouvelle fois et alimentent les débats.

Plus que jamais il est important de donner la parole aux dirigeants, aux entrepreneurs, à ceux qui font vibrer l’actualité et qui se retrouvent pris dans tels étaux médiatiques afin qu’ils puissent nous expliquer sans pour autant se justifier.