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La télévision publique grecque s’empare du nom de domaine de la « nouvelle radio-télévision-internet grecque » (NERIT)

Après avoir subi l’annonce brutale de l’interruption définitive de sa diffusion mardi 11 juin 2013, la télé publique grecque  prend à son tour le gouvernement au piège en s’emparant du nom de domaine de NERIT, le site internet audiovisuel qu’il s’apprêtait à lancer pour remplacer ERT.

Le site nerit.gr, dont se sont emparés des opposants à la fermeture de ERT.
Le site nerit.gr, dont se sont emparés des opposants à la fermeture de ERT.

NERIT, un nom de domaine libre de droit pour diffuser les programmes de ERT

Avant même sa naissance officielle, NERIT ( « nouvelle radio-télévision-internet grecque ») a rendu le jour aux anciens programmes de ERT.
Alors qu’il cherchait à compenser rapidement ERT par NERIT , le gouvernement grec, dans la précipitation, a oublié de racheter consécutivement le nom de domaine afférent, le laissant libre de droit à  « des petits malins » (Libération, 14/06/12) . Ces ingénus opposés à la fermeture des chaînes et stations publiques de ERT ont eu la présence d’esprit de vérifier si les sommités de l’Etat, très efficaces lorsqu’il s’agit de débrancher la télé à la vitesse de l’éclair, avaient su faire preuve d’une semblable promptitude pour réserver le nom de domaine de la future télé-radio-internet (NERIT) hellénique.  Voyant le domaine libre de toute propriété juridique, ces pionniers ont pu l’acheter pour quelques euro, et en faire leur terre. A présent, lorsque l’on tape «nerit.gr» , apparaissent les anciens programmes de la feu télé publique augmentés de slogans revendicatifs. Très vite, le site est transformé en tribune libre de tous les partisans d’un service audiovisuel public en Grèce. Anciens salariés de ERT, et journalistes de tous horizons participent à une opération de revendication inédite (détourner le site du gouvernement pour l’inciter à rouvrir ERT). Plus forte que les cris est l’ironie. Le site annonce que « nerit.gr n’est pas disponible », puis ajoute : « essayer svp pitsaria-pou-eskise.gr » (« la pizzeria qui ne fonctionne pas »), ce lien renvoyant à une page inexistante.

En s’emparant du site NERIT, la télé publique a été rendue au peuple

Entre mardi 11 et mercredi 12 juin, la télévision publique est-elle redevenue la télé du peuple ? En s’emparant de NERIT, ERT revit, sous une forme participative et engagée.

Depuis le début du XXIème siècle en Europe, le détournement du domaine nerit.gr constitue une forme inédite d’appropriation d’un centre public de diffusion médiatique par un groupe d’individus. D’ailleurs, selon La Libre Belgique, jamais les journalistes autrefois salariés de la télé d’Etat n’ont fait preuve de tant d’imagination, de mordant et d’ironie : « Multipliant les spots pour maintenir la mobilisation, et de «vraies» infos sur la situation des media grecs. Si la télé publique est morte, une télé libre vient peut-être de naître.» Cela nous amène à nous demander quel est le canal d’information et de divertissement le plus proprement populaire : Une télévision dirigée par l’Etat, et encadrée par des structures politiques supra-nationales (UE, BCE et FMI), ou un site qui vit d’initiatives particulières ? L’existence de chaînes d’Etat est-elle le propre d’une démocratie ? Oui, car comme le rappelle la représentante pour la liberté des médias de l’OSCE, Dunja Mijatovic, « L’audiovisuel public joue un rôle indispensable dans la démocratie d’un pays. C’est la seule source d’information qui a légalement l’obligation de fournir aux citoyens des nouvelles objectives et des informations non biaisées » (Source : Stratégies, 12/06/13)

Outre cela, les télé-spectateurs attendent surtout que les chaînes soient en mesure d’offrir un service (informer, divertir, avertir) au peuple en le considérant dans toute son amplitude et sa diversité. Concrètement, la télé de service public a donc une exigence de diffuser des programmes variés et de qualité. C’était le cas de ERT avant la crise. Forte de 35 centres d’émission , la radio et télévision hellénique irriguait tout le monde grec (19 stations de radio régionales) et diffusait aussi ses programmes à la diaspora (1 chaîne et 1 fréquence internationales).

Pourtant, aux yeux de l’opinion, ERT ne représentait plus le peuple. Elle était l’incarnation des symptômes maladifs d’un Etat grec en crise : financements opaques, gestion approximative, népotisme, manque d’innovation. « Souvent critiquée pour sa lourdeur étatique, et le contrôle exercé par l’Etat, ERT a accueilli sans ciller une multitude de salariés directement nommés par les gouvernements de droite ou socialistes successifs, prêtant le flanc aux accusations de clientélisme.» invitait à observer l’hebdomadaire Stratégies (12/06/13). D’où la chute inéluctable des audiences de ERT.

«Il ne s’agit pas seulement de ERT, mais de la démocratie » paraphent en bas de l’écran les « guerrios médiatiques ». Les journalistes qui sont à l’origine de nerit.gr entendent faire plier le gouvernement afin que soit rouverte une ERT meilleure, fortifiée par les principes qui fondent la légitimité et la pérennité de l’audiovisuel public.