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Succès estival confirmé de la presse quotidienne régionale en 2013

En 2013, avec chaque jour 17 millions de lecteurs et plus de 5 millions d’exemplaires écoulés, la P.Q.R (presse quotidienne régionale)  constitue le premier média d’information des Français. Cette année encore, en juillet et en août, la presse locale enregistre ses meilleurs taux de diffusion. Un succès qui n’est pas étranger à ses billets plus croustillants qu’un barbecue sur le camping de la plage.

Les principaux titres de la presse régionale en France
Les principaux titres de la presse régionale en France

La presse régionale réinvente le genre burlesque

Chaque année, locaux et vacanciers se délectent des perles de la PQR, ces billets gorgés de comique outré , souvent grivois, que l’on pourrait assimiler à une branche du genre burlesque. Dans le journalisme, le burlesque se révèle ainsi à travers le choix des sujets traités — des péripéties propices à des rapprochements entre l’homme et la bête,  mais aussi et surtout par une absence de rigueur logique et scientifique propre à produire un effet comique qui paraît échapper à l’auteur. Les procédés du burlesque journalistique consistent en une simplification à l’extrême  : refus de distancer l’article de l’événement dont il se fait l’écho, raccourcis logiques, maladresses syntaxiques donnant lieu à des quiproquos grotesques. En fait, les billets qui suscitent notre rire respirent la naiveté, et c’est cet élement qui précisément nous est plaisant. N’est-ce pas la candeur du style qui fait que nous sourions à des situations que l’on pourrait trouver outrancières si elles étaient décrites autrement ? Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un humour qui, s’ignorant apparemment, se présente nu de toute intention de moquer ou de provoquer.

Petit voyage sur les chemins vicinaux qui sont à la presse ce que la carte postale est à un paysage. Immuable, immutable.

– Lu dans Corse Matin le 1er aout :  L’ânesse se refuse à lui, l’animal se venge en mordant les promeneurs. « Le baudet n’est pas d’humeur.»

  • Effet comique : des traits de la psychologie humaine sont prêtés à la bête (la frustration sexuelle, le sentiment de vexation lié à la conscience de la frustation subie; l’idée de compenser la frustration)
  • L’article établit un lien de cause à effet évident entre le refus de l’ânesse et l’agressivité de l’âne vis-à-vis du groupe de promeneurs qui croisaient sa route

– Lu dans Midi Libre, le 26/07/2013  « Avignon : une campeuse est réveillée par un inconnu qui lui lèche l’anus »

  • L’effet humoristique : aucune distance par rapport à l’événement
  • Un souci exagéré de l’exactitude, là où la retenue aurait été de rigueur
  • Le problème est déplacé : le journal le situe dans le fait que l’inconnu réveille la femme d’une façon insolite. Or, en terme juridiques, c’est surtout la question de la sûreté des campings sur le territoire français qui se se pose
  • Autre effet comique, involontaire : Sur le site internet du quotiduen, on lit, juste au dessus de ce gros titre :  » les bons plans de Midi Libre »

– Lu dans Ouest France , le 21 juillet :  » Île-Tudy : Ivre, elle mord un gendarme au bras »

  • Effet comique : les humains sont présentés sous leur traits les plus bestiaux. La description du fait (une agression physique subie par un policier) est expurgée de tout anthropisme

Qui des deux est le sot ? Le journaliste qui gratte le papier ou le lecteur qui se gausse en le lisant ?

Mais que diable ont à l’esprit les journalistes qui rédigent ce genre de billets ? Souffrent-ils tous subitement d’un coup de chaud ? A moins que consentir à cette apparente sottise témoigne d’un sens de l’humilité. Comme si le rédacteur sacrifiait son intelligence analytique pour faire l’offrande d’une feinte perception naïve du réel. Au fond, c’est peut-être surtout cette forme d’effacement de soi que le lecteur apprécie implicitement, davantage encore que le texte qui avait provoqué son rire. L’été, les journaux des régions, loin de verser dans la stupidité, nous laissent délibérément nous égarer dans les vacances de notre entendement. Généreuse intelligence du coeur. PQR, mon amour ! Sans ironie. Car le sot, dans l’histoire, c’est bien le lecteur, qui, éperdument épris des sentiers vierges de sa conscience, prend à tort celui qui lui offre cette promenade pour un idiot.