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La diva des nuits parisiennes reprend les rênes du bar du Mathi’s.

Ce soir là, j’avais rendez-vous avec une figure des nuits parisiennes, une icône Gay. Je l’avais croisé au Queen il y a 10 ans. Dans mon souvenir, elle était de ces créatures que l’on prend plaisir à regarder évoluer, parce qu’elle est belle, extravagante, presque irréelle, comme le sont les divas, et qu’avec sa simple présence l’illusion de l’évasion par la fête prenait à chaque fois tout son sens.

galia 2Aujourd’hui elle a changé d’adresse. Je l’ai retrouvé au 3 rue de Ponthieu dans le 8 ème arrondissement de Paris, dans un haut lieu des soirées IN, le bar du Mathi’s.
Désormais, son repaire est un mélange d’ambiance feutrée, rouge vif poudré, lumière tamisée, l’endroit est petit, les places peu nombreuses, pour offrir aux visiteurs l’intimité et la discrétion qui y sont de rigueur. Ici on tutoie stars, comédiens, chanteurs, politiques et autres riches patronymes français…

Je la détaille pour observer un style dans lequel je ne l’avais jamais vu, fait de sobriété et de chic. Exit les tenues de scène excentriques qui mettaient en valeur une silhouette parfaite. Galia est une femme presque comme les autres ce soir. Et elle n’a pas vraiment changé, le temps n’a pas de prise sur sa beauté. Chaque détail est soigné, ses manières me font rire mais pas autant que son franc parler. Son personnage est charmant… Je me délecte immédiatement de cet entretien pas comme les autres.

Je lui demande d’abord ce qu’elle a fait depuis le Queen et pourquoi désormais c’est au bar du Mathi’s qu’elle sévit!
Gérald-NantyLe défunt propriétaire de l’endroit, Gérald Nanty, était son ami. Elle ne s’attendait pas à se retrouver là, « tout ici me rappelle Gérald… il a réussi à faire de cet endroit un havre de paix dans la nuit… où tout n’est que luxe et volupté ! ». C’est donc comme une évidence qu’elle est devenue la maitresse des lieux. Elle aime cet endroit, elle en connait chaque détail, la provenance de chaque objet, et elle savoure le fait de chérir ces 4 murs de caractère …
Elle se sent à l’aise dans ce personnage, comme un nouveau rôle dans sa vie 5 jours sur 7, « avant je n’avais pas de contact avec les gens… le Queen ou les cabarets m’imposaient une certaine distance avec la clientèle, c’était bien comme ça… aujourd’hui c’est différent, je connais les clients, ils viennent ici pour retrouver des repères, des visages presque « familiers » … c’est un nouveau challenge pour moi et c’est surtout entretenir la flamme qu’a allumée Gérald, et puis je ne pouvais pas rêver d’un plus bel écrin !».

Née d’une mère italo-corse et d’un père malgache, Galia grandit à Marseille, où elle étudie le droit et les sciences politiques. A l’adolescence, elle imagine son avenir dans un tribunal, habillée de noir et blanc… en avocate. Après quelques minutes avec elle, nulle doute qu’elle en aurait eu la verve et le talent d’oratrice ! Mais le destin en a voulu autrement « entre la robe à col d’hermine et la robe à fleurs, je me suis dis que la robe à fleurs m’irait beaucoup mieux » sourit-elle.

Galia se confie avec pudeur sur son enfance où elle se définit comme enfermée dans un corps qui n’était pas en harmonie avec ce qu’elle était au plus profond d’elle-même… Les détails de cette période délicate, elle les garde dans un livre à paraitre bientôt.

Pendant ces études, elle enchaine les petits boulots dans des discothèques de la région. Barmaid, vestiaire, Dj, serveuse en salle… elle a tout fait, et elle ne sait pas encore que ce touche à tout va lui servir. Et puis un soir, un transformiste l’habille en fille… et ça lui plait. Une révélation qui rime avec libération. Elle joue son destin sur un pari, si elle échoue à son examen de droit, elle quittera Marseille pour la capitale. Thème de l’oral « le mariage putatif », elle le rate et devient « Galia », nom qu’elle doit à un film avec Mireille Darc. Un nouveau chapitre s’écrit.

galia-josephine-bakerElle arrive à Paris dans les années 70, puis part en Belgique où elle trouve sa place sur la scène d’un célèbre cabaret, celui de Madame Arthur à Anvers. Un an à jouer des rôles pour trouver le sien, et retour dans la capitale où sa carrière et sa notoriété vont commencer. C’est là qu’elle rencontre Gérald Nanti, qui va lui présenter le tout Paris et lui mettre le pied à l’étrier. Le Carrousel, l’Alcazar, le Palace, les Folies Pigalles, le Bataclan… voient naitre le « phénomène Galia ». « C’était la grande époque… il y a eu une rencontre entre le désir des gens et ce que j’étais ». Elle fait le tour du monde avec des shows extraordinaires : strip-teaseuse, danseuse nue… elle incarne Josephine Baker en 1975 à l’Alcazar où cette dernière assiste au spectacle et vient la saluer à la fin « une magnifique rencontre, je me souviendrai toute ma vie de ce qu’elle m’a dit – vous m’avez rendu mes 20 ans ».

En 93, elle pose ses valises au Queen, qui lui offre d’incarner les soirées du dimanche puis du lundi. Telle une show girl, elle devient dans les « Soirées OverKitsch », une star que l’on regarde mettre le feu aux soirées. 17 années de bons et loyaux services auxquels elle a mis fin parce qu’« elle avait tout dit » selon elle, ou tout vécu peut-être.

Derrières les confidences de ses souvenirs de paillettes, on sent la sagesse de l’expérience, une certaine lucidité aussi sur les relations humaines qui naissent la nuit. Elle cite un de ses amis, Orlando, pour parler d’un monde qu’elle connait mieux que personne : « Souvent ce qui se dit la nuit ne voit jamais le jour ». Et si je lui demande de me définir ce milieu particulier, elle commence par une comparaison étonnante « la nuit est un art, on ne peut pas définir un art ». Je la questionne sur l’évolution des moeurs dans ce domaine : « le monde de la nuit a changé depuis que je le connais, il est devenu mercantile, une grande entreprise, alors qu’avant c’était de l’artisanat… Mais “je vous parle d’un temps que les moins de 15 ans ne peuvent pas connaître” !! À l’époque du Queen on me disait – tu t’occupes de l’ambiance, pas du chiffre – Aujourd’hui hui les gens ne se parlent que par profit, on organise la fête, là où le passé laissait place à l’improvisation … Je pense que pendant un moment on s’est perdu… mais qu’on revient doucement aux fondamentaux, aux petits endroits où on est surs de retrouver une certaine ambiance, des visages connus, des habitudes… »

galia 4Et puis dans un contexte politico social anti-gay avec les manifestions contre le mariage pour tous, je ne peux m’empêcher de lui demander son avis sur le sujet.

« C’est un combat qui était nécessaire… Mais c’est effrayant de voir tous ces gens défiler… cette majorité silencieuse, cette France profonde qui s’exprime, ceux-là même qui sont racistes et n’acceptent aucune différence… on pensait avoir avancé sur le sujet, les mœurs, mais le combat est loin d’être gagné… Les Gays s’embrassent dans le Marais, mais passé le périphérique, ils se font dépecer, c’est un peu ça » affirme-t-elle.

Et puis elle reprend « Selon moi, on aurait jamais dû appeler ça « mariage gay », ça a une connotation religieuse qui perturbe les puritains… pour eux « mariage » c’est religieux, sacré. S’ils avaient appelé ça « union », ça serait peut être mieux passé.

Donc je suis très contente que le mariage gay soit désormais possible dans notre pays, même si je sais que la plupart des homos ne se marieront pas… » Et puis elle cite Jean d’Ormesson pour conclure cette interlude politique « j’aime trop mes amis homos pour leur conseiller de se marier ».

Je clos cet entretien, cette discussion intime avec une femme cultivée, drôle, raffinée, indomptable, forte mais discrète, plus riche de cette rencontre faite « dans la nuit ».

Je terminerai avec ces mots qui résument assez bien le personnage que je viens de livrer : “elle a toutes les minorités : la négritude, la transexualité, la beauté, l’intelligence… et quand elle parle de sa vie, elle dit tout simplement -oh quelle merveille !!-”.