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Les chaînes YouTube ne font pas encore concurrence aux chaînes de la télé traditionnelle

En janvier 2013, le lancement de treize chaînes par la plateforme de vidéos communautaires YouTube semblait sonner le glas de la télévision traditionnelle en France. Six mois après, les faibles audiences enregistrées par les chaînes YouTube amènent à s’interroger quant aux attentes du téléspectateur hyper-connecté.tvyoutube

Les experts donnaient la TV traditionnelle pour morte

En décembre 2012, alors que le CSA donnait son accord pour le lancement des treize chaînes officielles de YouTube, la presse française s’exclamait, unanime, qu’à la fin de l’expérience télé mono-écran allait succéder la mort des chaînes TV traditionnelle. Au sujet de la mise en place des dispositifs législatifs  qui allaient permettre l’apparition des chaînes YouTube, Télérama rapporte qu’un expert de chez France Télévisions avait lui-même anticipé « un événement bien plus important et destructeur que l’arrivée des nouvelles chaînes de la TNT ». (Télérama, 03/06/13). Comme si le petit écran, avec ces cadres, son autorité, sa hiérarchie — qui veut qu’un programme unique, indivisible et indiscutable, descende dans les yeux de la foule informe, d’un coup d’éclat volait.

Faible audience des chaînes YouTube en France

En 2012, YouTube, en qualité d’hébergeur, a élu treize producteurs français pour leur proposer des avances sur recettes (de 500 000 à un million d’euros) afin d’expérimenter des programmes courts.  Cette première expérimentation ne ressemble pas encore à un flux télé en direct, mais à un simple portail. Et déjà, un problème majeur se pose : jusqu’à présent, les audiences peinent à décoller. Sur les treize chaînes lancées, une seule semble avoir tiré son épingle du jeu : Studio Bagel, une filiale de Google, qui, avec ses salves de parodies d’un goût parfois douteux, bénéficie tout de même d’un buzz qui lui a permis de passer le cap des 500 000 abonnés.

En question : la qualité des programmes proposés. Les chaînes ont voulu rompre avec le principe même de programme, se targuant d’accorder le primat à la spontanéité et la plaisanterie. Les chaînes YouTube se calent sur la coolitude supposée de leur audimat. Résultat : le contenu dispensé, exclusivement divertissant, relève de ce que Télérama qualifie à bon droit de « Télé-potache ». Et, paradoxalement, ces chaînes qui se voulaient le chantre de la diversité et de la nouveauté suintent l’uniformité et le déjà-vu. En réalité, c’est parce qu’elles refusent de se conformer à tout critère et code universels (règles de rhétorique, cohérence d’un programme, principes d’unité de temps et d’espace…) que ces chaînes versent, contre leur gré, dans un conformisme affolant. De surcroît, aucune chaîne ne se démarque d’une autre, étant donné qu’elles se sont toutes placées sur le créneau de la parodie en appliquant chacune à elle-même le principe « no rules» . « D’une chaîne à l’autre, c’est la course au divertissement le plus couillon » remarque sans concession Télérama, qui appuie son jugement en citant Plouf ?, nom d’une émission de Very Watch parodiant l’émission de TF1 Splash.  Un amas d’adolescents glapit avant de s’affaler tour à tour dans un bassin. Le contenu est d’une navrante pauvreté intellectuelle et sensorielle.

Le bilan plus que mitigé des chaînes communautaires a de quoi rasséréner les chaînes institutionnelles (chaînes publiques et privées de la télévision). Ce qu’ont déjà démontré les treize chaînes de YouTube en un an à peine d’existence, c’est que d’une part,  la structuration institutionnelle d’une chaîne de télévision ne constitue en rien un frein à la liberté d’innover et de se diversifier, et d’autre part, aucune volition particulière ne remplace le professionnalisme.

D’autant plus que pendant ce temps, les chaînes de télévision ont su réagir, en travaillant sur la dimension d’interactivité avec le téléspectateur. A France Télévisions, par exemple, l’on a mis en place un dispositif de TV augmentée, qui s’est avéré très avantageux en terme d’audiences. Au premier trimestre 2013, France Télévisions crevait l’écran : 40% des français sur 10 regardait quotidiennement les programmes proposés sur ses 6 chaînes.